SOCIÉTÉ POUR LÉTUDE DES LANGUES ROMANES
PUBLICATIONS SPECIALES
LE
ROMAN DE GALERENT
COMTE DE BRETAGNE
PAR LE TROUVÈRE RENAUT
Publié pour la première fois d'après le manuscrit unique
de la Bibliothèque nationale
PAR
ANATOLE BOUCHERIE
MONTPELLIER
AU BUREAU DES PUBLICATIONS
DE LA SOCIÉIÊ
POUR l'étude des I-ANGUKS l'.OMANES
PARIS
MAISONNEQVE ET CHARLES LECLERC
LIBRAIRES-ÉDITEURS
25, QUAI VOLTAIBE, 25
M DCCC LX XXVIII
P0
LE
ROMAN DE GALERENT
COMTE DE BRETAGNE
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in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/leromandegalerenOOjean
ANATOLE BOUCHERIE
LE
ROMAN DE GALËRENT
COMTE DE BRETAGNE
PAR LE TROUVÈRE [RENAUT
Publié pour la première fois d'après le manuscrit unique
de la Bibliothèque nationale
ANATOLE BOUCHERIE
MONTPELLIER
AU BUREAU DES PUBLICATIONS
DE LA SOCIÉTÉ
POUR l'étude des LAS'GUKS nOMAXES
PARIS
MAISOXNEUVE ET CHARLES LECLERC
LIBRAIRES-ÉUITEURS
25, QUAI VOLTAIRE, 25
M DCCC Lxxxvm
Univers??^
f ^^BUOTHECA
LA M P: MOIRE
DE
M. EMILE EGGER
Le présent volume t'tait déjà aux trois quarts imprimé lorsque
Anatole Boucherie nous fut enlevé, le 3 avril 1883. Notre ami, en le
publiant, n'entendait donner du Roman de Galeren qu'une édition
provisoire, qui devait servir seulement de- base et de contrôle à l'édi-
tion critique qu'il se proposait d"en donner plus tard. Nous avons natu-
rellement, en imprimant les dernières feuilles, suivi ses intentions, c'est-
à-dire reproduit fidèlement sa copie, transcription pure et simple elle-
même de l'original, sauf à corrigei' çà et là quelques fautes de lec-
ture, que l'examen minutieux du ms., — dont il avait obtenu le prêt,
et qui demeura quelque temps entre nos mains après sa mort, — nous
y avait fait reconnaître.
C'est aux vacances de 1877 que Boucheiie découvrit, à la Biblio-
thèque nationale, le lieu du monde où il devait le moins, semblait-il,
s'attendre à une pareille bonne fortune, le Roman de Galeren. Ce fut
une de ses dernières et de ses plus vives joies de philologue. Il en
prit immédiatement copie, et ne cessa jusqu'à sa mort de l'étudier
avec amour. Il se proposait d'en faire le sujet d'une thèse de doctorat,
et les papiers qu'il nous a laissés sont pleins de notes, littéraires ou
philologiques, qui se rapportent à ce dessein ; mais tout cela est mal-
heureusement trop incomplet, trop informe et trop confus, pour pou-
voir être publié. Nous avons pourtant essayé, à plusieurs reprises, d'en
tirer des fragments qui, reliés ensemble, pussent être utilement placés
en tête du présent volume; mais c'a été toujoui's vainement. Ce serait
trahir la mémoire de notre ami que d'offrir au lecteui', sous son nom,
de simples brouillons. Le seul morceau qui puisse ici voirie jour est
la préface quil avait préj^arée pour cette première édition de son cher
poome. La voici :
Le Roman de Galerent est non-seulement inédit, mais en-
core absolument inconnu. Il nous a été conservé dans un ma-
VIU
nuscrit du XV° siècle ', qui fait partie du fonds français de la
Bibliothèque nationale, où il porte le n° 24042, et dont le ca-
talogue le mentionne en ces termes : « Histoire de Bretagne
en vers. »
Cette indication inexacte a été empruntée à Gaignières,
Tavant-dernier posscsseurdu ms., qui n'en avait lu sans doute
que Vexplicit: « Cy finist le livre de Galeren, conte de Bre-
taigne. »
On conçoit que les savants en quête de romans d'amour et
d'aventures aient passé sans s'arrêter devant un volume ainsi
désigné ; mais, si peu que leur attention se fût portée sur ce
texte, ils i>'auraient pas tardé à reconnaître la haute valeur
littéraire d'une œuvre vraiment supérieure, et qui est aux ro-
mans d'aventures du moyen âge ce qu'est Paul et Virginie aux
romans du XVIIP siècle.
Le nom de l'auteur, Renaut, qui se lit au v. 7809, est déjà
connu comme celui d'un des plus délicats écrivains de notre
ancienne littérature, car c'est aussi le nom de l'auteur du Lai
de VOmbrc et de V Anneau, un pur chef-d œuvre du genre, et
peut-être y aura-t-il lieu d'identifier ce dernier Renaut avec
celui qui a signé le beau roman que je publie.
L'ancienneté d'un poëme qui est de la fin du XIP siècle,
ou, au plus tôt, des premières années du XIIP, le talent de
composition dont l'auteur a fait preuve, la pureté de sa lan-
gue et l'élégance de son style, la variété et le charme de ses
descriptions, la délicatesse des sentiments qu'il prête à ses
principaux personnages, le pathétique des situations et la vrai-
semblance des aventures, une fois le thème primitif adopté:
ces diverses qualités, que je ne me rappelle pas avoir vues
réunies au môme degré dans aucun des poëtes du moyen âge,
ni dans l'auteur du Partonopem, ni même dans Chrestien de
Troyes, méritent qu'on accorde à l'écrivain qui les possédait
une étude aussi attentive et aussi complète que possible.
«Ce ms. est incomplet du commencement, et il présente aussi une lacune
vers le milieu. Plusieurs feuillets en ont été transposés par le relieur. Au bas
du verso du dernier feuillet, lequel est en blanc, et fait partie intégrante à»
dernier cahier, on lit, l'un au-dessous de l'autre, les deux noms suivants Anne
de Bouloigne, Loyse de Bouloigne.
C'est ce que j'ai tâché de faire ; mais, avant de mettre en
ordre et de fondre en un seul tout les matériaux que j'i.i do
rassembler dans ce but, je crois nécessaire depubherd'abord
le texte même du poëme, tel que nous l'a conserve le ms.,
avec sa mauvaise orthographe du XV« siècle, quitte a le res-
tituer plus tard, dans l'édition critique qui sera l'une des par-
ties, et non la moins considérable, du travail d'ensemble que
je prépare. ,
Je ne donnerai point ici du roman une analyse détaillée,
qui ferait double emploi avec celle que je réserve pour mon
étude complète, où elle trouvera plus naturellement sa place.
Il suffira aujourd'hui de présenter au lecteur un bref sommaire
de cette oeuvre remarquable. _ _
Les principales données du poëme paraissent avoir ete
empruntées au lai du Frêne de Marie de France, ou tout au
moins à ce fonds commun de légendes bretonnes où notre
ancienne poésie narrative a si largement puisé. Mais ce qui,
=ous la plume de la célèbre poétesse, n'est qu'une œuvre un
peu terne, d'où la passion est absente, un récit honnêtement
composé et naturellement conté, comme il convenait a un
auteur qui n'élevait guère ses conceptions au-dessus du ni-
veau de la vie vulgaire, est devenu, sous celle de son imita-
teur ou de son émule, une œuvre d'art et de longue haleine,
qu'animent d'un bout à l'autre des caractères bien vivants et
bien tracés, une passion tour à tour heureuse ou contrariée
et toujours vraie.
L'héroïne du poëme est une jeune fille, nommée Frêne,
qu'abandonne sa mère. M-'' Gente, femme du châtelain Brun-
doré, et qui, recueillie par M^^ Ermine, abbesse de Beause-
jom% est élevée dans ce couvent, en compagnie du jeune Ga-
lerent, fils du comte de Bretagne et neveu de l'abbesse. Les
deux enfants s'aiment d'abord comme frère et sœur, puis avec
le temps leurs sentiments changent de nature, et nous assis-
tons, six cents ans avant Bernardin de Saint-Pierre et huit
cents ans après Longus, au drame semi-pastoral de Paul et
Virginie, deDaphnisetChloé. Heureux d'abord, grâce àlapater-
nelle complaisance du chapelain Lohier, parrain de Frêne, ils
voient bientôt leurs belles espérances s'évanouir. Galerent,
obligé d'aller prendre possession d& son comté de Bretagne,
après la mort [n-osque simultanée de son père et de sa mère, a
bien juré à Fi'ône, devant Lohier, leur protecteur commun, de
revenir l'épouser, quand il aura rendu hommage au roi d'Angle-
terre, son suzerain, et qu'il aura fait son stage de clievalier ;
mais dans l'intervalle M"*^ Krmine, avertie de ce qui se pré-
pare, chasse la jeune fille et lui révèle ce qu'elle sait du mys-
tère de sa naissance. Frêne, qui jusque-là s'était crue l'égale
de Galerent, ne veut pas devoir la fidélité de son amant à
des engagements qu'il n'aurait peut-être pas pris s'il avait
connu la vérité. Sans le prévenir et sans prévenir personne,
elle se retire à Rouen. Là. quatre ans de suite, sous un nom
d'emprunt, chez une veuve dont la fille Rose devient son
amie intime, elle vit dans l'isolement et dans le travail, sourde
aux demandes de mariage que lui attirent sa beauté et sa
bonne réputation.
Galerent, en apprenant coup sur coup la mort de Lohier et
la disparition de Frêne, tombe dans un profond chagrin. 11
réagit cependant et prend part aux tournois que le duc de
Metz donne en son honneur et en l'honneur du duc d'oOste-
riche », Guinant. Esmerée, fille du duc de Metz et préten-
due de Guinant, voit bien que le chagrin de Galerent est un
chagrin d'amour. Elle se croit l'objet d'une passion qui n'ose
se manifester et fait au jeune Breton de gracieuses et naïves
avances, que celui-ci décline avec autant de fermeté que de
tact. Guinant ne peut dissimuler sa jalousie, et la rivalité des
deux jeunes seigneurs dégénère presque en lutte interna-
tionale entre les tenants du Breton, tous Français de la lan-
gue d'oui, et ceux de Guinant, tous riverains du Rhin. Le dif-
férend se décide dans un vaste tournoi près de Reims. Les
Allemands sont vaincus, après une vigoureuse résistance, et
obligés de paver une énorme rançon, qui fait riches pour long-
temps « Français et Bretons et ÎS'orraands. »
Dans l'intervalle des tournois de Metz et de Reims, Gale-
rent avait eu l'occasion, en passant à la Roche-Gujon, chez
son compagnon d'armes et son parrain en chevalerie, lépreux
Brundoré, de voir la jeune Fleurie, fille de ce seigneur et de
M""* Gente, et par conséquent, ce que tous ignoraient alors,
sœur de Frêne. Elle ressemble tellement à sa chère absente,
à celle qu'il croyait morte, qu'il en devient amoureux, mais à
XI
demi; car, s'il voit en elle comme le miroir de sa bien-aimée,
il n'ose, en l'épousant, pousser jusqu'au bout rinfidélité {ju'il
se reproche déjà. Cependant ses meilleurs amis et ses plus fi-
dèles vassaux le firessent de [irendre femme. Il se décide enfin
et demande Fleurie.
Aussitôt le bruit de ce mariage se répand partout, jusqu'à
Kouen, jusque dans la maison qu'habite Frêne. La malheu-
reuse sent renaître sa passion. Ses angoisses n'échappent pas
à l'inquiète tendresse de Rose, sa compagne de lit et de
travail. Pressée par sa jeune amie, elle lui confie tous ses
secrets: « Elle veut revoir une dernière fois Galerent avanl
de se roplonger pour toujours dans sa retraite volontaire. »
Toutes deux partent pour la Roclie-Guyon,où elles arrivent
la veille du jour où devait se célébrer le mariage.
Frêne, portant sur elle la belle draperie qui la couvrait
dans son berceau et que l'abbesse lui avait rendue à sa sor-
tie de Beauséjour, et tenant dans ses mains son inséparable
harpe, se mêle à la foule des ménestrels et chante le « lai du
Breton Galerent», celui-là même que Galerent avait com-
posé pour elle à l'épocjuc de leur piemier amour. Le comte de
Bretagne, éperdu, se couvre la tête de son manteau et se re-
tire. Un instant après, M"^ Gente, paitageant la curiosité
commune, s'approche de la belle chanteuse el reconnaît tout
à coup l'étoffe précieuse, brodée de ses propres mains, dont
elle avait enveloppé la fille (ju'elle avait sacrifiée à son or-
gueil. Quoique horriblement agitée, elle se domine assez pour
avoir le temps d'entraîner Frêne au fond de ses appartements.
Elle l'interroge avec une anxiété facile à comprendre et s'as-
suie qu'el'e ne s'est pas trompée. Ivre de joie, délivrée enfin
des remords qui n'ont cessé d'empoisonner sa vie, elle em-
brasse sa fille et l'accable de caresses convulsives. Puis, au
risque d'être foudroyée par la colère de son mari, elle le fait
venir sur-le champ et lui ré\ èle tout. Brundoré, heureux de
retrouver une fille qu'il ne se connaissait pas, heureux de sa-
voir que c'est elle que Galerent aime, qu'elle est cette ab-
sente, « cette morte», toujours regrettée, pour laquelle il re-
tardait la conclusion de sonmïtriage avec Fleurie, Brundoré
pardonne et se hâte de mettre les deux amants en présence
l'un de l'autre.
XII
Fleurie se sacrifie au bonheur de sa sœur et prend le voile,
malgré les instances de sa famille, finissant son existence
comme sa sœur avait commencé la sienne, dans un couvent.
Telle est cette pastorale chevaleresque, qui tient le milieu,
par la date comme par les procédés esthétiques, entre le ro-
man do Dnphnis et Cliloé et celui de Paul et Virginie. Égale en
valeur littéraire à l'un et à l'autre, elle est plus morale que
l'œuvre de Longus et plus naturelle que celle de Bernardin
de Saint-Pierre.
■ Je n'indique dans le texte même que les corrections qui ne
compliquent pas trop la lecture et l'impression courantes. Je
renvoie aux notes celles qui exigent un véritable remaniement,
et, dans les deux cas, je me borne à l'Indispensable, pour ne
pas allonger inutilement la présente publication, ni empiéter
sur celle qui doit la suivre et qui contiendra le texte resti-
tué, avec tout l'appareil critique nécessaire. C'est ainsi que je
laisse des fautes évidentes et faciles àcorriger, mais trop nom-
breuses pour qu'on puisse les relever toutes^; par exemple,
lui pour H et réciproquement, le cas oblique pour le cas sujet,
ai pour ei, oi pour ai, ou pouro, :; pour .s ou pour r, r pour -,
etc. Ma seule préoccupation, en un mot, a été de donner ici un
texte intelligible. C'est dans la seconde édition que je m'appli-
querai à le rendre correct.
Aux notes laissées par Boucherie nous en avons ajouté quelques-
unes que nous n'avons pas cru nécessaire d'en distinguer. Nous
sommes redevables à M. Gaston Paris, à qui les bonnes feuilles du
poëme avaient été communiquées avec le ms. des notes, d'un certain
nombre de corrections qu'il nous a autorisé à publier avec les nôtres;
elles sont suivies des initiales de son nom.
Nous avions eu d'abord l'intention de placer ici, avec une notice
sur Boucherie, une bibliographie détaillée de ses ouvrages. Nous nous
* La confusion de n et de u, dans le ms., est fréquente, et il n'est pas tou-
jours facile de distinguer ces deux lettres l'une de l'autre. Aussi a-t-on pu
imprimer plus d'une fois ?i où le ms. porte plutôt u, et inversement. Il eût
été peut-être préférable, l'incertitude de la graphie étant reconnue, de mettre
partout soit n, soit u, selon que le sens l'exigeait. Même observation pour c
et t.
XIII
sommes décidé, après réflexion, à réserver l'une et l'autre pour un
second volume de ses reliquiœ, actuellement en préparation, et qui,
devant être de moindre étendue que celui-ci, gagnera à cette adjonc-
tion une plus juste épaisseur. En attendant, ceux des lecteurs de Ga-
leren qui ont connu Boucherie, et particulièrement nos confrères de la
Société des langues romanes, nous sauront gré de leur offrir, dans
la belle eau-forte de Fernand Desmoulin qui orne le présent volume,
une fidèle reproduction des traits de notre ami.
M. Emile Egger, quelques mois avant sa mort, avait bien voulu ac-
cepter la dédicace de ce volume, dont nous ne pensions pas alors que
la publication dût être si longtemps retardée. C'est, hélas ! sur une
tombe, fermée depuis plus de deux ans, que nous le déposons aujour-
d'hui, comme un hommage posthume de Boucherie à l'homme ex-
cellent auquel l'unissaient les liens d'une si tendre amitié et d'une si
profonde reconnaissance, et comme un témoignage de nos propres sen-
timents de gratitude et d'affectueuse vénération envers cette chère mé-
moire.
Camille Chabaneau.
ERRATA
I*. 205, 1. 17, siiiipr. le point d'iatcrrogation qm smt preslre.
1*. 207, note sur le v. 551, 1. 2. « douceurs. » Lis. donneurs. Ce
renvoi à Lafontaine est d'ailleurs à supprimer. Le cas n'est pas le
même que celui de notre texte et des Dcnkmuler de M. Suchier.
W 210, 1. 14 du bas. Lis. 2000. . .2005. . .2000.
P. 211, note sur le v. 2379. « aurait-il. » Lis. faudrait- il.
P. 21o, note sur le v. 3622. Lis. mande.
P. 215, note sur le v. 4964. <( eschappez». Lis. checauchié.
P. 218, 1. 4. Lis. interversion . — L. 18. Virgule à la fin de la
ligne .
ADDITIONS AUX NOTES'
*706. Con qui aroit maint ennemijf « Comme s'il avait une foule
d'ennemis à ses trousses. »
*707. Sans savoir son couvine? « Sans savoir le sexe de l'en-
fant»? Cf. V. 975.
•1489. Ctiens.
2121 . « VOUS » := vou (voto).
2422. et si?
2777 et 2799. Puis que.
2903. revenrai.
*3002. S'en avez bon ?
3522 Jel ? Deux points à la fin du vers .
4140. « cache » = chasse, c'est-à-dire détourne, empêche. Cf.
v. 6204.
*4260. « asseur » à maintenir. C'est ici un adjectif (dont on a le
féminin au v. 6961) pris adverbialement.
'4384-5. Plutôt repaire. .. .aire'!
' Quelques-unes des nouvelles notes ici ajoutées complètent ou modifient
plusieurs de celles qui occupent les pages 205—220. Nous les marquons d'un
astérisque.
XV
4789. biau chevalier.
4966. ...halé;et tant?
5268. » Dieux. » Coït, deux (deuil).
5517. «povoir. » valoir (cf. 5514) ? Ou paroirf
5566. Virgule à la fin du vers.
5567. Que esgardent?
5631 . Effacer la virgule.
* 5728. qui n'aramie?
5793, et plus loin. « Li quens Palais. » Le comte palatin.
* 6058. « senée. » A conserver, semble-t-il.
6084. // et Gornemnnt tant? en mettant un point à la fin du vers
précédent.
6091. « crie. » prie?
* 6279. Mais Vame au Bret? <.<. Elle ne peut aller jusqu'à l'âme de
Galeren. »
6309. «telz. )) cel (cil)?
6458. si?
' 6466-7. Transposer ces deux vers?
64Q7.Que?
6504. Un point après prendre.
6852. seray assens? Virgule à la fin du vers.
0852. Coni as sentir pourra?
" 6975-78. Mettre ces vers entre guillemets. Ils sont la suite de
6971-2. Voy. la note de M. G. Paris.
* 7335. N'en fu?
LE ROMAN
DE
0-A.LEFIEIMT
— 3 —
[CY COMMENCE LE LIVRE
CONTE DE BRETAIGNB.]
[33 r°] Haulx homs courtois, vaillans et sages,
D'asses pou d'ans est ses aages ;
S'est bons chevaliers et hardiz,
Loyaux, sans ire, et sans mesdiz.
5 Ces grâces ot li chevaliers ;
Assez en eu[s]t sa moulliers
Se ne fust mautalent étire.
Qui souvent fait a plusieurs dire
Mainte folie et maint oultrage.
10 La dame estoit de (li) haultparage,
De rojs et de contes extroicte.
Si l'ot nature a droit pourtroicte,
Car elle estoit, en tous avis,
Bien faicte de corps et de vis,
15 Blonde com or. Et la char blanche
Avoit com nef qui chiet sur branche.
En la face ot couUeur vermeille ;
Mais rose ne s'i apparaille
Tant soit a toute la rousée.
20 S'el(le) ne fust d'envie embrasée
Aucune foiz par desraison,
De Gadres je[s]qu'en sa maison
Ou mainte vaillant en est née,
Ne maint dame si senée,
25 Ne si bien parlant, a m'entente.
Elle avoit non madame Gente :
Si ressembloit le nom le corps,
De tant com en encoit dehors.
Mais ne povoit entrer dedens,
30 N'avoit fors ou vis et es dens
Et ou parant li nons sa force.
Gente se fist nommer l'escorce.
Et gente et belle est a devise ;
Mais le cuer ot sans gentillise.
35 De son non ne doy [je] parler
Car il faisoit trop tost aller
Le cheval de [sa] langue [e] courre,
Que nulz ne lui povoit rescourre
[33 v"j Quant elle estoit en haulte alaine.
40 S'en est tenue pour villaine.
Jenne fut, si n'ot filz ne fille.
Trop parler destruit et avilie
Ceulx qui veulent a hounour vivre.
Par trop parler semble l'en yvre
45 Et acquiert l'en souvent hayne.
Maint ennuy et mainte ruyne
Vient au mesdisant ains qu'il muyre.
Sagement met Damedieu cuyre
Les oultrages qui davant viennent
50 Aux oultrageux qui ne se tiennent
D'ouvrir la bouche en villennie.
La dame en deut estre honnie
Si comme après dire m'orrez.
Son mary ot non Brundorez,
55 Ainsi comli escripz le nomme.
De sa meignée ot ung prodomme
Et de son conseil moult long temps
Qui estoit appelle Matens.
Ausques preuz d'armes ethardiz,
60 N'estoit villains n'en faiz, n'en diz.
Ne vantierres ne mesdisans.
N'a povre homme fel ne nujsans.
S'ot en li mainte bonne grâce.
Jenne femme avoit qui la face
65 Portoit de fresche couleur tainte,
De corps fut belle et de cuer sainte,
Sans villanie et sans ordure,
De nulle villanie n'ot cure,
Ains est de bonne renommée.
70 En son baptesme fut nommée
Marsile par nom, ce me semble.
S'ot eu deux enfans ensemble.
Variez jumiaux de grant biauté.
Ades garda sa loyaulté
75 Vers Dieu et vers son mariage,
Com(me) bonne dame preuz et sage.
1 19 To] Si ne la tint nulz pour villaine.
Envie en otla chastellaine,
Quant tous cil qui la cougnoissoient
80 Par grant hounour la cherissoient
Pour son sens et pour son acueil.
Gente, qui fut plaine d'orgueil,
Ne povoit de li chose oyr
Qui la peust faire esjoyr.
85 Et Brundoré moult lui nuysoit
Qui tous les biens de li disoit
Et de son baron autresi,
Si qu'a bien près que n'en yssi
De son senz telle heure fu ja.
90 Mais elle repost et chaiija
Son maltalent par mainte foiz,
Quant la loyauté et la foiz
De Marsile, et li àuy enfant.
Qui tant furent bel et vaillant,
95 Li furent moustré par parole.
Envie, qui le monde afolle
Et le mehaigne et le blesce,
A mis premiers en sa destresse
Clers et moines, bourgeois, villains.
100 Et chevaliers, et chastellains,
- 0 —
Evesques, abbés, rojs et contes;
Mais oncques ne conta nulz contes,
Tant oyssiez nuUi conter,
C'om peust envie doubter
105 Qui cuerde femme a la foiz prent;
Quar quant elle voit et aprent
Que sa voisine est plus amée.
Plus vaillant et plus acesmée,
Ou plus belle, et a meilleur tesche,
110 Lors frit elle ou art comme mesche.
Dont elle est irée et doulente
Quant on la loue ou l'en lavante,
Et lors commence elle a trouver
[19 V"] Qu'elle lui pourra reprouver.
115 Geste envie ot madame Gente,
Longuement a mise s'entente
A. trouver les moz et cuysans
Dont tenue soit pour nuysans
De par Marsile, en arramie
120 Qui bien cuidoit estre s' amie.
Ne s'aperceut encor de rien
Tant a en li doulceur et bien ;
Que tout son service promet
A la chastellaine et soubzmet
125 De tout en son commandement
Pour faire tout oultréement,
S'elle oncques puet, savoulenté.
ATAscencion, en esté,
Qu'on appelle sollemnel feste,
130 Voulst tenir court riche et honneste,
A ce temps, Brundoré li gens.
S'(i) ot mandé chevaliers et gens.
Ou il avoit assez de biens.
De son houstel jusques Orliens
135 N'a remés barons qui riens vaille,
Dame ne pucelle qui ne aille
A la court Brundoré le fort.
Moult j ot joye et grant déport,
Si les festoi(e)a sans dangier,
140 Et quant ce vint après mengier,
Apres mengier tous s'assemblèrent,
La ou dames les appellérent,
Ça. X. ça XV. et ça xx.
De maintes choses leur convint
145 Parler et deviser ensemble,
Tant qu'ilz parlèrent, ce me semble,
Des enfans Maten et Marsile,
Que plus biaux n'ot en nulle ville
Ne plus sages de leur aage.
150 Geste parolle mist la rage
Ou cuer Gentin la chastellaine.
[20 r°] Puis a parlé comme villaine,
Et dit : «Sire Maten, beau sire,
Moult doit proudoms avoir grant ire,
155 Qui sa femme a pour son délit
Et il voit qu'eir a a ung lit
Deux enfans ; car ce ne puet estre
Que ja nous die[nt] clerc ne prestre
Que femme ait ja ventre chargié
160 De deux enfans, s' avant pechié
JN'a a deux hommes et allé. »
Brundoré en a avallé
Le visaige a terre de honte.
Pour le let dit et le fol conte
165 Que Gente dit par grant mençonge.
« Seigneurs, fait-il, ma dame songe.
Javous diroit moult d'aventure,
S' elle congnoissoit la nature
Des choses que clers ont aprises,
170 Qui a ce ont leurs estudies mises,
Qui sçavent les secrez des femmes
Mieulx'qu'elles.N'[en] est pas diffames.»
Leans n'ot ne homme ne femme.
Qui ait ouy parler la dame,
175 Qui moins ne l'en prisast assez.
Et quant li jours fu trespassez
Ou demain, fu la court esparse.
Marsile, qui voulsist estre arse
— 8 —
Mais que saulve y eust s'onnour,
180 A fait son baron au seigneur
Si courtoisement congié prendre,
Que nulz ne l'en povoit reprendre ;
Ainz s'en départi comme amis.
Dont se sont en leur chemin mis
185 Et revenu en leur maison,
Qu'oncques puis pour nulle achoison
Maten Brundoré ne servi,
Quar sa femme l'ot desservi.
Brundoré demoura honteux
[2o v°] Quant il vit qu'il ne ses hostieux
Ne pot Maten a lui retraire.
Moult est langue folle qui taire
Ne celer ne puet son mahaing ;
Qu'elle n'en vient a nul g[ajaing.
195 Sj jpert cil qui honte doubte.
Geste villanie fut toute
Deux ans de plurieus oubliée,
Tant que la dame fu liée
Et ensainte de Brundoré.
200 Souvent li ot Marsire ouré
Que Dieu mourrir ne la laissast
Jusques tant qu'elle s'apensast
Et repentist de la folie.
Dieu qui nul oultraige n'oublie,
205 Qui pécheurs sagement bat.
Au chief de neuf mojs jus abat
Celle qui ot empli son temps
Et qui puis pour folle se tint.
210 Une sage femme détint
Et deux pucelles avec li.
Queque sa douleur l'assailli
En sa chambre privéement,
N'i voult souffrir acointement
215 Fors de ceulx qui li sont privées.
Or sont a bon port arrivées
Quant servir en gré la vouldront.
— 9 —
Assez g[a]aigner y pourront.
Et la dame est en saulve nef,
220 Car Dieu lui envoie sa clef
Qui de la chartre la defferme,
Ou ensaintes griefment enferme.
Hors est la dame de péril
Qui liée fu s'elle eust fil,
225 Mais elle en oit autres nouvelles,
Car la nutriére et les pucelles
Li dient : « Dame, ne savez?
[21 r"] Deux jumelles filles avez.
S'en devez (a) Dieu grant guerredon.
Quant il vous a donné tel don,
230 Qu'il vous [a] délivrée a joye. »
Gente de rien ne s'en conjoye
Quant elle oit ce, ainz cliiet pasmée.
Au revenir s'est hault clamée,
235 Qui moult fu puis en grans pourpens,
Cent foiz desloyal et chetive.
Ce li poise quant elle est vive.
« Lasse ! fait-elle, or suis-je morte.
240 S'or s'esbahist et desconforte
Moult cuer, n'est mie desraison.
Qu'or est venue la saison
Ou (il) m'esconvient a honte vivre.
Plus cruieuse suis [je] que guivre,
245 Plaine de folie et d'oultrage,
Quant une dame preuz et sage
Si dis l'autre an par ma grant ire ;
Et ce que femme ne doit dire
Li-diz. Or m'en est mescheu,
250 Bien l'aperçoy, bien l'ay sceu
A la honte que Dieu me donne.
La langue qui trop s'abandonne
Au mal parler tue maint homme.
Car {sic) langue occist, par langue assomme
255 Père le fil et filz le pérç.
L'en dit tel chose qu'en compère,
— 10 -
Dont mieulx vauldroit soy a[s]tenir.
Lasse ! que pourray de(ve)venir ?
Corn suis tournée a grant hontage !
260 Or suis-je pute sans putage,
Car mon corps ou pechié n'a coulpe.
Ce fait ma langue qui Tencoupe.
Mais ce faiz je qui la deusse
Chastier, se mesure eusse.
265 Si ay vers moy a tort mespris.
[21 v°] Pour autruy m'ay tolu mon pris
Qui je cuiday tollir le sien;
Mais je m'en ay tolu le mien.
Si me feray de ce mescroire
270 Dont l'en ne me voult l'autre an croire.
Je diz Maten le chevalier
Que 11 homs devoit sa moillier
Conter avec les desloyaulx,
Qui deux enfans avoit jumiaux.
275 Ce diz je par ma desmesure.
Si m'en feray faulce ameture
Traire a moy ; si est mien le fait.
Meffaicte seray sans meffait.
Tel los a qui ainsi se venge ! »
280 De ce qu'elle ainsi se ledenge
La conforte moult la ventrière.
A paine la puet traire arriére
Comment qu'elle y mette deffence.
Tant que la dame se pourpence,
285 Que qu'elle se démente et veille,
D'un hardemeut, d'une merveille
Qu[e] elle veult faire entreprendre.
Ja ne laira pour nul reprendre,
Ne pour blasmer que nul li face.
290 Si mate com elle ot la face,
Et ainsi com elle ot vain cuer,
Dist a la ventrière : « Ma suer — -
Et aux pucelles — mes sereurs,
Ma folie et ma grant ireurs,
295 Et ce que nulle femme ou monde
— 11 —
Au moins pou n'est d'oultrage monde,
M'a toute liée et sousprise.
Li anuiz qui m'a entreprise
M'a a double douleur livrée.
300 Je cuidaj estre délivrée ;
Non suis, quar (ce) n'est mie délivre
Du tout qui a honte se livre.
Et si j'y ay mon corps livré,
[22 r°] Dont ay je le cuer enyvré.
305 Si vous en appel et conjur,
Et je sur le corps Dieu vous jur
Que, si vous celer mon affaire
Et vous voulez mon conseil faire,
Grant preu y avrez et gfant aise. »
310 Celles dient qu'elle se taise,
Car elles feront son vouloir,
Si leur povoir y puet valloir.
Lors l'asseurent par leur foiz.
Puis dit la dame a celle foiz :
315 « Or toust, damoiselles, aller,
Galet mon sergent appeller.
Qu'il vienne a moy parler errant. »
L'une d'elles y va courant,
Si l'a tant quis qu'ell' a trove,
320 Puis dit que sa dame le rueve
A li venir, et cil y va.
Gesant a douleur la trova ;
S'en fu maz [si] comme il devoit.
Quant la dame venu le voit,
325 Si li dist : « Galet, or m'escoute.
Tu scez moult bien que je suis toute
Preste ades de toy avancier,
Et de ton bien croistre et haulcier,
Si t'ay donné maint riche don.
330 Or t'en demant le guerredon,
Par si que grant preu t'en vendra,
Ja nulz toUir nel(e) te pourra.
Mais que tu facez mon vouloir. »
— (( Dame, si je vous puis valloir,
- 12 -
335 Ce dit Galet, je vous vauldroy;
Et quancque je faire pourray
Pour vous, dame, n'en doubtez mie
Feray com pour dame et amie,
Et eom cil qui est sans faintise
340 Tous aprestez en vo service.
[22 v°] De ce soiez asseurée
Voir. B — « Or suis je beneurée,
Dit la dame, Galet amis,
Quant si t'es en mon vouloir mis.
345 Or entens donc(ques) ma priveté.
Il advint l'autre an en esté
Que mon seigneur tint court moult riche.
Ce jour nol(e') tint on mie a chiche
Qu"assez de biaux dons y donna.
350 Maten sa femme y amena,
Et maint autre la soue o li.
Adonc li diz je grant ennuy.
Ma langue mist hors ma pencée,
Or est la honte renversée
355 Sur moy, quarbien l'ay desservie.
Par mon orgueil et mon envie
Diz lors que nulz hom ne devoit
Sa femme hounourer qui avoit
Deux jumiaux eu en ung lit ;
360 Forfaicte estoit d'autre délit.
Marsile a tort en ledengeay.
Or me puet l'en, pour ce que j'ay
Deux enfans euz orendroit,
A forfaicte tenir par droit.
365 Lorsque mon seigneur le savra
Ja mes fiance en moy n'avra,
Ainz dira que j'ay folié.
Puisque je te sens allé
Si joint et si privé de moy,
370 Je te commant et si te proi,
Comme mon homme et mon sergent,
Que tu preignes ce mien enfant,
Etloing l'emportez toust de cy.
— 13 —
Si le laissez, par ta mercj,
375 Sagemens (sic) en aucun destour,
Dont ja mes n'ait ça son retour,
Tant soit escreuz ne nourriz.
N'en veil mie que mes mariz
[23 r°] Me tiengne a meffaicte de rien.
380 Et je feray cest autre bien
Ne se garder et nourrir.
Galet garde toi de périr
Qu'il ne voise a mal par tes mains ;
Laisse le a plain ou (au) hojs au mains
385 Ou gens voisent par aventure.
Pour bien fournir sa nourreture
Sera richement adournez
Que ja n'en sera destournez
Qu'il ne soit nourriz a grant feste.
390 Galet, escheve le de beste,
De villain lieu et périlleux,
Que Ijon ne l'occie ou beux,
Tigre ou ours, ou liepars enchieux.
Met le en lieu qui soit pourcheuz
395 D'aucun recet où l'en [ie] truisse.
Si que par deffaulte ne puisse
De gens périr ne de besoigne.
Or t'en ay [je] conté m'essoigne. »
— « Dame, ne soiez plus en doubte,
400 Ce dit Galet, quant je sçay toute
Vo voulante. Faicte sera
Pour nulle rien ne demourra
Que li enfenz ne soit portez.
Or ne vous en desconfortez
405 Que j'en telle terre le port,
Ou il n'avra péril de mort,
Ne ja mes n'en orrez parolle.
Mais une paour me violle,
Qui le cuer me bat et tourmente,
410 Que le voustre ne se repente.
Car cuer ne puet au loing mentir.
Si vous venez au repentir,
— 11 -
Tost me ferez après occire.
415 Nel(e) dy pas pour moy excuser,
Que je ja (ne) vueille refuser
[23 vo] Ce que vous m'en avez requis. »
— «Tu as tout mon povoir conquis,
Galet, si Dieux m'aist a l'ame »,
420 Ce li a respondu la dame,
« Ja de moj n'en seras hajs,
Onques n'en soies esbahiz.
Mais porte l'en seurement. o
Galet li respont erraument :
425 « Or tost doncques de l'atourner
Que sempres m'en puisse tourner
Encor[e] nuyt ou premier somme,
Que je ne puisse femme ne homme
Trover veillant qui me congnoisse. »
^30 Et celle d'atourner s'angoisse.
Toust fait la dame appareillier
Draps pour l'enfant coucher tailler
Souefs et déliez de lin.
S'(i) a fait traire d'un sien escrin
435 Ung oreillier bel a devise
Qu'on lui ot envolé de Frise
Aude la royne sa seur.
En la toille ne maint fuer
Nuls qui la veist la prisast,
440 Ne l'oreil {sic) souef outast.
Car entour avoit maint bouton
Qui ne sont mie de leton,
N'or, ne argent, n'autre métal,
Ainz furent pierres par igal
445 Toutes roondes précieuses.
N'i servoient mie d'oiseuses.
Qu'elles furent de grant bonté,
Et belles com beau jour d'esté,
S'(i) ot aux cornes quatre rubiz,
450 Que n'achatast Turs, n' Arrabiz.
Ou drap n'ot [que] soie (n)e fil d'or.
— 15 —
Nul ne trovast pour nul trésor
Son pareil, tant le sceust querre,
Car fait ne fu n'en ciel n'en terre,
[24 r°] N'en mer, ne ne le tyssy nulz.
Mais sur ung arbre de benus
Le firent oysel a leurs becs.
Telle est leur nature qu'ades
Font a leurs ouefs courtine et voile,
460 Si com jraigne fait sa toille.
Mais la couleur est decevans,
Ja ne serez si parcevans
Qu'il ne se moustre a vostre advis
Pour noir, pour blanc, pour vert, pour bis,
465 Pour vermeil, pour jaune, pour inde.
S'(i) en fu la plume prise en Ynde
D'un ojsel qu'on clame fenis.
C'est un oysel par qui ja nis
N'est fait que d'un seul, ce me semble,
470 Car estre n'en puet q'un ensemble.
Li oreilliers grant odeur rent,
Espice nulle ne s'i prent,
Ne giroffle, ne garingans {sic),
Tant soit de nouvel prins es gans {sic)
475 D'Eufrates ne de Tygriz.
Ung p(e)liçon appareillent gris
Pour ens enveloppez (sic) l'enfant.
Et en ung petit bers non (pas) grant
Ont fait son lit a grant devise.
480 En ce bers fu puis Anfelise,
Seur au roy Thibault de Caudye {sic),
Petite et aletant nourrie.
A sa fille l'ot chier la dame.
Cler et luysant fu comme flamme,
485 Et fut des coustes d'un poisson,
Et les cornes furent en son
D'un cler yvyere ouvré par art.
La couleur d'or y luist et art,
Et li liens en est de soye,
490 Que la dame ot ouvré a joye
- U> -
Que qu'elle estoit griefz et pesans.
[24 v"] Puis fait mettre cinq cens besans
En une conroie et liez {sic),
Que cil avra pour son loyer,
495 Qui premier trouvera l'enfant ;
Du nourrir sera plus en grant.
Si Font dessouz le chevet mise,
Chose n'est mieulx faicte a devise.
Avec l'avoir y met on el,
500 Une poignée de blanc sel ;
Et Font mis en une aulmosniére,
Pour moustrer toute la manière
De l'enfant, qui nouvel est nez,
Qu'il n'est mie crestiennez,
505 N'a receu uille ne cresme.
Par le sel avra le baptesme,
Quant Ten en savra le couvine.
Pour tesmoiuage de l'orine
De la gentillesse a l'enfant
510 A fait la dame ung estriu {sic) grant
Ouvi'ir, et ung chier drap hors traire,
Qui n'est mie de povre affaire.
Ne de villain, mais de hault ouvre,
Car celle l'ot fait qui bien ouvre,
515 De fil de soie et de fil d'or,
C'est Gente la belle au chief sor
Qui la langue ot mise en erreur.
Du roy Floire et de Blanchetiour
Y ot la vie d'une part,
520 Tissue par merveilleux art,
Toute la vie des amans.
Oncques Françoys ne Al[e]mans
Ne vit chose plus beau pourtrete
Que ceste estoit que Gente ot faicte.
525 D'autre part fu toute la vie.
Comment Hélène fut ravie
Que Paris emporta par mer,
Par l'outraige de trop amer.
[25 r°] Je vous devise auques briefment.
— 17 -
530 La dame ot tout si souiieument,
Com celle qui bien en pensa,
Ouvré, qu'onc rien n'y trespassa.
Geste moitié de drap fu riche,
Et l'autre ne fu mie chiche,
535 Ainz fu plaine de grant valeur
Pourtraicte defuille[s] et de flour,
De fil d'or et d'autre couleur
Qui reluisoient comme jour.
Il n est belle fleur ne bien faicte
540 Qui ne fust ou quartier pourtraicte.
En l'autre quartier avoit Gente
Ouvré, par très soultive entente,
Par déliez et soultiz trais
Les douze mojs de Tan pôurtraiz.
Les eslemens par grant entente
545 Encore en ce quartier ot Gente
Pôurtraiz de soje et de fil d'or.
Le ciel, le feu lujsant com or,
L'eaue et la terre avec partie
550 De ce dont Dieu l'avoit garnie.
Toutes merveilles j avient.
Plus beau drap querre n'esconvient
Mieulx tyssu, plus long ne plus lé.
555 Ploie l'ont et envelopé
Et mis en ung drap de samit.
Soubz le chief a l'enfant petit
L'ont par le gré la dame mis :
Ou qu'en le let, s'il n'est maulvais.
Dieu pourra l'en du drap veoir
560 Que l'enfant est né de grant povoir.
L'enfant demande après la mère
Qui plaine est de doulceur amére,
Et qui porte let en fiole.
En pleurant le baise et acolle,
565 Et met sa memelle en sa bouche.
[25 v] Si ressemble l'arbre et l'escorche
Qui dehors verdoie et flourist,
Et par dedens meurt et pourrist.
— 18 —
Qi^e la mouele est seiche et vaine.
570 Ou cuer n'a mie la fontaine
Le let que li enfans alecte,
Puis que pitié en est hors traicte
Et que nature entièrement.
Donc puis je dire vraiement
575 Qu'elle porte let en fiole
Puis que pitié n'a tendre et mole.
Nuls ne la doit mère clamer
Puisqu'elle porte let amer.
Ainz est doulx, amer n'est il mie
580 Puisqu'elle se moustre a amie
Vers l'enfant, par l'aournement
Dont elle l'a si richement
Atourné comme mère entière.
C[e] est mençonge, quar la chiére
585 N'est mie du cuer qu'elle moustre,
Dont la doit l'en appeller monstre,
Car elle pert le non de mère
Quant el[le] porte mamelle amére,
Et devient marrastre et estrie.
590 Elle ailette l'enfant qui crie,
Apres le fait ou bers couchier
Et puis lier du lien cher.
Com pour porter est atournés
Galet, qui s'en estoit tournez,
595 Et toust apreste son cheval
De frain, de sengles, de poitral,
De selle et de nouveau pennel.
S'ot une housse de burel,
Etcoustel, et espèe ceinte.
600 Quant il vit que la nuyt vint teinte,
Que li aers fu ausques occurs {sic),
Est en la chambre tout seurs
[26 r"] Entrez, que n'y vit hom ne femme.
Et quant venu le voit la dame
605 Si li a dit:« Galet, or monte.
Or te peine d'ouster ma honte.
Aies pour Dieu de moj mercy,
~ 19 —
Monte tost, si t'en va de cj.
Li enfans est tous aprestez. »
610 Cil est sur le cheval montez,
La ventrière l'enfant li donne.
La mère tantost s'abandonne
A duel démener et a braire.
Nulz ne vit mais si grand duel faire,
615 Ne si fort com elle demeine.
Nature a droit point la ramaine
Qui mettre li fait l'enfant jus.
Mais honte ra son cuer conclus
Qui a ce le fait raproucher
620 Que l'enfant li fait rechergier.
Et quant Galet reprent congié,
Près [va] qu'elle n'a enragié
Le cuer de duel et de moleste.
Car nature la ramoneste
625 A laissier sagrant felonnie.
« Ja certes ceste villanie.
Fait elle, ne m'est reprovée,
Qu'on me tiengne si a desvée,
Que je mon enfant périr face. »
630 Honte, qui le [sic) retraint et relace,
Lui refait une autre foiz dire :
«Certes, ja pour nul esconduire
Que je sache faire en ce monde
Mes ne seraj tenue a monde
635 Se mon marj scet mon affaire. »
Le cuer a plain de grant contraire.
Lors nature a ung point la met,
Et honte grant mal lui promet.
Une heure fait l'enfant descendre,
[26 v°] Autre ïe let Galet reprendre.
Si s'est tant plainte et combatue,
Que honte l'a jus abatue
Qui de son malice l'enorte.
Et Galet lors l'enfant emporte
645 Garnj d'avoir et de despens.
Celle remaint qui ot le sens
— 20 —
Villain et saisi de grant rage.
S'(i) en cheist puis en grant malage.
Or emporte Galet l'enfant.
650 S'(i) a par le chastel allé tant,
Si bellement, sans parcevoir,
Qu'a tous en a emblé le voir.
Si ne sot l'en qu[e] il devint.
Brundorés l'endemain revint
655 De chassier ou il ot esté.
Si lui a ung mes apporté
Qu'il a une fille moult belle.
Moult se fait lié de la nouvelle,
N'ot si grant joie en son aage :
660 Cinq mars d'argent donne au message,
Et puis demande que fait Gente.
Cil dit qu'elle a assez entente
Com de si doloreux martire.
Et Brundorés sa rené tire,
665 Vers son perron s'est descenduz.
Ainz qu'il ait aux sergens renduz
Ne cloche, n'esperon, n'espée,
A il la chambre deffermée
670 Ou Gente vient, et vint au lit.
Sans bien la trêve et sans délit
Com(me) celle qui trop est matée.
Si l'a doulcement visitée,
Et demande qu'elle [le] fait.
Celle li celé son meffait,
675 El dit qu'elle cuide mourir.
Cil qui désire son guarir
[27 r"] Et son repous, lui fait puis querre
Sages mirres par mainte(s) terre (s)
Qui la curent de son mehaign.
680 S'en ont biaux dons et beau ga[a]ing.
Que voulentiers leur donne et livre.
En grant pièce ne fu délivre
La dame, ainçois guarit a peines.
Tant sont passez jours et sepmaines
685 Qu'elle fu saine et bien guarie.
— 21 —
Et sa fille fu bien nourrie.
Si fu donnée a la Dieu loy
Droit en l'église saint Eloy,
Ce fut a la Roche Guyon.
690 La tint [la] li quens de Ryon,
Si la fist d'uile et de cresme oindre,
Et la contesse li fist joindre
Son non, si l'apella Flourie.
Le jour de la Pasque fleurie
695 Ot esté la contesse née,
Et pour ce fut ainsi nommé[e].
A grant déduit et a haultesse,
A grant joie et a grant richesse,
Ot Fleurie sa nourreture.
700 Mais sa seur fu en aventure
Que Galet le preuz emporta.
Oncques nul lieu ne s'arresta
Toute nuyt, pour mont ne pour val.
Le bers sur le coul du cheval.
705 Et li enfans adez dormi,
Conquis aroit maint ennemy !
Galet, son savoir, son convine,
De chevauchier ades ne fine,
Par bruyères, par plain, par bos,
710 Et par ronces et par estos,
Tant qu'il parçoit l'aube du jour.
Et li enfans ot de séjour
Mestier, et Galet en pensa.
De chevauchier tant se lassa
1 27 V*] Qu'il approucha d'une villete,
A l'issue d'une brocette.
S'en furent espars li mesnil.
Galet, qui doubtoit du péril,
En vit ung seul en my les champs
720 Clos d'espinoie de long temps.
Et d'un foussé niez [sic) et parfont.
Galet y entra par le pont.
S'a tant hurté l'uys qu'il vit clos
Q'une femme li a desclos.
22
725 Mais ce l'a fait [trop] anuyer
Qu[e] elle a veu l'escuier
Si matin entrer en son estre,
« Frère, fait elle, que puet ce estre ?
Qui es ? Ou vas ? et tu dont viens ? »
730 — (( Encui avrez de moy grans biens,
Ce dit Galet, se Dieu me voye.
Mais or souifrez tant que je soye
Ung pou, dame, cy reposez.
Et se vous du mien prendre osez,
735 Tant en avrez encui sans lan,
Que mieulx vous en sera tout Tan. n
Quant celle Toit ainsi parler
Hors nel(e) voulst mie faire aller,
Ainz li a dit : a Descendez dons ;
740 Vo biau parler plus que vo dons
Vous donra bon houstel encui. »
Or n'a Galet mal ny ennuy
Quant il puet pour deniers finer.
11 descent. Celle en fait mener
745 Son cheval la ou a mengier
Faing et avaine a sans dangier.
Et Galet fait lors le feu faire.
Et a mis jus l'enfant en l'aire
Qui de fain crie et de mesaise.
750 La dame, pour ce qu'il se taise,
De l'aleter se met en grant ;
Et, ainsi com endort l'enfant,
[28 r°] Le lieve et baigne doulcement.
Et le recouche nectement,
755 Com(me) celle qui bien l'a apris.
Et Galet a ung chapon pris,
Pour li le tue et cuist en roust.
Et s'ostesse li a fait toust
Ung blanc gastel bien beluté,
760 Galet en a mengié plenté.
Et prent le vin, dont il se donne.
Car la dame lui abandonne
Ung tonel qu'elle a en despence.
— 23 —
Quant il a mengié si se pence
765 Qu'il dormira, et puis s'endort.
Li dormir li fait grant confort.
Esveillé s'est, et la nuyt vient :
Il voit que râler l'en convient.
Puis remenjue a son désir,
770 Et la dame ra par lesir
L'enfant bellement afaitié.
Doulcement le ra raletié.
Car vueve est, s'a petit enfant.
Et Galet, qui se met en grant
775 Du raller, tant du sien lui paie
Qu'elle du prendre s'en esmoye.
Galet n'a guaires puis targié :
Il est monté, si prent congié,
Et le bers davant li ratourne.
780 En[z el] mesnii plus ne séjourne,
N'i let du sien riens qu'il oblit.
Hors des villes sa voje eslit,
Vers les champs ne reveulst aller,
Qu'aucun ne le puist rancontrer
785 Quile cougnoisse. Adonc s'avive.
A une grant forest hantive
Prent chemin, et puis point et broche.
Tant erre que li jour aprouche.
Adonc yst hors de la forest.
790 Ce jour et autre déduit s'est
[28 V°] Ainsi com il a fait davant.
La voie li ala grevant
E li enfans qu[e] il portoit.
Trop joenne, pour ce s'en doubtoit.
795 Mais Damedieu le faisoit vivre.
Qui les siens quant il veult délivre
De mort et d'autre mainte serre.
Galet esloigna bien sa terre
A sept journées ou a plus.
800 Si fut si atains et confus
Du pajs et du lieu lointaing,
Qu'il ne cougnut ne bos ne plain.
— 24 -
Bourc ne ville qu'il voie a rueil.
Tant qu'il yssi d'un espes bruil,
805 Ung jour, au point de l'ajourner.
Ne sot ou il peust mener
Son cheval, ne le cheval lui.
S'en ot grant ire et grantennuy,
Et sot qu'il fu despaysiés.
810 Voulentiers se fust [alaisiez,
Et lessast ou que soit l'enfant.
Queque li jours aloit naissant.
Il descendit une vallée,
Qui fu merveilles longue et lée,
815 [Si] plentureuse de tous biens
Qu[e] il n'y failli nulle riens
Que cuers désire qu'il n'y preigne.
Car environ est la montaigne
Qui plenté porte de tous blez,
820 Et li pendans y est peuplez
De bonnes vignes a foison,
Qui donnent vin en leur saison.
Si sont li pré et li courtil
Et li jardin bel et gentil,
825 Portant fruit de mainte manière.
Si court parmy une rivière
De poissons riche et de navie,
[29r°] Dont plusieurs soustiennent leur vie
De la gaaigne qu[e] ilz font.
830 D'autre part a grant et parfont
Dessus la montaigne et boscage,
Ou il a maint bon porc sauvage,
Biches et cerfs, et dains et ours,
Que chiens prennent souvent au cours.
835 Si (y) a counins et escureuz,
('oupiz et lièvres et chevreuz
Qu'on prent souvent par grant atente.
Ou val, sur la rivière gente,
Ot bel une abbaye assise,
840 Ediffie par devise
De biau moustier et de dortour,
— 25 -
De neuf cloistre et de refretour,
Et de salles et de cuisines,
De celiers, d'autres officines,
845 Comme de greniers et de grandies.
De charité fu aus estranges
A tous povres et a tous riches.
Vin et poisson, et char et miches
Y avoient tous a planté,
850 Qu'elle estoit de grant richeté.
Abba[e]sse y ot et nonnains
Plus de soixante et .x. au moins.
Qui toutes furent geniilz dames.
Si sauvoient leens leur âmes
855 En Dieu servir et sainte église,
Si faisoient moult biau service.
Clers y avoit et chappellains
Qu'on ne tenoit mie a viliains,
Mais de moult grant honneur estoient.
860 Les messes par leans chantoient
Par eulx estoit hounouré l'estre.
Com preudomme et saintisme prestre,
En la marche fu de Bretaigne
L'obédience et la montaigne,
[29 v°] Si l'appeloient Biausejour
Cilz qui vivoient a ce jour,
Car bel y faisoit séjourner.
Galet voit tantost ajourner,
Si s'en esmaye et desconforte.
870 Tant va qu'il vient jusqu'à la porte
De Beausejour, et puis s'areste.
Il dit qu'il doubteroit de beste
Si illec[ques] laissoit l'enfant.
Il garde et voit ung fresne grant,
875 Vert et foullu, si l'ot nature
Compassé de belle faiture
De tout ce qu'a fresne convient.
Galet tantost celle part vient,
Le tronc de l'arbre voit fourchié,
880 S'(i) a le bers mis et atachié
— 26 —
Sur les fourclions et puis le seigne,
Et dit : « Enfans, par ceste enseigne
Te puit Dieux de péril oster.
Je ne puis plus cjarrester
885 Car le jour me haste et l'euro. »
Il regarde l'enfant et pleure,
Et prie Dieu que il le paisse.
Adonc s'en va et Tenfant laisse.
Galet a esploit s'en retourne,
890 Tost a l'enfant que qu'il ajourne
Par douze lieues esloigné.
Tant j a mis que pourloignié
Qu'il revient a sa dame arriére.
Joie en a et fait bonne chiére,
895 Quant ei en entent la parole.
Galet conjoit et si Facole,
Et biau don li donne etpresente.
A l'enfant vueil mettre m'entente
Si conteraj qu'il en advint.
900 Jour apparu, la clarté vint
Qui toutes choses enlumine.
30r°J Ce jour fu rabba[e]sse Ermine
Matin levée et atournée
Dedens ung char encourtinée
905 D'un tapiz qui fu faiz a Rains,
Li sisiesme de ses nonnains
Toutes gentieus et bien loiaus.
S'orent drap, livrer (sic) et joiaus,
Et bernais, qu'elles orent chier,
910 Fait sus sommiers mectre et chargier.
Si ot grant flote d'escuiers.
S'i(y) fut ung chapelain Lohiers
Que rabba[e]sse moult ama.
Oncques homs de li ouy n'a
915 Qu'il feist de son corps folie.
La maison ot toute en baillie,
Car rabba[e]sse moult le crut
Com celui qui ces biens acrut
Ainçoys qu'il les meist a perte.
- 27 —
920 II ot la bouche bien apperte
A bien chanter et a bien lire.
N'estoit de li meilleur eslire
Pour conseillier un desvoié.
Tost le ravoit bien avoié
925 Quant il y vouloit peine mectre.
Si s'en savoit bien entremectre
De trover layz et nouviaux chans.
Moult fu de biaux deduiz trouvans
Et en françoyset en latin.
930 N'est oultrageux de boire vin,
Ne a jeun n'avoit mate chiére.
Il savoit toute la manière
De herpe, d'autres instrumens.
Si savoit tous les jugemens
935 D'eschiés, de tables, d'autres jeuz.
Haux bons estoit, doulx et piteuz.
S'est mis avec[ques] rabba[e]sse
Qui veoir aloit la contesse
De Bretaigne Ydein sas[er]eur.
[30v°]Du conte Alibran son seigneur
Ofc ung filzs eu, s'(i)en gesoit.
Tout le pais feste en fesoit,
Et menoit joie : c'estoit droiz ;
Li enfans fu biaux et adroiz.
945 S'ot non Galeren enbaptesme,
Quant le prestre li donna cresme,
Puis s'atourna a grant prouesce.
Lohiers le chapelain s'adresse
Dessous le fre[s]ne, si entent
950 A prime dire, et si atent
Tant que le char sa dame passe.
Si comme il dit prime a voix basse,
Levvé [sic] a en hault sa veue.
S'a la lueur du bers veue
955 Si a ouy l'enfant qui gronne
Et la clarté que rent et donne,
Et qui pour aletier s'esveille.
Si l'a tenu a grant merveille.
— 28 —
Sa dame et les autres appelé,
960 Contée leur a la nouvelle
De Tenfant qu[e] il a trouvé.
L'abb[a]esse li arouvé
Qu'il li aport entre ses mains
Le bers, ce fist le chapelains,
965 Qui tout estoit par semblant nues;
Si le rent a sa dame lues.
Du bers se merveille et de l'evre
La dame, qui tantost descuevre
L'enfant, pour ce qu'elle le voye.
670 Li enfans fait semblant de joje
Ung ris jecte moult doulcement.
Toutes se merveillent comment
En terre pot faire nature
Nulle si belle créature.
975 Tout ont revercié son couvine.
Lors voient bien que c'est meschine,
Mais ne sçavent qui en est mère
[31 Po] Ne qui en puet estre le père,
Fors qu'a Tatour et a l'avoir,
980 Qu'il ont trouvé, puent savoir
Qu'elle est née de hault affaire,
Nourrir se puet richement faire.
Le sel en l'aumosniére nueve
985 En tesmoinaige qui enseigne
Qu'en dont a l'enfant celle enseigne
Comme d'eaue, d'uile et de cresme
Que crestien ont en baptesme.
Leguelle trevent aux besans
990 Qui pour lors estoit moult pesans ;
S'(i) en estli enfans nourriz mieulx.
Puis ont le drap davant leur yeux
Fait desploier, si ont veue
Par la riche ouvre et congneu
995 La gentillesce de l'enfant,
Et voient Toreillier vaillant.
Mais nuls ne vit oucques si gent
— 29 -
Mieulx vault que s[e]il fust d'argent.
Quant tout ont veu et noté,
1000 Le chapellain de grant bonté,
Qui tant fait de tous a prisier,
Dit qu'on le face baptiser,
Que s'en est li consaus plus sains.
Il en vourra estre parains.
1005 Aussi dit rabba[e]sse Ermine
Qu'elle en voudra estre marraine ;
Et nourrir faire le fera,
A nul jour mes ne lui faulra
Que n'ait adez riche despence,
1010 Qu'elle cuide bien et si pence,
A son vout et a son conroy,
Qu'elle est fille a conte ou a roj.
Si pourra bien par aventure
Guerredonner sa nourreture.
1015 L'abba[e]sse son char arreste,
Demourer veult et faire feste.
[31 v°] Sa voje laisse jusque(s) au (de)main,
Atourné ot ung chapellain
Les fons pour baptizer l'enfant.
1020 Clers et nonnains j viennent tant
Que je n'en sçaj dire le nombre.
Le chapellain bien se descombre
Qui la baptize et tost esploicte.
Et la prieure ben[e]oîte,
1025 Qui plaine fu de gentillesse,
A avec rabba[e]sse mise
Et avec le bon chapellain
Au lever de l'enfant sa main.
En baptesme l'apelent Fresne.
1030 Tel non lui donnent pour le fresne,
Pour ce qu'elle fu surs {sic) trouvée.
Tant s'est rabba[e]sse grevée,
Li chappellains et la prieure,
Q'une dame moult gracieuse
1035 Qui son let a fait soustenir,
Ont fait par bon loier venir.
— 30 —
Belle dame est et preuz et sage,
Extroicte de gentil parage,
Veufve femme est, et ses mariz
1010 Est par mortel guerre perilz [sic).
Si en est apovrie et nue,
Mais or est elle bien venue,
Qu'en li fait vestir robe neufve.
Et rabba[elsse toust litreuve
1045 Quanqu'il li fault a grant foison.
Si le fait en une maison
Li et Fenfant manoir ensemble.
L'abba[e]sse a pris, ce me semble.
Les besans, s'(i) en fait son vouloir.
1050 Et le drap, qui tant puetvalloir,
Nevoulst elle nuUi baillier.
Avec le bers et Foreillier,
Qui vault mielx de xxx mars d'or,
Sel(le) fait re(s)pondre en son trésor.
[32 v"] En ung autre bers assez chier
Fait l'enfant lier et couchier,
Sur draps de lin soef et blans,
Jusques qu'el ot accompli son temps.
Grant joie font en Tabbaie.
1060 L'abba[e]sse point ne s'oublie.
Mais, [l'enjdemain, quant il adjourne,
En Beausejour plus ne séjourne.
Son char refait rencourtiner
Et sa meignée ratourner.
1065 Sommiers chargent, maies emplissent,
A bel atour de leens yssent.
Avec s'en va li chapellains
Qui n'est esbahj ne villains.
Lors ne cessent jusqu'en Bretaigne,
1070 Plenté de gent et grant compaigne.
Envoie encontre rabba[e]sse,
Quant le scet, Ydein la contesse.
A Nantes est la court planiére.
Ydein reçoit a belle chiére
1075 Sa s[er]eur, s'en a mont grant joye.
— 31 —
Li quens Alibrans la conjoie,
Et les autres nonnains aussi.
En huit jours de Nantes n'jssi
L'abba[e]sse ains j demeura
1080 Près de dix jours, si Fennoura
Le pais qui plain fu d'ounour
Par la voulenté leur seigneur,
Et par le gré de la contesse.
Tant y a esté rabba[e]sse
10S5 Que la dame fu relevée.
Adonc fu la feste doublée ;
Donné y a maint riche don.
L'abb[a]esse y met a bandon
Ses joyaux de plusieurs manières,
1090 Draps et tissuz, et aulmosniéres.
Et quant la feste se départ
L'abb[a]esse, qui li est tart
[32 r»] De retourner parole au conte
Et a sa s[er]eur. Si leur conte
1095 Tout cen (sic) qu[e] il est advenu.
A grant merveille Font tenu.
Apres Fabba[e]sse les prie,
Gom son amy et com s'amie,
Qu[e] il lui baillent son nepveu.
1100 A leur hounour et a leur preu
Le fera nourrir haultement.
Alibrans debonnairement
Li et sa femme li octroyé,
Et Fabba[elsse en fait grant joye
1105 Qui peine mect en son retour.
L'enfant li ont a grant atour
Alibranz livré et sa femme.
Avec(ques) envoient une dame
Qui jenne est et belle mescliine
1110 Extroicte de haulte orine.
Si le nourrira de son let.
Ne veulent mie que Falet
Mal enseignée ne villaine.
L'enfant a grant richesse enmaine
- 32 —
1115 L'abba[e]sse et bien atourné.
N'a guaires nul lieu séjourné,
Mais revenu[e] en est arriére
Veoir Fresne qu'elle a moult chiére
Et avec fait Galeren mectre.
1120 Moult se sçavent bien entremectre
Des enfans nourrir les nourrices,
Qui vestu en ont grises p(e)lices,
Surcos et cotes d'escarlate ;
Que rabba[e]sse leur achate
1125 Et fait avoir leur estouvoir.
L'en li renvoie de l'avoir
Devers Bretaigne a foison grants.
Ensemble furent 11 enfans
Nourri grant pièce et aletié.
[34 r°] Ne leur a fait chose qui nujse.
S'a fait amours qui tout aguise,
Qui tout retient et qui tout note.
Amours assagist la dyote,
Et l'aveugle fait cler veoir,
1135 Cuer donne au couart et povoir.
Les estranges aprivaisist,
Et les villains acourtoisist.
Et en cuer fait venir et nestre
Ce qui n'i vendroit pour nul maistre,
1140 Tant le sceust doctrinerbien ;
Qu'amours donne a tous cler engin,
Et fait pourpenser maint déduit.
Bien sont enfant et sage et duit
De servir amour sans boisier.
1145 N'ont cure de trop envoisier
Pour ce qu'amours qui leurs cuers tient
D'estrange déduit les détient.
Tant a l'un vers l'autre cuer tendre,
Tousjours veult l'un a l'autre entendre.
1150 Cuer qui ayme fait povre feste
D'autre déduit, pou s'i arreste,
Et pou y pence et pou le prise.
— 33 —
Ne pourquant ilz avoient mise
Leur entente a très bien servir.
1J55 Ce leur faisoitlos desservir.
Qu'ilz estoient bel aqueuUant
Et preu et sage et bien parlant.
Si furent ausques de grant pris.
Fresne avoit a ouvrer apris.
1160 N'ot telle ouvrière jusqu'en Fouille,
Com elle est de tistre et d'aguille.
Si sot faire œuvres de manières,
Laz et tissuz, et aulmosniéres,
Et draz ouvrés de soje et d'or
1165 Qui bien valoient ung trésor.
Maint en fist puis pour sa marreine.
"34 V"] De la harpe sot la meschine,
Si lui aprint ses bons parreins
Laiz et sons, etbaler des mains,
1170 Toutes notes sarrasinoises,
Chançons gascoignes et françoises,
Lo[e]rraines, et laiz bretons,
Que ne faille n'a moz n'a tons.
Car elle en sot l'usage et l'art.
1175 Galerens aprint d'autre part,
Par le conseil Lohier son maistre,
Comment l'en doit ung ojseau pestre,
Gerfaut, oustour ou esprevier,
Faucon ou gentil ou lannier,
IIKO Et l'aprint a laisser aller,
Et poursuir, et rappeller,
Et comment l'en le garde en mue,
Et quant l'en l'osto [sic) et remue.
Des chiens sot, s'en ama la seste.
1185 S'(i) aprint a deffaire la beste.
Si sot de l'arbeleste traire.
Et sot moult bien ung boujon faire.
Si sot de tables et d'eschees.
Vermeil ot le visage et fres,
1190 Nés droit, vers yeux, et le poil blont
Qui li recerceloit amont,
3
— 34 —
Bouche vermoille, blans les dens
Plus que n'est jviéren'argens,
Bien parlant langue, et doulce alaine.
1195 Si fu bien chantans de voix plaine,
Ne fu trop rades, ne trop maz ;
Belles mains ot et longs les braz,
Gros par espaules, bien moulez,
Mais parmy le saint fu pou lez,
1200 Qu'il y fu gresles et alis.
Plus ot la char blanche que lis ;
S'ot les jambes droites aval,
Pour bien chevauchier ung cheval,
[35 ro] Et s'ot les piez voutiz et flenchez.
1205 Entre les frans n'entre les franchez
N'estoit plus frans ne plus adroiz,
Qu'il estoit biaux, et gens, et droiz,
Courtois et bien apris, et sages.
Si fu de quinze ans ses aages.
1210 Biaux estoit et bien entechez.
Si fu son cuer la atachiez
Ou il de rien ne s'abessa,
Car celle l'ot qui bien pensa
A garder droite loiauté.
1215 A vraye amie et a biauté
S'est Galeren donnez et mis,
Et il est tenu pour amis
De la plus belle qui soit née
De haulte dame et bien senée :
1220 Ne fait de li nul villain fuer.
Celle li ot donné son cuer,
Car de toutes grâces fu pleine.
Ysent [sic), ou Laviue, ou Heleine,
Meissiez de vo cuer arriére,
1225 Aussi com une chamberiére,
Envers Fresne qui tant fu belle.
Moult loign en courrut la novelle.
S'en furent femmes amaties.
Car tout aussi com les orties
1230 Vaint en may la rose et surmonte
— 35 —
N'est il de toutes femmes conte
Envers la doulce créature.
Car bien la revesti nature
De tout qua[n](iu'eir ot, et fist don.
1235 Si despendi si a bandon
Tout son povoir en li pourtraire,
Qu'or n'a mes de quoy p[e]u[s]t faire
Ne qu'elle puit autrui donner ;
Qu'elle li voulst abandonner
1240 A lui ouvrir tout son trésor.
Si lui a taint les cheveux d'or
[35 v"] Dont elle met partie en tresse,
L'autre a délivre et sans destresse,
Qui li ondoient vers la face,
1245 Tant que le doit lez en rechasse.
S'a suer son chief bien faire {sic) grève
Qui bien li siet et amans grève,
Si départ les cheveux a droit.
Blanche a la gorge et le col droit
1250 A deux redoubles redoublez.
Ne doit estre li frons emblez
Qu'on n'en parost, tant est esliz.
Il est plain et blanc et poliz,
Si l'ot si nature ennegié
1255 Que ja mes n'avroit miez jugié
Que nef par blancheur le surmont.
Desurs {sic) les deux jeux contremont
A les soursilz faiz a devise,
Qu'il n'j a poil qui ne se gise ;
1260 Avec sont et gresle et brunet.
S'(i) a le nez ample, blanc et net,
La cui biautez point ne se choile.
Les yeux a vers, clers comme estoille,
Et s'(i) a petites les oreilles
1265 Et bien assises, s'a vermeilles
Les lèvres et petite bouche
Qui adoulcist quanqu'elle atouche.
Nulz ne vit on[c] bouche dedens
Garnie de si plesans dens,
— 36 —
1270 Blanches sont, serrées ensemble.
Do la Icvre cuit, et moi semble,
Que soit noiz muguete, ou quanelle.
Son de herpe ne de vielle
Ne prise nulz quant elle chante,
1275 Qu'elle emble les cuers et enchante
A tous ceulx qui Foent chanter.
La langue doit on bien vanter
Qu'il n'est maistre ne clerc d'escoUe,
Pour qu'il entendist saparolle,
[36 ro| Qu'il ne tenist Chaton ou Tule
Pour let parlant et pour entule.
Menton a bel et bien assis,
Et le vis blanc, com fleur de lis,
Destrempé de couleur vermeille,
1285 A qui rose ne s'aparaille
Tant e[s]panisse en may matin.
Nulz qui romans sache ou latin
N'aprint oncques,par tous les sains,
D'espaules, de braz ne de mains,
1290 En femme si belle faiture.
Mises li a u sein nature
De nouvelle ente .ii. pomettes,
Ce sont deux dures mameletes
Qui li peignent et nessent hors.
1295 De son ventre et de son corps
Ne pourroit nulz tous les biens dire.
Conter la povez et eslire
Au mieulx plaisant de toutes femmes,
Ce est en piez, ce est enjambes,
1300 Et si est en bien faictes hanches
Que vous tendriez a plus blanches
Que n'est nef ou goûte de let.
En li n'a riens qu'on tiengne a let,
Qui ne soit bel et avenant.
1305 Et s'il a en li remenant.
Ne richesse que Dieux ait mise,
Soubz la police ou la chemise
Que courtoisie me deffent
— 37 —
Que je ne nomme appertement
1310 Louer assez plus le devez
Que trestout ce qu'oy avez.
Je croy qu'il soit, n'y soit ja celé,
Blanc et poli et potelé.
De ceste biauté sont sans doubte.
1315 S'(i) ont leur attente assise toute
Qu'a ce ne pensent [qu'jen amer.
Sans faulcer, sans villain amer,
[36 Vo] S'entrement et s'entreregardent
Mais aucune foiz s'en retardent
1320 Pour les maies gens mesdisans.
Car nulle riens n'est si nujsans
Envers amans n'envers leur vie,
Com est maie langue et envie.
S'en acroist souvent leur désirs
1325 Quant temps en ont lieu et loisirs.
Et sont plus chaux et angoisseus
Quant celle est seule et cil est seulz.
Nulle pensée ne leur vient
Fors d'amours qui ainsi les tient.
1330 La pensent il et nujt et jour.
La se tient leur cuer a séjour,
De la ne sçavent il retraire ;
S'en nont {sic) souffrant mal et contraire.
Et voulentiers souffrir le veulent.
1335 Ja sont plus mat que ilz ne seulent
Ja sont plus de penser ataint :
Bien y pert, qu'il sont pale et taint :
Car qui bien ayme couleur pert,
A leur visage ja leur pert,
1340 Ja s'en puet l'en appercevoir,
Ji si n'en cèleront le voir
Que ce dedens n'encust la face.
Amours les détient et les lace,
Ja leur détaille le mengier,
1345 Ja viennent a très grant dangier,
Ja mes ne leur chault qui sot aise.
Paine et travail, pour qu'i[l] leur plaise,
— 38 —
Sçavent souffrir et endurer.
Ja ont changé ris pour plourer,
1350 Ja s'estendent et puis baaillent.
Leurs grans douleurs qui les assaillent
Leur font plains de parfont cuer rendre,
Et par ceulx ne saront entendre
A riens faire ne a riens dire,
1355 Fors qu'a souifrir paine et martire,
[37 r°] De ce seront ilz bien usé.
Galerens a bien encusé
Sa couleur et ses contenirs,
Et ses allers et ses venirs
1360 Envers son bon maistre Lohier.
Il ne se scet si desvoyer,
Ne, pour parler, s'amour deffendre,
Que savoir ne puit et entendre
Quanque Galeren choile et pense ;
1365 N'i pourra mez avoir deffence,
N'y a mais mestier couverture.
De bonne amour loyal et pure
Ayma li parrains sa fiUole.
Ungjour coiement a l'escolle
1370 L'a traicte Lohier par la main ;
Quequ'en chante messe bien main
Si la fait davant li seoir
Pour ce qu[e] i[l] la veult veoir
Tout de plain en my le visaige.
1375 Son bon parrain au doulx couraige
Premier commence a souspirer
Et tendrement des yeulx lermer.
En grant pièce ne pot mot dire
Qu'il voit que sa fillole empire
1380 Son corps, et change sa couleur,
Et qu'elle sent au cuer douleur.
S'en est dolens et aggrevez.
a Sire, ce dit Fresne, qu'avez
Qui souppirez si tendrement?
1385 Biaux doulx parrains, vivre comment
Pourraye nulz jour en avant
- 39 —
Se mal ou duel vous va grevant,
Qui vous face gésir au lit?
Toute joye et ayse et délit
1390 Ay eu par vous jusqu'à ore ;
S'or vous destraint ou vous acore
Duel qui le cuer vous desconfort,
Dont ay je perdu tout confort,
[37 v°] Dont suis je morte et esbahie.
1395 Biau parrain, vous m'avez nourrie.
Ce que je sçay m'avez apris.
Par quoy je puis monter en pris
Et or et argent assembler.
Jusques cy me puet bien sembler
1400 Que je vous suis fille et fillole.
Se je ne suis plus qu'autre folle
Sur touz qui sont vous doy aymer.
Pour ce qu'ay trop le cuer amer
Du semblant que faire vous voy
1405 Vous suppli [j]e requier et proy
Que vous le me diez, biau sire.
Car tel chose me pourrez dire
Donc je cuit vo corroux rescourre,
S'or m'en devoit chascun surcourre. »
1410 Quant cil entent que sa fillole
Si doulcement a li paroUe,
De duel et du plour qu'il domaine.
Greigneur souppir du cuer ramaine
Assez qu'il n'avoit davant fait.
1415 Bien scet, si lui avoitmeffait.
Qu'en li n'avroit que courroucier.
Et voulentiers de l'adrecier
Se peneroit de cuer hetié.
Or a en li double pitié,
1420 Et plus l'aime que il ne seut.
Lors lia dit tout ce qu'i[l] veut:
« Fille, fait il, s'ainsi te doit
Nommer, cil qui de toy cuidoit
Avoir hounour et joie et feste,
1425 N'a[i] duel en cuer ne mal en teste
— 40 -
De villanie qu'on m'a faicte,
Fors de ioy que je cuit meffaicte.
De toj cuiday faire une sainte
A qui la belle face est tainte.
1430 Mes nulz est qui [ainsi] le face
Si Dieu n'y envoie sa grâce.
iSBr''] De Dieu vient qui fait prodomme cstre.
Ja ne s'en peine clerc ne prestre
A pécheur traire a bonne œuvre
1435 Si le saint esperit n'y euvre.
Aussi puis je dire de toy.
Je ne sçay mie ne ne voy
Que nulz biens que je t'aye apris
Soit enracinez ne repris.
1 140 Si Dieu son aide y eust mise !
Bien te cuidoie avoir aprise.
Tes parrains suis, si te levay.
Souvent nuyt et jour me grevay
En toy aprendre et introduire.
1445 Mal ait l'erbe qui ne puet cuire,
Mal ait le fruit qui ne meure,
Mal ait femme qui s'aseure,
Car mot ne scet quant elle chiet.
Et après ce qu'il lui meschiet,
1450 Que la sainture amont li liéve,
Se repent elle, et si lui griéve
Quand elle a a mal entendu.
Quant en a le cheval perdu
A tart va l'en fermer l'estable.
1455 Si je eusse en cuer estable
Mise ma semence et ma peine,
Geste belle face fust pleine
Delà couleur qu'elle avoir seust.
Le cuer n'a mie ce qu'il veult, .
1460 Ce me tesmoigne vo couleurs.
Je voy les maulx et les douleurs
Aussi com en voit en l'orine.
Mestier n'a herbe ne racine
A sachier vostre enfermeté.
- 41 —
1465 S'en ay tout le cuer tourmenté,
Et aj paour de mal greigneur
Que ne vous tôle voustre hounour.
Or vous ajdit ce que j'en scaj.
|'38 vj En voustre face en voy l'essay
1470 Et la prueve, si com me semble. »
La pucelle de paour tremble,
Qui esprise est de honte et d'ire,
Quant elle oit son parrain ce dire.
Tourmentée est et [trop] confuse ;
1475 Et pour ce que par nulle excuse
N'en puet outre aller qu'elle face
L'eaue tout contreval la face
Li va courant, et forment pleure :
« Lasse ! fait elle, com doy l'eure
1480 Hayr que nasqui de ma mère
Quant j'oy parolle si amére
Et si dolereuse entendue !
Ha ! quar fusse je ore pendue,
Ou d'aussi pesme mort occise,
1485 Biau sire, a qui avez aprise
De moy si villaine nouvelle.
Ja n'est il dame ne pucelle
Chevalier, clers, ne chappelains
Ceens, ne faulx homs ne villains
1490 Qui riens sache de ma folie.
Ha ! sire, or suis je mal baillie
Si vous me tenez aforfaicte.
Si vous vostre aulmosne avez faicte
En moy nourrir et alever,
1495 Ne devez achoison trouver
Pour moy bouter de céans hors.
Vous mettez surs {sic) honte a mon corps
Et a la face quej'ay tainte.
Dictes, sire, que suis ensainte,
1500 Si com j'entens a vostre dit.
Certes se ung autre l'eust dit,
Haultement l'en desmentiroye
Et jusques es dens l'en yroie.
— 42 -
Afais dictes moj vostre plaisir.
1505 La mercy Dieu, je ne désir
A nulle villanie entendre. »
[39 r"] — « Mauvaisement t'en puez deffendre,
Respont li bons Lohiers irez.
Par mon chief ainsi n'en irez :
1510 Je vueil vostre affaire savoir. »
— «Voulez que (je) vous die le voir ?
Respont Fresne, je suis malade, o
— « Voire, d'une enfermeté rade
Qui nous apresse et nous travaille.
1515 C'est li maulx dont corps assez veille,
Qui de mengier le fait tenir.
Si n'en pert aller ne venir ;
Aiiiz le fait vivre et travaillier
Et en pencer et en veillier
1520 Et autre mal qui le demaine.
De tel douleur estes vous pleine.
Oncques ne vous en escusés,
Mieulx est que vous vous encusez
Vers moy qu'un autre le me die. !>
1525 — « Sire, j'ay ou corps maladie
Qui me destraint et taint le vis. »
— « Non avez voir, ce m'est avis ;
Ains vient d'amours vostre mesaise. »
La pucelle a ce mot li bese
1530 Les jambes endeuz, si l'embrace:
ff Biau parrains, fait elle, or m'en hace
Qui a certes m'en veult haïr,
Pour menassier ne pour ferir
Qu'on me face n'en mentiray :
1535 J'ay amé, aign et ameray
Ung seul, ne ne m'en quier movoir.
Biau parrains, or vous ay dit voir.
Si vous em pri, pour Dieu mercy,
Ne dictes en avant de cy
1540 A ma dame ma priveté.
Qu'elle le tendroit a nienté,
S'elle avoit apris mon affaire.
— 43 -
Certes ne je n'en sçay que faire
Car chastier n'y puet valloir,
[39 v°] Ne danter n'en puis mon vouloir.
Et sachez qu'onques n'y mespris
Par quoy j'aye perdu mon pris.
N'a Dieu ne plaise qu'il adviengne
Que vous ne le secle me tiengne
1550 A femme par honte
Telle ayme autruy et est amée
Qui pour amour n' a roy n' a conte
Ne tourneroit son corps a honte. »
Que qu'elle fine sa parolle,
1555 Lohier son bon parrain l'acole,
Vers liFestraint et pour li pleure.
Tant Fayme qu'il désire Feure
Que Dieux hounour etbien li doigne.
Ne se tendroit pour nulle essoigne
1560 S'il veoit qu'il en fust mestiers
Qu'il n'(e l)i meist moult voulentiers
Cuer et corps et avoir et peine.
Doulcement a point la ramaine,
Si li dit: « Fille, doulce amye,
1565 Or me dictes, ne mentez mie :
Je vous pri, qui est voz amis?
Savoir vueil ou vous avez mis
Vo cuer et vostre amour assise.
D'une chose soiez aprise,
1570 S'il est tieulx qu'il vous doie avoir,
Je vous donray tout mon avoir.
Plus de cent mars d'esterlins blans.
S'il est si haulx hons et si frans
Que espousée [en] doiez estre.
1575 Est ce nul homme de cest estre
Sergens, variez ou escuiers? »
— « Sire, promesse ne loyers,
Ne rien qu'on me feist entendre
Ne me feroit ou cuer descendre
1580 Voulenté que tel gent amasse.
Ne suis mie de cuer si basse
_ 44 —
Com vous cuidez, ne si villaine.
[40 r"] Plus que Paris n'ajma Helaine
M'aime Galeren, bien le sçay,
1585 Et de ce sent je bien l'essçay (sic).
Car j'ayme assez plus Galeren
Qu'onques Yseut n'ama Tristen.
Bien povez nommer Tristen lui,
Car s'il n'a de la mort ennuy
1590 Ou de lanjjueur ou de prison.
Dame seray de sa maison,
Sa femme et sa loyal espouse.
Je n'en suis mie trop jalouse,
Car de luy suis seure et fie.
1595 \moui's bonnement m'en affie.
N'autre preuve ne vueil avoir,
Ce sachez, biau parrain, de voir.
Car moy me[i]smes ay apris
Que cil qui doulcement est pris
1600 Aux laz d'amours et a son aign
Voulentiers revient au reclain. »
Li prodom, qui tant a pleuré,
En aDamedieu aouré.
Quant sa fillole l'asseure
1605 Qu'elle n'a de follie cure
Ne de soy tourner ahontaige.
La nature de son linaige
Quel qu'il soit cougnoist a ses diz,
Quant elle a villains contrediz
1610 Les quels elle ne veult (pas) amer.
Mes de ce a le cuer amer,
N'il ne l'en puet avoir seur
Qu'elle ja puisse avoir l'eur
Que Galeren la voulsist prendre.
1615 Car il ne voudroit si bas tendre.
Ou ses pères ne li lairoit.
« Fille, fait il, comment pourroit
Avenir j a ceste assemblée,
S'elle n'estoit faicte ou emblée,
1620 Du filz au conte de Bretaigne,
— 45 —
[40 v°] Que il ja a femme vous praigne
Ce ne pourroit avenir mie.
Tenir vous puet bien a amie,
Mais j'aj paour qu'il ne vous mente.
1625 Si vaulroit mieulx que vostre entente
Meissiez en voustre pareil.
Non pourquant moy et mon conseil
Vous en abandons et octroy.
Si nel(e) savra nulz que nous troj
1630 La prieure, vostre marraine,
Et je, et vous, tout le convine.
Or y perra du bien celer
Car j'en vourray a li parler ;
Qu'elle est ma seur,si m'aime et prise,
16:^5 Et elle avratoust peine mise
A vous conseillier s'elle puet.
Mais jevourray, quar bien l'estuet,
A Galeren parler ainçoys.
Or lever sus, car je m'en voys.
1G40 S'allez la sus en la chapelle,
Que se ma dame vous appelle
Qu'on vous truist de li servir preste. »
La pucelle point ne s'arreste,
Gui son parrain grant confort donne.
1645 Davant sa dame s'abandonne.
Que l'ayme d'amour pure et grant
Pour ce qu'adez la voit en grant
De li servir et atournée ,
Et qu'eir est preus, belle et senée.
1650 Li chapellains ainsi s'en part ;
S'a Galeren trait d'une part
Qu'il encontre davant ses yeux.
Sur ung perron s'asiet li vieux,
Et Galeren s' asiet en bas.
1655 Ses maistres li a dit per (sic) gas
Et en riant : « Galeren, sire,
Que pensez vous? Que vouldrez dire ?
Je vous demant comment vous est?
[41 r°] Quel(les) nouvelle(s) de la forest
— 46 —
1660 Que font cil chien et cil oisel?
Ja ay veu maint damoisel
Qui voulentiers levoit matin ;
S'(i) ouoyt le chant et le latin
Du roussigneul qui cler chantoit.
1665 S'(i) ay veu tel qui se vantoit,
Fust a gas ou par arramie,
Qu'il avoit la plus belle amye
Que Ten peust trover ne querre.
Quant vouldrez vous yssir de serre ?
1G70 Quant verra Ten vostre déduit?
Je vous cuiday avoir bien duit
A ce que mieulx fussiez prisez.
Se plus estiez envoisiez
Vous n'en vaurriez se mielx non.
1075 Avoir ne povez bon renon
S'envoiseure ne vous prent.
Tout le monde blasme et reprent
Jenne varlet et riche et hault
Qu'en ne voit envoisié et haut.
1680 Ch'afiert a vous et a hault homme.
L'escolle ne vous est pas somme,
Vous ne doubtez mes qu'on vous bâte.
S'en vous voy faire chiére mate
En vo pais repris serez ;
1685 Si dira l'en que vous serez
Nourriz soubz p(e)Iiçons de nonnains,
En vo maistre fu chapelains.
S'en seray repris et blasmez.
Orme dictez si vous amez.
1690 Moy ne devez vous celer mie.
J'eign bien que vous aiez amie,
Qu'amours fait le honteux appert.
Jennes varlet tout son temps pert
Qui amours ne tient a acointe.
1695 Amours fait le villain plus cointe
Et [fait] plus appert Tii) esbahy.
[41 v°] Trop avez vo cuer enhay
S'amour le voulez esconduire.
- 47 —
Au mains me povez vous bien dire
1700 Quel chose vous avez plus chiére
Ce s'est forest ou s'est rivière,
En quoj vo cuers est plus estables,
Se s'est en escheesou en tables,
Ou si vous ajmez mieulx a traire. »
1705 Or ne scet Galeren que faire,
Ne s'ose au voir dire assentir,
N'a son maistre ne veult mentir.
Galeren de cuer tout escoute.
Quant ses maistres a dicte toute
1710 Savoulenté, si li respont:
« Foui est qui son conseil repont
A son privé pour qu'il s'en fit.
Maistre, vous m'avez desconfit,
Maz suiz. Or ung pou m'entendez :
1715 De ce que vous me demandez
Ne vous ous(e) dire bien le voir,
Ne par mençonge décevoir.
Mais une chose m'asseùre,
Que nulz ne met en aventure
1720 Conseil d'aucune privée euvre,
S'il a son maistre la desceuvre.
Maistre doit ressembler le prestre
En celer, s'il ne veult faulx estre,
Le conseil de son aprentiz.
1725 Des que j'estoie moult petiz
Apris m'avez tant d'un et d'el,
Et en escolle et en oustel.
Qu'amer vous doy sur toute rien,
Et atendre en povez grant bien
1730 Si je vivre puis en avant.
A vous seul d'une amour me vant
Qui moult me destraint et travaille.
Plus matin oncques ne m'esveille
Déduit que j'aie que cist fait.
[42 r°] Qua[r] si m'assaut, si me deô'ait,
Si me lie qu'aler n'en puis,
N' autre déduit meilleur ne truis,
— 48 -
Plus loign que fores ne rivière.
Nus ne m'en pourroit traire arriére,
1740 Tant me seust bien sermonner.
S' a femme me vouloit donner
Sa fille le roj d'Angleterre
Et ac(iuitter toute la terre
Qu'il tient, et quanqu'en ont si homme,
1745 Ne qu'il a de cy jusque(s) aRonime,
Ne la vouldroie (je) prendre mie
Pour faire eschange de m' amie,
Qu'elle vault mieuix que fille a roy,
Tant la voit on de grant a,voy.
1750 A vous le dj privéement. »
— « Galeren, dictes moj comment
Elle est nommée, et qui elle est.
Si je voj [bon] vostre conquest.
Ma peine y vouldraj toute mectre. »
1755 — «Quant vous ce me voulez proniectre,
Sire, donc doy je estre bien liez.
■ Mais pour Dieu ne me travailliez
A ce que sage vous en face.
Son grant ennuy souvent pourchasse
1760 Qui celer ne scet son courage.
Je craign qu'on ne li face oultrage
S'on puet savoir qu'elle ait a.my. »
— « Tenez moy pour vostre annemy
Et a traicteur? Mar ne dictes.
1765 Je cuid(e) mielx celer q'un[s] hermites
Vostre couvine, si je l'oy. «
— « Maistre, je vous sens de tel loy,
Et vostre cuer de tel bonté,
Que vous savrez ma priveté.
1770 C'est Fresne que j'aign vo fiUole.
Se moy pour foui etli pour folle
En voulez tenir, je puis dire
[42 Vo] Que je mourray de duel et d'ire.
Et si nel(e) tenez mie a gas,
1775 Qu'il n'est nulz homs soit hault ne bas,
Clers, chevalier, n' omme ne famé,
— 49 —
Que je ne li traisise l'ame
Si de ce Favoit tourmentée. »
— « Galeren, or vous est montée
1780 L'amour bien hault, ce voj je bien,
Qu'elle ne vous doubte de rien.
Estes vous si en son dangier
Qu'elle vous tôle le mengier ?
Dictes, si Dieux vous beneye,
1785 Est elle donc si voustre amye,
Com vous cuidez ses amis estre?»
— « Maistre, je vous ày com a prestre
Ce que j'en sçay et que j'en cuit.
Elle m'a si de s' amour cuit
1790 Qu'a peine pourroit dire nulz
Que tant amast oncques Turnus
Lavine, qui fu de Laurente ;
Et bien sçaj qu'elle ra s'entente
Mise en moy nujt et jour amer,
1795 Si que nulz ne pourroit ajmer
Que Lavine amast tant par [r]age
Eneas le preuz et le sage
Par qui Turnus fu detrenchier (sic).
Se mes eurs et mes péchiez
1800 A ce me vouloit atourner
Qu'on me voulsist de la tourner,
Ainçojs vourroie, a mon acort,
Turnus estre je[s]que la mort,
Qu'on la me tollist par envie,
1805 Et je fusse remez en vie. »
— « Galeren, vous ne moquiez mie
Qui si amez par arramie,
Ce n'est mie amour ains est rage
Qui vous tourmente le courage.
1810 Or vous en dont Damedieu joie. »
— « Maistre, vous m'avez mis a voje
[43 r"] De descouvrir ce que je penz,
Or aiez pour Dieu le pourpenz
De celer m'amour, ce vous proy,
1815 Si vous amez ne li ne moy. »
4
— 50 -
— « Galeren, vous parler d'oiseuse,
Nulz ne savra que la prieuse
Et je ce que conté m'avez.
Celez l'en mieulx que vous sav(r)ez,
1820 Ne ne soiez d'amer si chaulx
Que vous lui faciez nul enchaux.
Ne doit faire a femme desroy
Qui filz est a conte(s) ou a roj. »
— (( Maistres, oncques ne l'adesay
1825 Ne une foiz ne la besay,
Ne ne vouldroie avoir baisée
Pour qu'el(le) se tenist a baisiée.
Et je pri Dieu qu'il me confonde
S' autre femme preign en ce monde.
1830 Tant con je vive et que j'y soie
Siens seray voir et ell' est moie,
Ce sache, [od] le conte mon père,
Et la contesse Yde ma mère,
S'ilz veulent que je vis remaine.
1835 Des qu'a n'a guaires en Bretaigne
Vouldront andui que je m'en voise,
Qu'il est bien raison que j'acroi[s]e
M'(on h)ounour et que j'aquiére los.
Car j'ay mez le cuir et les os
1840 Plus durs que je ne sueil avoir.
S'avray mestier de ce savoir
Qu'on aprent a court de hault homme.
Une seule chose m'assomme
Que Fresne céans demourra,
1845 Mais si souvent ne me verra,
Com elle a fait. S'en suy en doubte.
Si la vous lez et commant toute
Que vous la me gardez en foy
Ce vous requier et ce vous proy,
[43 v°] Et commant que riens ne lui faille
Soit en robes soit en vitaille
Ou soit en quel autre despence.
Ne [ne] li face nul deffence,
Qu'elle n'ait tout a son plaisir, n
— 51 —
1855 — et Nulle autre chose ne désir,
Fait il, lilz Galeren, a faire
Que service qui vous puist plaire.
Servir vous vueil et vous et li.
Biens a faire ne m'enbeli
1860 Tant com caste, puiz que ne[z] fui.
Et c'est raison se voustre sui,
Qu'apris vous ay de nourreture.
Si vous aign plus que créature
Qui de femme soit née en terre ;
1865 Mais ainçoys qu'on vous viengne querre
Et c'om de céans vous ameint,
S'en vous ne fault ou ne remeint,
Serez de moy bien conseilliez.
Mais or soiez joieux et liez. »
1870 A tant se dessemblent andui.
Cil laisse son maistre et cil lui.
Devant s' antein va rabb[e]esse,
Et li chappelains après messe
Va a sa se[re]ur la prieuse,
1875 Qui ou cuer lie est et joyeuse,
Quant il lui conte la nouvelle.
Si prie Dieu qu' a la pucelle
Doint tel conseil et tel hounour,
Qu'elle ait Galeren a seigneur,
1880 Le doulx, le courtoys damoisel.
(( Dieux! fait elle, qui le revel
En l'umain lignage m[e]ys,
Quant char et sanc ou corps pr[e]is
De la Vierge pucelle sage,
1885 Par noncion de ton message.
Puis en fuz nez com homs en terre,
Li troys roy te vindrent requerre
[44 r°] Et portèrent de leur trésor
En tonneuz mirre, encens et or.
1890 Parquoynoust'avons, c'est la somme,
A Dieu et a roy et a homme,
Puis fuz mors en la croiz et mis,
D'enfer gettas tous tes amis,
Et au tiers jour de passion
1895 Venis a résurrection,
Es cieulx montas en joie clére
Ou siez a la destre ton ])ére,
Les vifz et les mors jugeras,
Et a tous leur loyer rendras.
1900 Dieux, si com c'est droite créance,
Octroyés tu par ta puissance
Qu'a femme ma fillole preigne
Le filz au conte de Bretaigne,
Se il Tavoit par aventure,
1905 Tant lacongnoys de nourreture,
Et tant la croy de hault lignage,
Tant la sçay belle, preuz et sage,
Et tant a en li de bontez.
Que bien se sçaroit amontez.
1910 Car li homs de riens ne s'amonte
Qui prent parage, avoir et honte.
Honte prent qui prent folle femme,
Si se desconfist etafolle.
Mais femme sage, c'est li voirs,
1915 Vault mieulx que parage n'avoirs.
Moult fait proudom belle ga[a]igne
Qui belle et sage a a compaigne.
Dont ne se puet cil aviller
S'il a ma fillole a mouUier,
1920 Non voir, quar sa bonne apresure
Ne sens de femme ne mesure
Doit alever n'essaulcier "homme.
Dont seroit cil sire de Rome,
S'il lavouloit a femme prendre ;
1925 Car il n'a en li que reprendre
[44 v°] Qu'elle ne soit et belle et noble,
Pour avoir de Constantinoble
Les chasemens et tout l'empire.
Certes elle n'est mie pire,
1930 Encor n'ait elle la puissance.
Que s(er)oit la royne de France
Ou la duchesse de Bourgoigne.
— 53 —
S'a ce venoit ceste besoigne
Qu'il se voulsissent assembler,
1935 De joje me pourroit sembler
Que nulz ne peust mes sorfaire
Chose dont j'eusse contraire.»
Ainsi ont parlé moult ensemble.
Galeren aime Fresne et tremble,
1940 Que jour et nuyt ne s'en recroit.
Si s'entrement, bien les en croit
Le bon Lohier, et bien les choile.
Moult scet bien faire de li voile
Pour eulx et couvrir et celer,
1945 Quant ensemble les voit parler.
Pour li ne se cuevrent de rien(t),
Car il les asseure bien.
Or sont a aise et asseur,
Or ont ga[a]igné grant eur.
1950 Souvent sont ensemble et déduisent,
Comme davant, mais ne leur nujs eut
Li félon envieux engrez,
Car leur maistre les sieult de prez,
Qui le souspeçon d'eulx estaint.
1955 Or n'a mais le visaige taint
Fresne comme elle seut avoir.
Ne ne puet mie parcevoir
Que Galeren ait le sien pale.
Grant destresse est et vie maie
1960 D'amans qui eulx convient guetier,
Ce les fait taindre et deslietier.
Mais quant il ont temps et loisir
Qu'il se voient a leur plaisir,
[45 r°] Mains en sont mat et debrisé,
1965 Galeren fait ja l'envoisié,
Ja se déduit, ja rit, ja chante,
Ne monstre mes chiére dolente.
Fresne se reset bien déduire,
Bien se[t] mouvoir les doiz et duire
1970 A la harpe, bien s'i afaicte.
Or n'en parle nulz ne ne guecte.
— 54 —
Or vont menant feste et revel.
Galeren a un son nouvel
De l'amour qui le point trouvé,
1975 Ou il a son cuer esprouvé.
Si a doulx chanz et plesans diz
Sans villanie et sans mesdiz,
Ci a plaie de doulceur pleine
Qui les amans a pleurs rameine,
1980 Quand ilz cuident jouer et rire.
Cil qui (de) ce lay seulent escripre
L'apelent, au dit et au ton,
Le lay Galeren le breton.
Ung pou après le jour de may
1985 Qu'on oit la maulviz et le gay,
Li oriens {sic) les chans commence
Et li roussigneul plede et tence
Par ces boys et sa joie maine;
La doulce ceson nous ramaine
1990 Herbe en verdeur et fleur en prez,
Que li temps redevient temprez,
Et y ver repont sa froidure.
Arbres reviennent a nature
Qui de leurs fuilles se recuevrent.
1995 Mouches se pourchassent et ouurent,
Et les yaues de ces rivières
Ne courent plus troubles ne fiéres,
Ains noent asseur poisson.
La violete est ou buisson
2000 Et la rose au matin ouverte.
Est Fresne qui tant est apporte
[45 voj Matin levée et hors yssue.
D'une chemise bien tyssue
Blanche et souef pare son corps.
2005 Par les coustures per li ors :
S'a un surcot affublé sus
Moult chier, fourré de cisemus,
D'un drap d'Antioche estelé,
D'orfroiz estoit entour ourlé
2010 Et listé d'u[ne] liste d'or.
Nue et sans guimple, a son chief sor
S'est dessainte et eschevelée :
D'une cercle non guaires lée,
Ouvrée a pierres et a flours,
2015 D'or et d'asur et de couleurs,
Tient les cheveux, ce m'est advis.
Qu'il ne lui voisent vers le vis;
Mais desus les a sans destresse,
Par les espaules (li) va la tresse,
2020 Si les a couvers d'un brun voil
Qui bien li siet sur le blont poil.
S'est d'uns souliers estroit chaussie,
Sa herpe a vers son piz haussie
Qui riche est moult, ce povez croire.
2025 Les chevilles en sont d'iviere
Et les cordes en sont d'argent.
Pletron y a et riche et gent.
C'est de la couronne d'un serpent.
La herpe, qui au coul li pent
2030 Bien ouvrée, a sauvages bestes
Qui ont divers et corps [e tjestes,
Si ont les yeux pains et les piz
D'esmeraudes et de rubis
Misez a or de Galidoine :
2035 Plus riche n'ot oncques Lidoine
De cler son ne de soutil oevre.
Li fourriaux est dont l'en la cuevre
De samit et de bougueren.
Ainsi encontre Galeren
[46 r°] Com je la vous ay devisée.
Cil l'a bien de l'ueil ravisée
Qui est com haulx homs atournez.
Il est d'une robe aournez.
De cote et surcot d'un dyapre
2045 Ausques pour l'or et roide et aspre.
S'(en) est la fourreure d'ermines.
S'a es espaules deux sardines
En or assises du^surcot.
Dont ferme la cheveste et clôt.
— 56 —
2050 S'a sur son chief blont et tonsel
Assiz ung envoisié chapel,
Qui bien l'embelit et alose
Fait de violete et de rose.
Si l'a Fresne s'amie fait.
2u55 Si soûler sont a or pourtrait,
Ses chausses d'un brun paile cher
Qu[e] il a faictes destranchier
Et fourrer de paile vermeil.
Des enz a mis jus le sonmeil.
2060 Ses ganz es mains cousuz a or,
Ung esprevier de plume sor
Tient sur son poign bien affaitié.
Oaleren a le cuer hetié
Quant il voit davant li s'amie,
2065 Mai[n]s Fresne n'a le sien lié mie
Quant elle Galeren regarde.
Leur maistre les a pris en garde
Qui leur fait matin oyr messe.
Par le congié de l'abeesse,
2070 Prennent vers ung|vergierleu[r] voje,
Pour ce qu'on ne cougnoisse et voje
La grant amour qui les esprent.
Apres eulx deulx son chemin prent
Li bon Lohiers, s'en sont jojant
2075 Car davant li et li ojant
Moustrent il bien leur priveté,
S'en ont par li grant seurté.
[46 v°] Li vergiers siet sur la rivière ;
Arbres de diverse(s) manière
2080 Y a plantez et bas et haulx,
Si druz qu'a peine li soulaus
Les puet de sa raje entamer.
Leens fait il seur amer
Et demourer avec sa drue,
2085 Car l'arbre y est et verte et drue.
Et li umbres resant et fres.
Dessus les rainz chantent espes
Et volent li oysel sauvaige.
— 57 —
Qui retentir font le rivage
2090 Par leur doulx chanlx et par leurs criz.
Roussignlos {sic), melles et niaulviz
Y font leur gorge si estendre
Com s'ilz voulsissent faire entendre
A ceulx leur chans et leur langage.
2095 Tant vont les amans par Ferbage
Qu'ilz ont trouvée une fontaine,
Dont Feaue est clére, froide et saine,
Et le fons cler com est argens.
S'en queurt li ruissaulx biaux et gens,
2100 Et sourt dessoubz ung foulu chesne.
La est première assise Fresne,
EtGaleren lez li s'assiet,
Qui de neent ne li messiet
Ainz li plest plus que riens qui vive.
2105 Et celle le point et ravive,
Qui Ta d'amour saint et lacié,
Et jusqu'au cuer son dart lancié
Si qu'on ne le puet rechassier.
Lohier ne les veult approucher,
2110 Ainz est d'eulx assez trait arriére.
Si va regardant la rivière,
Et les chans des oyseaux escoute.
Bien veult qu'ilz parolent sanbzdoubte
Que nulz nés puit grever ne nujre,
2115 Tant qu'ensemble vouldront déduire.
[47 r°] Galeren se commence a plaindre :
c( Fresne, fait-il, [cil] ne scet feindre
Qui lojaulment et de cuer ayme.
Trop est hardiz qui s'en reclaime
2120 S' amours ne loe ou il ne prise.
De tricheur het le servise
Et semblant qui vient de cuer faulx.
Mes se veilliers, pensers et maulx
Qui le mien me va aggrevant
2125 Doit reproucher ne mectre avant
Amant qui soit leans en terre,
Dont li doj je bien mercy querre,
— 58 —
Et je l'avray, si corn je croy.
Or me repens, or me recroy
2130 De ce dire, qu'ell' a usage
De moustrer s'ire et son outrage
A celi qui de cuer la sert.
S'en a le piz qui mieulx dessert.
Avec déserte estuet eur.
2135 Quant je cuit plus estre asseurs
Dont sent je meins mon desconfort ;
Qui pourquant qui se tient fort
En bonne amour, puis qu'i[l] lui plaise,
Voist avant, aint et soit a ese.
2140 Car je suis cil qui aymerai
Ne ja ne m'en repentirai.
Les maulx d'amours endurer vueil.
De tant se vantent bien my oeil
Qu'i[l] bien ont servy leur seigneur,
2145 Mieulx vaillant proie ne greigneur
Ne puent il mes pourchassier
Pour moy servir ne solacier.
Servir? Qu'ay je dit? J'ay mespris.
Qu'il ont tant chassie qu'ilz sont pris.
2150 Si va le char davant les buefs.
Chasser cuidérent a mon oez.
S'avient souvent tel chiet qui chasse,
La proye a pris les chiens en chasse.
[47 v°] Or ay mal dit, si Dieu me voye,
2155 Je ne voy, en sentier n'en voye,
Comment coulpe y aient [mi] oeil
Puisqu[e] ilz vont la ou je vueil.
Si les retray puis les envay
Ne les doy pas blasmer mes moy ;
2160 Ne moy n'en renvueil pas blasmer.
Car je vueil bien tousjours amer.
D'amours me lo et tout suis siens,
N'il ne me puet mie ses biens
Trop vendre ne trop enchérir,
2165 S'il ne me veult ses maulx merir »
Galeren, Fresne, doulx amis,
— 59 —
Ce dit Fresne, vous avez mis
Enmoy amer tout vo povoir.
Ce puis bien par dehors veoir;
2170 Mais je ne sçay jugier dedens.
Quant la parole est hors desdens
Pence le cuer souvent tel chose
Qui est a la bouche forclose.
Ne àj mie pour vous mescroire,
2175 Se mal souffrir fait amans croire
Qu'il soit lojaulx sans trahison,
Estre en devez un par rayson.
A loyal vous tieng sans mentir.
Non pourquant a douleur sentir
2180 Vers moy ne vous aatissez ;
Mais de l'amour tout me laissiez
Le fez et la cure et l'entente.
A tous biens recevoir suis tente,
Quant a m'amour un petit pens ;
2185 Qu'il m'est avis en mon pourpens
Que j'ay arée pierre et grève,
Ou point n'a d'amour {sic) ne de sève
Et comment me puet ferme faire
Amours qui m'est tout a contrere,
2190 Qui me fait entendant la briche ?
[48 r°] Ce que l'en vous tient tant a riche
Et extrait de si hault lignaige
A si prisié et a tant sage
Vous fera de moy départir.
2195 Ne me doy a vous aatir.
Pource que sui povre et basse,
Non tant que james vous osasse.
Si m'est venu de grant follie ;
Mais cil qui n'est en sa baillie
2200 Ne se puet a droit conseillier.
Or me veult amours exiller.
Et vous par temps m'en occirez,
Puisqu'on voustre pais irez,
Et demourrez la sans retour.
2205 En moy n'a conseil fors un tour,
— 60 —
S'(i)en mourraj, bien le scay de voir.
Car par force et par estouvoir
Amezez {sic) autre, bien le seaj.
Mar vous vy et mar vous osay
2210 M'amour donner et octroier.
Si j'en peusse renvoier
Mon cuer, je n'eusse mal mie ;
Mais, puisque je seray amie
Et j'avray perdu mon amy,
2215 Tenir pourray pour ennemy
Le cuer qui (de) ce m'a pourchacié.
Vous vous tenez si a lacié
Qu[e] a grant peine pourrez vivre,
Et je suis et saine et délivre
2220 Quant my oeil m'ont ainsi trtiye !
Bien m'ont, ce me semble, en haje,
Quant par eulx et par leur pourchaz
En tel manière a mort me chaz.
Par eulx sans faille a mal m'atour ;
2225 Par leur guenchir et par leur tour
A}' je le cuer espris de feu,
[48 yo] Mais tant sachiez que je vous veii :
Ja destresse qu'amours me face
Ne pourra faire que vous hace ;
2230 Ainz me sera pour vous amer
Doulx a souffrir travail amer.
Car amour n'est pas vraye et pure
Qui en temps fault et un temps dure.»
Or voit Galeren quanque Fresne
2235 Pence que qu'elle se desrene,
Son cuer congnoist et sa parolle :
« M' amie, fait il, se pour folle
Vous povez pour m'amour tenir,
Donc me doit il bien mal venir.
2240 Bien pert que vous m'amez de voir.
Comment pourriez vous savoir
Ma grant amour et ma grant cure ?
Tenez, je vous fians et jure,
Ma foy vous dons et vousplevis:
- 61 —
2245 Tant com je suis en terre vis,
Et qu'en vostre corps savray Famé,
N'avraj autre que vous a famé.
Ne vous faz ore de plus sage,
Mais Dieux me mette en tel aage
2250 Ou quiter en puisse ma foy. »
— « Certes, dit Fresne, je l'otroy,
Je n'en quier plus estre seure,
Tant que la chose est si meure,
Qu'elle sera a point venue, i
2255 Depuis ne s'est Fresne tenue
Vers li, mais son déduit requiert
De tout quanque a honneur affiert.
S'en est moult Galeren [a] aise,
Qui doulcement l'acole et baise,
2200 Et celle li moult voulentiers.
Leur amour est vraye et entiers,
Qui de plus ne veulent baisier
Fors d'accoller et de baisier.
[49 ro] De ce voir ne baisent il mie.
2205 Se li amant baise s'amie,
S'il l'acole ou paroUe a li,
N'en devez celle ne celi
Blasmer ne tenir a ventance.
Or ont faicte leur pénitence
2270 Et or leur sont li fer cheu.
De quanque leur est mescheu,
En mal souffrir et endurer,
En veillier, en plaindre, en plorer
Ne se sentent il, ce me semble,
2275 Puis qu[e] ilz pueent estre ensemble.
Feste se font et bonne et belle.
Li variez esmeut la pucelle
A son déduit qu'il a trové:
« Fresne, fait il, j'ay esprouvé
2280 Mon engin a un novel lay.
Si désir moult que sans delay
Tout le déduit vous en apreigne.
Maiscomment qu[e] ilvousenpreigne,
— 62 -
Ne vueil qu'autre que vous le sache.
2285 Mieulx vouldroie estre d'une hache
Occis qu'autruy l'apreissiez .»
— <( One ne vous en [ajatissiez
De tel chose, dit elle, amis.
Mieulx souifreroie que maumis
2290 Fust en un feu mon corps et ars.
Plus loign a savoir, que cent mars
Me laississez au départir.
De tant me vueil de vous sentir.
N'avoir ne vueil du vostre plus
2295 Tant corn de moj serez en sus.
« Mais commenciez, je herperay
Et eu ma harpe l'aprenray. »
Il commence, celle l'escoute,
Qu'en la harpe ses doiz i boute.
2300 Quant les notes a entendues
[49 v"] Au pletron les a entendues
Et atrempées a droit point.
Ce lay destraint Fresne et point.
Car cil qui si doulcement chante
2305 Au commencier d'amours se vante,
Apres la blasme, après la prise.
Plaine est de joye si la reprise.
D'amours y est tout le contrere ;
Si est cruel, cy débonnaire,
2310 Cil fait plo urer et cil fait rire ;
En cestuy vers l'amant empire,
En cestuy le fait amender,
En cest aultre l'estuet garder ;
Et par de cza n'a point de soign,
2315 De ça pert tout a grant besoign,
Et de la rest tous esbaudiz.
Doulx est li chans et doulx li diz.
Et cil li chante tant et note,
Qu'elle scet le dit et la note ;
2320 A sa harpe l'a accordée
Quiestoit d'argent encordée.
Bien scet le lay tout sans mentir.
— 63 —
Le vergier en fait retentir
Des plesans sons que la voix donne,
2325 Et a la herpe qu'elle sonne.
Le laj aime plus a savoir
Qu'autre richesse nj avoir
Corn li seust donner en terre.
Lohier les revient a tant querre :
2330 « Or toust, fait il, sans plus targier
Levez vous, sy irons mengier.
Je ne lo plus le demourer, »
Ceulx qui a peine[s] endurer
Pueent de eulx deulx la dessevrance
2335 Sont levez sus a grant pesance,
Et leur maistre les en retourne,
Qui d'estreblasmer(s2c) les destourne.
Si les fait yssir du vergier
[50 ro] A droite heure d'aller mengier.
2340 Geste vie ont menée ensemble
Quinze ans et demy, ce me semble,
Entre Fresne et Galeren,
Tant qu'un jour de la saint Jehan,
Ung pou après mengier, advint
2345 Que de Bretaigne leans vint
Un des haulx hommes de la terre,
Qui le damoisel venoit querre.
Ses parens fu et ses amys,
Dedens l'abbaye s'est mis
2350 A grant compaignée de gent.
Li sires du cheval descent
Et vient a rabba[e]sse Ermine,
Qui est sa germaine cousine,
Si la salue haultement
2355 De par celi qui a tourment
Donna pour ses amis son corps,
Quant il les geta d'enfer hors
Par la seue mort qu'il souffry.
Et rabba[e]sse li [r]offry
2360 Son salu bel et haultement ;
Encontre li courtoisement
— 64 —
S'est levée, puis le regarde,
Et quant de li s'est prise garde
Si li fait joye et haulte feste
2365 Com a puissant liom[me] et lioneste,
Apres li demande nouvelles.
« Certes, dit il, ne sont pas belles
Ne bonnes ceulx que je vueil dire.
Mes or n'en aiez trop grant ire,
2370 Ne marrie trop n'en soiez
De nouvelles que vous oyez.
Car vous povez souvent oyr
Qu'on dit que nulz trop esjoir
Ne se doit de prospérité,
2375 Ne trop douloir d'aversité.
Donc n'ayez de trop douloir cure,
[50 v°] Se fortune vous est trop dure,
Car sa rouele souvent tourne
En tel lieu dont elle est retourne,
2380 Dont li dolens devient puiz (plus) liez
Li sirez qui t'u travailliez,
Par qui sommes hors d'enfer mis,
A jette un de ses amys
En foy et en confession
2385 De ceste mortel passion.
Si l'a mené par sa desserte
Hors de ceste Egypte desserte
En la haulte Jérusalem.
Si com je croy, de tant doit l'en
2390 Itele novelle prisier :
Alibranz nous a fait laissier
La mort qui a tous est commune.
De mes nouvelles vous vueil une
Avec[ques] cest[e] encore dire.
2395 Or ne soiez trop plaine d'ire,
Ne n'aiez trop marri le cuer,
Morte est la contesse vo suer,
La bonne Yde, la bonne sainte.
Pour son baron fu si atainte
2400 De duel qu'elle en mourut après;
— 65 —
Mais se li contes fu bien confes
Et repentans de ses péchiez,
Pour voir vous dj, bien le sachiez,
Que tout aussi fu la contesse. »
2405 Quant la nouvelle oit rabba[e]sse
Hault s'escrie, si li convient
A pasmer et, quant el revient,
Dolente s'appele et chetive
De ce qu' elle remaint tant vive.
2410 Moult se plaint, moult se desconforte,
Et dit qu'el(le) vouldroit estre morte.
Sa se[re]urregrete et le conte.
Plus ne vous faz de son duel conte.
Et Galeren grant duel demeine.
[51 r ] Fresne est aussi de douleur plaine
Pour Galeren, ce povez croire,
Car elle scet bien etespoire,
Comment que la chose mes preigne,
Qu'aller l'en convient en Bretaigne.
2420 Li sires Galeren appelle
Qui apportée a la nouvelle.
Il vient a li et cil l'accole,
Tout en plourant a li parolle
Et a rabba[e]sse s'antein.
2425 Quant il parçoit que il sont plein
Et assouvj de lermes rendre,
Si leur veult raison faire entendre.
« Dame, fait il, et vous, biau sire.
Ne vous puis mie contredire
2430 Le pleurer ne le faire duel.
Mais vous le leriez mon vueil
Que il ne puet faire nul bien,
Quant recouvrer n'j povez rien.
Si vous en dj meilleur confort :
2435 Nuls duel ne ressuscite mort.
S'en soit la douleur plus ligiére,
Se l'en fait aulmosne ou prière
Pour les mors. Il ne veulent el.
Cil qui remainent en l'ostel
5
— 66 —
2440 Moult a envis veulent mourir.
Tant com il puissent vif garir,
Si n'y a que du conforter.
Le duel convient laisser ester
Et pencer chascun de bien faire.
2445 Galeren, tout le cuer m'esclere
De ce que si vous voy appert.
De li corps par le cuer ne pert,
Je vous tesmoing et si vous vant,
Estre[zJ prodom cy en avant.
2450 N'est riens a dire de biau corps
S'il a de maulves cuer le mors,
Car néant plus ne vault l'escorce
151 v»] Qui est sans moelle et sans force.
Ne vault biauté de corps ne grâce
2455 Quant mauvaistié de cuer l'efface.
Biaux homs sans cuer vaillant et sage
Est tout aussi comme l'ymage
Qui d'or et d'argent est couverte,
Et qui l'a par dedens ouverte
2460 N' i a fors fust ou pierre ou terre.
Galeren, venu vous suis querre ;
Avec moy vous convient venir,
Si vous convient bons devenir,
Ce me demoustre voz aages.
2465 Recevoir devez voz homages
Comme contes, de vous l'en tendra.
Galeren, sire, or y perra
D'estre preuz, larges et courtoys.
D'Angleterre vous a li roys
2470 Mandé que vous a li viengnez,
Car il veult que de li tiengnez
Les fiez qu'il donna voustre père.
Li roys fu cousins vostre mère,
Et je suis ses parreins sans faille. »
2475 Or ne laira que ne s'en aille
Galeren avec son parent
Qu'on appelle Brun de Clarent.
Bon chevalier est et esliz.
~ 67 —
Or pert Fresne tous ses deliz.
2480 Or pleure, or soupire, or se deulst,
Quant Galeren aller s'en veulst
Avec Brun le bon chevallier.
Il font leur erre appareillier
Pour Tendemain matin movoir,
2485 S'atournent tout leur estouvoir.
En une chambre a voulste clére
Font la prieure et son bon frère
Fresne et Galeren venir.
« Or ne vous puet mes détenir,
2490 Font il, Galeren, clef ne serre
[52 ro] Que vous vaillez [sic) en vostre terre .
Si vous escuet (sic) Fresne guerpir
Qui chascun jour fait tant souppir
Pour vous et tant tourment endure,
2495 Que merveille est quant elle dure
Tant 11 veons maulx endurer.
Longuement ne puet pas durer
Si vous n'avez de li mercj. »
— « Biaux maistres, je la leray o.v
2500 Et avec vous en vostre garde.
Mais maulx feuz a celle heure m'arde
Que je de rien lui mentiraj.
Ne ja ne le vous celeray,
Je la vourray a femme avoir,
2505 Car je Tay plevie pour voir.
Si ne li soit point de moy grief.
Car si je vifz et vieign a chief
De recevoir en paix ma terre,
Je la revenray céans querre,
2510 Si la feray dame et contesse,
Se bien em pesoit rabba[e]sse
Et aussi a tous mes amys.
Ce li promet et ay promis.
Et si j'envoy a li messaige,
2515 Privéement le faictes sage
De parler a li, ce vous proy.
Ja ne s'esmoit que fille a roy,
— 68 —
Tant soit riche ne belle en face.
En lieu de li m'espouse face,
2520 Si lui faittes hounour et feste.
De son avoir et do sa teste
Se pourroit povrement fier,
Ce vous puiz je bien affier,
Qui(l) li feroit ennuy ne honte. »
2525 Liez et jojanx sont de ce conte
Cil et la prieure sa seur.
Si lié en a chascun son cuer
Qu'il en pleurent de joye fine.
52 Vj A m'antein rabba[e]sse Ermine
2530 Ne soit ja ce conseil sceuz,
Que nous n'en soions deceuz,
Fait il, se vous requier je bien, n
Cil dient: a N'en doubtez de rien,
Nous nous lairions ainçoys pendre
2535 Qu'(a) autrui le feissons entendre. »
Atant finent leur parlement.
Galeren a privéement
Fresne d'une part acostée,
Si l'a doulcement confortée
2540 Que ne s'esmait de riens qu'elle oye.
Puis la baise et des braz li loye
Le coul et doulcement li lasse ;
Le nez et la bouche et la face
Li va baisant, et forment pleure.
2545 La grant amour qui leur court seure
Les tient ensemble longue pièce.
Nulle chose qui tant leur siéce
N'est a leur gré fors estre ensemble.
A tant leur maistre les dessemble,
2550 Qui crient que trop valent [sic) targié.
Au départir et au congié
Pl[e|Urent et font un duel trop fort.
Qu'avoir ne cuident mes confort
Qu[e] il se puissent rev[e]oir.
2555 Ces deux a bien en son povoir
Amours, et bien les a guettiez.
- 69 —
Au chappelain en prent pitiez
Quant veuz les a deppartir.
Au dessevrer sont vray martir
2560 Tant y seuifrent tant mal et peine.
Le maistre tous deux les enmeine
Davant sa dame et davant Bruns,
Qu'il sont ausques mat et embruns.
Mais ne pourquant bien se confortent
2565 Par dire contes se depportent.
S'ont souppé ausques par loisir,
[53 r°] Puis vont repouser et gésir
Jusqu[es] au matin, au cler jour.
Qu'il sont yssu de Biausejour.
2570 Et Galeren a congié pris
Comme affaictié et bien apris
A rabba[e]sse et a Fre[slnein.
N'y a prestre n'y a nonnein
Que au partir pleurer ne voye.
2575 Mais Fresne moult pou le convoyé
Qui de l'estrange gentse doubte.
Apres le congié sieust la rote
Galeren, et a tant se part,
Et rabba[e]sse d'autre part
2580 Et les nonnains qui s'en retournent
Ou service faire s'atournent,
Que Dieux mette en paradis l'ame
D'Alibren et de Ydein sa femme.
Le grant ennuy et le contraire
2585 Ne vous pourroit bouche retraire
Que Fresne nuyt et jour demeine.
Car Galeren son cuer enmaine
Qui le corps menast voulentiers.
Dont ne demeure mie entiers
2590 Le corps puisque son cuer ne garde.
Si fait, qui raison y esgarde :
Voirs est que Galeren l'en porte
Qui du sien cuer Fresne en conforte,
Fresne a le cuer de son amy.
2595 N'a povoir en so}- que demy
— 70 -
Galeren qui son cuer n'a mie,
Car il a changé a s'amie,
Qu'elle son cuer et li le sien.
Dont ne perdent leurs deux corps rien,
2600 Car si Fresne a le cuer celi
Et il le Fresne, un font endui.
Puisque li cuer font doncques un
Entiers est le corps de cbascun,
[53 Vo] Qu'il y est tout et celle toute.
2605 Entiers sont il n'est mie doubte
Quant un seul cuer a deux corps sert.
La pueelle a plourer s'aert
Qui en une chambre s'en entre.
Tant dolent a le cuer du ventre
2610 Que sus les piez ne puet ester,
Ains se commence a dementer.
Si s'est sus une forme assise.
(( Ha, Galeren, or suis je prise,
Fait elle, biaux doulx chiers amys !
2615 Apri[s]més est mes ennemys
Li dieu d'amours qui me guerroie.
Trop est irez, trop se desroje
Vers moy, et trop cruel le sens.
Dieux, pourquoy vis (s«c) je de mon sens
2620 Quant Galeren céans ne voy?
Je ne le sien [sic) ne ne convoy.
Je ne parole ali mie.
Comment, sote, es tu mes s'amie?
Vouldras le tu donc mes amer?
2625 Cy a trop dur mot et amer,
Quant j'ay demandé tel oultrage.
Je suis de la demande sage.
Respondre y puis comme certeine :
Mon cuer a li amer m'ameine
2630 Et veulstbien que s'amie soye.
Il le veulst voir, si je dysoie
Qu'avoir n'y voulsist son assens.
Si vueil je amer contre mon sens.
Contre mon sens ? quelle l'ay dite ?
• — 71 —
2635 Suiz je plus vieus et plus despite
Se j'aign Galeren de Bretaigne i
Je cuidoye, si Dieux me praigne, .
Que tenue en fusse plus chiére.
Dieux! pour son corps et pour sa chiére,
2640 Pour sa biauté, pour sa valleur,
Suiz je cheue en grant douleur !
[54 r 1 " Cheue? s'il t'a fait cheoir
Ne te puet pour ce mescheoir,
Car souffrir d'amours la mesaise
2645 Et la douleur pour qu'elle plaise,
N'est meschante mes deduiz.
Pourliveult estre mes cuers duiz
A travail endurer et paine.
Cil qui le mal d'amours ne paine,
2650 Qui tent tousjours a son vouloir.
S'il avant ne le fait douloir
Ne scet qu'est déduit ne joje ;
Car nulz n'ayme ne ne conjoye
Chose, se l'en chier ne l'achate.
2655 Dont vueil je bien qu'amours me bâte
Pour mieulx congnoistre joye après.
Lasse, de ses couz suis je près,
Mais de ses biens suis je esloignée!
Bien m'est ma douleur aloignée
2660 Quant Galeren ainsi m'esloigne.
Lasse, or ai je de ce besoigne
Dont je seul avoir grant planté!
My oeil seulent la voulenté
De mon cuer pestre et assouvir,
2665 Or ne le puent mes servir,
Ne ne sçavent a quoy aerdre,
Puisqu'on leur fait leur proye perdre.
Qu'ay je affaire de leur servise ?
Or ay parlé com mal aprise,
2670 Car de tant com Galeren virent
Voulentiers et bien me servirent,
Et serviront a leur povoir
Tant com il le pourront veoir.
— 72 —
Et de tant m'est il bien (mes)cheu,
2675 Qu'en ce pourchaz qu'ilz ont eu
.Se déduit mon cuer et remire.
A li [me] sache amours et tire
Qu'endeux nous joint et met ensemble.
Nul de partir ne me dessemble,
[54 v„| Car esloigner n'esloigne mie
Amy vray de loyal amye. »
Tout ainsi chascun jour par rente
Se plaint la pucelle et démente,
Et deul demeine amer et fort,
2685 Ne prise chastoy ne confort
Que son parrein Lohier li face.
Et Galeren toust se pourchasse
Qui venuz est en sa contrée.
Au recevoir et a l'entrée
2690 Li font ses hommes grant hounour,
Si com l'en doit faire a seigneur.
Touz l'ounourent et baz et hault,
Apres li loent qu'il s'en aut
Oultre mer au roy d'Angleterre.
2695 Pour ses fiez et et ses droiz requerre,
Apres en Bretaigne retourt,
Et puis se pourvoie et atourt
Pour estre chevalier nouvel.
Galeren ne pensa pais d'el.
2700 En son pays plus ne séjourne,
Ainçoys se pourvoit et atourne
Ne il n'a guaires arresté.
Chevaliers enmaine a planté,
A la mer vient et oultre passe.
2705 Apres s'efforce tant et lasse
Qu'a Londres vient a bon conroy.
La trêve son cousin le roy
Qui li fait feste et belle chiére.
En boys le meine et en rivière,
2710 Et deux moys le tient ave[c] ly.
Tant qu'il n'a ja a court cely
Qui ne le tiengne a moult courtoys.
— 73 —
A merveille Tamoit li roys.
Si le fait servir et hounourer.
2715 Tant le veult faire demeurer
Avec li qu'il soit chevalier;
Mais celi qu' amours fait veillier
[55 r°j N'encores ne s'est encusé,
L'a contredit et refusé
2720 Et le roj de l'ouneur mercie.
Un jour vient a li si li prie,
Com bien parlans et comme sages,
Qu[e] il reçojve ses homages.
Li roys qui bien est conseilliez
2725 Les reçoit et cil en est liez.
S'(i) a prins congié de retourner,
Et li rojs li fait atourner
Quanqu'il li fault et fait venir.
Quant plus ne le puet retenir.
2730 Du sien li donne grant trésor,
Robes, chevaux, argent et or,
Et despens pour fournir sa voye.
Et tant le conduit et convoya
Que Galeren entre en la mer,
2735 Qui ne puet oblier l'amer.
S'ont tant nagié et estrivé
Qu'il sont a droit port arrivé.
De lanef yssent, si s'entournent.
Nul lieu n'arrestent ne séjournent
2740 Jusqu'il sont a Nantes venu.
Viel et jenne, blont et chenu
Qui de li doivent tenir fiez,
Li sont allez requerre aux piez.
Et il leur rentsur fevetez.
2745 Or est sire de sept citez
Et de cent chastiaus bons et fors.
Or n'a voisin qui ait elfors
Ne hardement vers li de guerre,
S'il ne veult perdre corps et terre.
2750 Sires est Galeren sans faille,
Mais or li sourt une bataille
— 74 —
D'amours qui le presse et tourmente.
Si mise y a la nuyt s'entente
Qu'entendre ne puet a dormir,
2755 Qu'amours le fait plaindre et frémir,
[55 v°] Tourner et retourner sus couste.
« Dieux ! com trayt amours son hoste !
Celi fait il qui bien le sert.
Biaux sire Dieux, comment dessert
2760 Mon corps vers amour qu'i[l] l'occie ?
J'ay veu l'oste qui mercie
Celui qui Touneure et qui Tayme.
Se mon corps donc d'amours se claynie
Nuls nel'e) doit tenir a merveille :
2700 Si je Tonneur il me traveille,
Si mon service rien ne prise.
Ne cuit que nul a sa devise
Le puit servir n'a son vouloir.
Loyaulté ne m'y puet valloir.
2770 Loyaulté? Certes trop me vant,
Et me puet bien venir devant
Qu'elle n'est en moy ne j'en li :
Puisque j'entreles et oubly
Celle par qui je puis mourir,
2775 Et qui bien me repuet guarir
Des grans douleurs qui m'ont seurpris.
Puisque j'ay o li congiépris,
Si loyauté en moy eusse,
Avoir veue la deusse
2780 Au moins .x. foiz ou .xv. ofuj .xx.
One mes certes d'autruy n'avint
Qu'i[lJ n'eust cuer et voulenté
De retourner a sa santé.
Ma santé est ce voirement.
2785 Si je n'y voys prochainement,
Recevoir m'en couvient la mort.
Sa debonnaireté me mort
Sa belle chiére et sa biauté.
S'en moy ne faulsist loyaulté
2790 Je trovasse amour débonnaire,
— 75 —
Qu'elle veult troverleal paire
Et un tout seul cuer en deux corps.
De ceste paire suis je hors,
[56 r°] Brisée Tay et entamée.
2795 S'elle ajme et elle n'est amée
Li gieu mau party en est siens.
Je li ay promis tous les biens,
L'ouneur de moy et de ma terre.
Puisque je revins d'Angleterre
2800 Ne li envoyé mon message.
S'amour me veult chierc'est oultrage,
Je cuit que pour mon bien le fait ;
S'elle me bat pour mon meffait
Je n'en vourray moult amender.
2805 Sans nul noncier, sans nul mander,
Vueil a li de moy présent faire.
Ne m'en voulrroye {sic) plus retraire
Que le matin ne mueve au jour
Pourchevauchier a Biausejour.
2810 Moult s'esgressa, moult s'estourmv
Galeren qu'onques ne dormy
La nuyt. Que que deust grever
Ses sergens fist au jour lever,
Pour les celles mettre et les frains.
2815 II n'est mie des d[e]errains
Monté sur le cheval courant.
De la cité se part errant
Com cil qui het a séjourner,
Ne veult meignée grant mener
2820 Mais qu'il enmeine avec li Brun.
Il a fait entendre a chascun
Qu'il va veoir sa bonne antein
Qu'il n'a veue en jour lointain.
Cil dient qu'il fait que loyaux.
2825 Un sommier qui porte joyaux,
Et or et argent en monnoye.
Toile de lin, et draps de soye
En fait mener, et tant esplette
De chevauchier la voie droite
— 76 —
2830 Qu'il est a Biausejour venuz.
A joie est leans receuz
[56 v°] Et festoiez, ce povez croire.
Les nonnains et clerc et prouvoire
Le conjoient et li font feste,
2835 Et s'ante rabba[e]sse honneste
L'acole deux cent foiz et bese.
Fresne d'autre part est [a) aise
Qui li jecte ses braz au coul.
Cil qui n'a mie le sens foui
2840 Doutes toutes et touz solacier,
Li reset bien le sien lassier,
Si la baise enmy la face,
La costume estoit lors a ce.
Moult a a tous grant feste faicte.
2845 En surs de li s'est Fresne traicte
Et cil de li si bellement
Qu'encor n'y a decevement .
Chascun conjoit, chascun aresne.
Li, et Lohiers, et belle Fresne,
2850 La prieure, et des nonains siz,
Se sont en [un] prael assiz.
Mais que Galeren fu arriére,
Lez li Fresne, s'amie chiére,
Qui se demainte (sic) et plaint a li
2855 Du grant tourment et de l'ennuy
Que pour s'amour endure et porte.
Mais Galeren la resconforte
Qui est aussi desconfortez.
(( Belle, fait il, si vous portez
2860 N'endurez pour moj mal estouz
N'en resui pas quitte pour vous.
Ne quitte n'en vueil estre mie.
S'en se doit douloir pour s'amie,
Bien en faz ce qu'on doit tenir.
2865 Amours m'a cj fait revenir
p]t pour vous me met en doubtance.
De tant aiez vraye espérance
Que je vous tendray ma promesse :
— 77 —
Je suis contes vous serez contesse.
[57 r"] Onques n'en soiez en esmoy[s].
Ainz que passé soient cinqmoj[s],
Vouldraj pour vous chevalier estre.
Adonc serez par main de prestre
Ma famé et je vostre barons.
2875 Ce qu'il vous fault adonc arons.
Car avoir ne povons loisir
D'estre ensemble a nostre plaisir. »
Ainsi conforte la pucelle,
Et puis Lohier son maistre apele,
2880 Si lui dist: « Maistre, entendez ça.
Noustre affaire savez pieça.
J'ay céans jojaulx a planté
Dont Fresne avra sa voulenté,
Toile et deniers, et draz de soie,
2885 Je ne vueil, maistre, ou que je sove
Que riens li faille ne souffreigne.
N'a céans ne la hors compaigne,
Estrange dame, ne seigneur.
En qui n'en emploit par hounour
2890 Et mett(r)e tout a abandon,
Envers ceulx qui vauldront le don.
Ce li vueil je moult bien apprendre.
Car ja tant n'en savra despendre
Com elle en avra plus ass(i)ez.
2895 Recevez les, et si pensez
Du bien garder com a son oez. »
Le bon Lohier li respont lues :
« Grant mercy de Dieu et de ly.
Nulle rien plus ne m'embelly
2900 Que vostre voulenté a faire.
Fresne, fait il, n'aiez contraire
Puisque vous avez mon povoir.
Souvent vous revenra veoir,
Ne vous allez ja démentant. »
2905 Levé sont du prael a tant.
Si vont laver et puis mengier.
Servi sont bien et sans dangier,
— 78 —
[57 Vo] Puis vont gésir, et au cler jour
Se départent de Biausejour.
2910 Le grant duel ne le grant martire
Ne vous vueil recorder ne dire
Que Galeren etFresne mainent.
Galeren et Brun tant se peinent
Qu'ilz sont a Nantes retourné.
2915 Amours a si mal atourné
Galeren, qu'il ne puet durer
N'en son pays plus demourer.
Ne le tint besoing ne séjour
Que souvent n'aille a Biausejour.
2920 De chevauchier la ne li poise
Car trop li est tart qu'il y voise.
Tout adez y vouldroit aller,
Mais trop redoubte mau parler;
Et non pourquant l'en en paroUe
2925 Tant que l'en en tient Fresne a folle,
Et en a blasme et villennie.
« Li contes Galeren l'a honnie »,
Fait li uns. — « Elle a plus honny,
Fait li autres, ce vous pruet cy
2930 Qu'il est contes et sire de terre.
Si ne veult mes yssir de serre,
Ne de delez Fresne lever.
Ce puet nostre pais grever
Et ses parens et ses amys,
2935 Quant il a si tout son cuer mis
En une garce povre estrange. »
Ainsi honnit, ainsi ledenge
Chascun qui de Fresne parole.
Galeren en est a escolle,
2940 Si l'en chastie Brun souvent.
Qui sa parolle en jecte au vent,
Car sil de ne(e)ant ne la prise.
Son chastiement plus l'atise,
Et si Tem plaistplus Biausejour.
2945 Car la bêle y est et le jour
[58 r"] Qui les autres vaintde biauté,
— 79 —
Aussi corn un cler jour d'esté
Vaint d'iver tout le plus oscur.
Galeren cuide estre asseur,
2950 Un jour qu'il est avec s'amie ;
Mais par une langue ennemie,
Est deceuz et il et elle.
Si les encuse une pucelle,
Dit l'a a sa dame en appert
2955 Que Galeren son nepveu pert,
Et tous ses amys l'ont perdu.
Car en Fresne a tout despendu
Et cuer et corps par li hanter.
Si n'en puet Ten nul bien chanter.
2960 S'est lionis qui terre tient
Qui soignant haulte ne maintient.
Puisque ce vient a ce vouloir
L'en doit choisir qui puet valloir.
Cesti ne veult nuUi veoir
2965 Quant il puet lez Fresne seoir.
Bien cuide avoir conquis Damas.
— « Est or voir ce que tu dit m'as? »
Fait celle : — « Ouil » dit l'abbafejsse
Plus de cent foiz s'apelle lasse
2970 L'abba[e]s3e qui oit ce dire
Du grant duel qu'ell' a et de l'ire
Li commence le viz a teindre.
A regreter prent et a plaindre
Galeren, son nepveu, de cuer.
2975 ((Ha! quens Alibran, Yde seur,
Ne cuiday que vous eussiez
Enfant dont vous ne deussiez
Avoir hounour, et vous (et) de ly.
Mais or a cy honte et ennuy.
2980 Si Galeren bien ne se pr(e)ueve
Qui estre avec les bons ne rueve,
Ainz, est d'une garce souzprins.
Lasse ! il deust monter en pris,
[58 v°l Hanter haulx hommes roys et contes.
2985 Lasse ! com est villain cil contes !
— 80 —
Or sera m'(on h)onneur amenrie,
S'une garce que j'ay nourrie
Le fait de s'onneur tresbuchier !
Je li feroie ainçojs sacher,
2990 Les mamelles de la poitrine,
Comment que soie sa marraine,
Qu'a tousjours mes ne l'en tournasse !
A tant se liéve et avant passe,
Et fait Galeren appeller.
2995 Elle ne li veulst rien celer
Lorsqu'il vient, ainz li prent a dire :
« Galeren, niers, or estez sire.
Or voj que vous y gaaigniez.
Si vous estiez rooigniez
3000 Et renduz plus seriez richez,
Car céans a moult doulces miches.
Si n'est pas bon le retourner,
Car moult y a biau séjourner.
Four ce a non ce lieu Biausejour.
3005 Bien dut Bretaigne amer le jour
Que vous venistes en aage. »
— « Je n'aj garde de voustre oultrage. »
— (( Nourrj vous aj, si suiz vostre ante,
Si vous diray comme dolente
3010 Mon vouloir et ce que je pens.
En vous n'avez guaires de sens
Qui amez une garce folle.
S" estes revenuz a l'escolle
Qui^a hault homme est a contraire
3015 Quant ne met peine a s'en retraire.
Ne vous bla[s]masse pas, par m'ame,
S'amissiez une haulte dame. »
Galeren ne scet que respondre,
Ne scet ou il se voist repondre.
3020 Li villain mot l'ont si attaint
Que de honte en a le vis taint.
1^59 To] Oultre s'en va, rien ne respont.
N'a si desconfit en ce mont.
N'a duel fors que de la pucelle.
— 81 —
3025 Un sien varlet a li appelle,
Commande li (a) les selles mettre.
Cil et autres qui entremettre
S'en durent, les ont mises lors.
Biaux hernoys bien tenans et fors
3030 A dessus le cheval au bert (sic).
Oncques en Festrief pié ne met
Ainz sault es archons, si s'en tourne.
Sa maigniée après li s'atourne.
Chevallier, varlet et sergeant.
3035 A chevauchier après errant
S'ont tant et nujt et jour allé
Qu'ilz sont a Nantes hostellé.
La veulst Galeren séjourner
A qui Bruns ne puet destourner
3040 L'amour dont il est tant pensiz.
En cinq sepmaines ou en six
Ne veult Galeren chevauchier
Comme cil qui ne s'a riens chier,
Ainz se veult chascun jour occire.
3045 Bruns une chose li désire
A eno[^rjter, si li a dit :
« Sire, sachiez que Ton m'a dit
De vous ades en ceste terre —
Fait cil qui cuide acheson querre
3050 Dont li poujst s'amour embler —
D'ore en avant vous puet sembler
Que vous avez sens et aage
D'eschever folie et oultrage.
Ne vous ne veez par raison
3055 Que par séjourner en maison
Puist a grant fruit hault hom venir;
Ne vous devez mais maintenir,
Comme enfantis ne comme nices.
Yssiez hors et rompez les lices.
[59 v°] Aprenez gens a bien veoir ;
Comme haulx homs de grant povoir
Soiez largez et haulx et liez.
Certes maulves blasme acueillez.
— 82 -'
Trop mate avez adez la chiére.
30(35 Par Dieu n'avez mie trop chiére
Celle qu'on dit que vous amez.
Si de s' amour vous reclamez,
Je vous en conjur et le vueil
Que vous haulssier en apper l'ueil
3070 Et faittes biau semblant et lié.
Si qu'on vous truit appareillé
Pour joye maintenir et feste.
Certes plus est vieux qu'autre beste
Qui bien ayme et qui ne s'envoise.
3075 Dores en avant vraiement me poise
Quant chevalier n'estes noviaus.
Faictes mander dix damoiseaux
Fieus a haulx hommes de vo terre,
Si les mener {sic) pour armez querre
3080 A court ou de conte ou de roj,
Et aller {sic) a si hault conroj
Qu'on en parle jusque(s) outre mer.
Haulx homs joyeux qui veult amer
Se doit atourner a proesce
3085 N'eschever hounour ne largesce,
Qu'assez povez partout donner.
Faictes tost vostre erre atourner
Pour mouvoir en ceste sepmaine. »
Galeren, qui amours demeine,
3090 S'aparçoit qu[e] il oit bien dire
Qui dores en avant est le pire
Qui vive et du peieur eur
S'il n'a de li conseil meur.
Or se voulra mieulx contenir,
3095 Or veult chevalier devenir.
Car son cuer li loe et conseille.
Savoie tourne et appareille.
[60 r°] Pour plus haster assez sa voie
Partout ses messaiges envoyé.
3100 Si fait venir variez de priz
Qu[e] il a en sa terre pris,
Gentilz hommes sains et hetiez
— 83 —
Jusqu'à dix moult bien aflfaitiez.
Avec li yront pour s'(on hjounour
3105 A la court d'aucun grant seigneur
Pour chevaliers estre avec li.
Mais il sera troublez d'ennuy
S'il n'a enquis ainçoys nouvelle
De Fresne, s' amie la belle,
3110 Qui pour li soustient maint[e] honte.
Yneslement un varlet monte
Qui emporte ses lettres closes,
Ou il a mises maintes choses
Et meintes privetés d'amours.
3115 Puis li commande que ja jours
En lit n'en hostel nel(e] souzpreigne,
Tant qu'il soit arrive en Bretaigne
Venuz, et ait fait son message.
Ainsi a fait Galeren sage
3120 Le varlet, et cil lors s'en tourne.
Jour et nuyt d'errer pou séjourne
Jusque(s) il vient à l'obédience,
Tout a droit point que l'en commence
La messe, et que chascun l'escoute.
3125 Le messagier n'est mie en doubte
Qu'il ne face bien ce qu'il trace.
Tant quiert son affaire et pourchace
Qu'il parole au bon chappelain.
Cil le fait parler de Fresnein
3130 Privéement que qu'en dit messe,
Que ne le sache rabb[a]esse.
Et celi la salue ainçoys
De par Galeren le courtoys.
Et puis li a baillé l'escript,
3135 Ce qu'elle y voit enmi escript
[60 v°j Congnoist elle bien et scet lire,
Qu'elle scet diter et escripre.
Si la salue ses amys,
Et de ce qu'il li a promis
3140 Li mande qu'elle n'ait doubtance.
Car bien li tendra convenance,
— 84 -
Et qu'il s'en va demander armez.
Adonc courent espes lez larmes
Des enz {sic) Fresne quant a tout lit.
3145 En li n'a joie ne délit
Puisque Galeren voit mander
Qu'il s'en va armes demander,
En terre loing de son visnage.
Non pourquant elle s'asouage {sic)
3150 Par son escript qui la conforte.
Au varlet a mengier apporte
Qui moult se haste de râler.
Quant Fresne ne puetplus parler
Celle voit qu'il a mengié,
3155 N'a de rien nulle après targié,
Ainz court un coffre deffermer.
A cellui que tant puet amer,
C'est le bon Galeren le bret,
Veulst envoler par le varlet
3160 Une seue manche bien faicte,
Ou elle a de fin or pourtraicte
S'jmage et sa harpe a son coul.
« Frère, ne te tien[t] pas pour foui,
Fait la pucelle, mes amjs,
3165 Qui t'a jcj a moj transmjs.
Or t'en va et si le salue
De par celle qui est sa drue,
Et qui d'autre ne se reclaime.
Et [se] li dy que s[e] il m'ajme
3170 Ainsi com a moy s'en descueuvre,
Son mandement vendra a euvre.
Et si je vif bien le savraj.
[61 r°] Mais que qu'il face je seray
Siene, n"autruy estre ne vueil
3175 Que que j'aj-e trové u fueil,
Ke que qu'il face ne qu'il die.
Entrée sui en l'enresdie,
Siene mouray ; c[e] est m'estuide.
Pour querre hounour son pais vuide,
3180 Si le craing de demourer et dout.
— 85 —
Mais Dame Dieux qui a fait tout
L'ameint et retourt sauf et sain.
Mettez ceste manche en vo saing,
Et dictes que je li envoy,
3185 Si li souvendra mieulx de moy
Quant chevalier sera nouviaux.
Se par li est meus cembiaux
En tournoy ou en autre estour,
S'il la porte et il a m' amour,
3190 Qu'il ne l'oblit, en remembrance,
Mieulx en savra ferir de lance.
Car qui bien ayme mielx en vault
Et en estour et en assault,
Plus en est sages et hardiz.
3195 Au de[e]rrain après ce[z] diz
Vous li direz de par s'amye,
Qui s'amour tost ou tart oublie
N'a droit en ganz d'amours n'en manche. »
Ainsi dit la pucelle franche.
3200 Quant ce a dit la damoiselle,
Le messagier monte en la sele,
Congié a pris et si s'en part.
Fresne s'est traicte a une part
Qui grant douleur en son cuer porte .
3205 Mais son bon parrein la conforte
Tant qu'esleechier la convient.
Arriére en Bretaigne revient
Le varlet, s'a fait son message.
Au breton esprent le courage
3210 Le plesant salut de s' amie.
[61 v"] Le messagier ne lui a mie
Les paroUes Fresne celées,
Ainçoys li conte en recelées
Qu'oncques de mot nul ne mesprint.
3215 Et en son seing la manche print
Que Fresne flst par grant entente,
Si li donne lors et présente,
Car el[e] veult que il la port.
Se il tant ayme son déport,
- 86 —
3220 Quant chevalier est de nouvel.
Le messagier a bien et bel
Son message dit et conté.
Tout en a ja de grant fierté
Galeren plain le cuer du ventre,
3225 En une chambre lors s'en entre
Sans compaignée, et puis desploie
La manche, et voit Feuvre de soie,
D'or et d'autre couleur moult gente.
Souvent en regarder s'entente
3230 Met l'jmage qu'il voit escripte.
Tant s'i entent, tant s'i délite,
Qu'il s'i oublie une grant pièce.
Il n'i voit rien qui ne li siesse,
Car il li semble et avis est
3235 Que celle soit qui tant li plest.
Du doy la touche et va disant:
Ycj est Fresne la plaisant,
C'est cy son nez, qui s'en prent garde,
Cy sont ci oeil dont ill [sic) esgarde,
3240 C'est cy son front, c'est cy sa face.
C'est cy sa gorge qui me lace,
Cy est son chief, cy est son corps.
Or est acreu mes trésors,
Quant j'ay Fresne cy avec moy.
3245 Bon tesmoing enay, car je voy
Cest[e] en son gros, cest[e] en son hault.
Ainsi tient elle son bliaut
Quant elle harpe et elle passe.
[62 r°] Bien scet pourtraire et bien compassé
3250 Celle qui est ycy tyssue.
Il n'y fault plus fors que l'issue
De la voix, si fust Fresne entière.
Certes cy a riche baniére.
Ne doit avoir le cuer couart
3255 Qui en ceste met son esgart.
Or say je de voir qu'ell' est sage,
Qu[e] elle m'a(i) mis en courage
Ce qu'encores n'y a esté.
— 87 —
Or ay je bonne voulenté
3260 D'armes prendre mesqu'aDieu plaise.
Je voy bien que cil sont a aise
Qui prenent les armez et aiment.
Carsil d'amours se reclaiment
Et ilz veulent a pris entendre,
3265 Plus en puent souffrir et rendre
Couz en estour et en bataille.
Et pour ce que je mieulx en vaille
Ne vueil estre plus a séjour,
Ainz m'en yray demain au jour,
3270 Puis que la belle m'en avoie
Qui ceste manche m'en envoyé.
Galeren a la manche prise,
A ses yeux l'a moult trestost mise.
Baisée l'a, puis la reploie.
3275 En une touaille de soie
L'envelope, puis la met puer
Dedens son sein contre son cuer
La la garda plus de sept ans.
Monnoie, esterlins et besans
3280 A fait le jour peser et querre.
Aller veulst en estrange terre :
Si li estuet porter avoir.
De ce fait il moult grant savoir,
Qu'estranges homs est mal venuz
3285 Qui d'avoir est povre tenuz.
Et li richez est a honneur,
[62 v°] Si le tiennent touz a seigneur
Tantcom a Vautre puet bien faire.
Toust fait atourner son affaire
3290 Et [toz] ses compaignons armer,
Ceulx qu'avec li vourra mener,
Et garniz comme li chascun.
Sa terre a commandée a Brun,
Qui ses homs est et ses cousins
3295 Le plus vaillant de ses voisins,
Pour la seigneur[i]e enchargier.
Les chevaulx ont pour chevauchier
- 88 —
Atourné le nouviau hernojs.
Trente sommiers blans comme noiz
3300 Font chargierTendemain de draps,
D'escuelles et de hanaps,
De culliers et de poz d'argent,
Et d'autre trésor bel et gent.
Si comme de robes et d'armes.
3305 Bourgeoys y pleurent meintez lermes
Quant il jssent hors de la tour.
A grant gent et a bel atour,
Se part Galeren de son estre.
Dix destriers fait mener en destre,
3310 Que li donna le roj d'Espaigne.
Ainsi est partiz de Bretaigne
Li variez et trespasse France.
Tant a allé qu[e] il s'avance
Si comme aventure le meine
3315 Tout droit a Mez en Lo[e]rraine,
Le jour de feste saint Jehan.
N'a le jour en la ville enhan,
Ne villennie, ne douleur,
Car un sires de grant valleur
3320 Y a mil chevaliers par ban,
Qui tient Lo[e]rreine et Breban
Et Bourgoigne jusqu'à Losenne.
S'est sires de Loz et d'Ardane
[63 r°] Et de Hollande jusqu'en Frise.
3325 Moult l'aj-me cj sieclez et prise
Qu'il est sages, puissans et doulx,
Honnourez et cheriz de tous,
Et de haulx et de baz amez,
Li dux Heljmans est clamez.
3330 Pour ce qu'il [i] fu au dit jour,
Et il les huit jours a séjour
Et chascun an y tient court grant,
Galeren se voit moult en grant
Qu'il puit a celle court aller,
3335 Dont il oit tant en bien parler.
S'envoie avant pour prendre ostel.
- 89 —
Et l'en li prent moult bon et bel,
N'en la ville n'a si plaisant.
Tout sagement et déduisant
3340 Entre Galeren en la ville
Ou il oit de destriers .x. mille
Parmy ces rues cler hanir,
Chevaliers aller et venir
Sur chevaulx reposez et fres.
3345 Cil autre y jouent aux esch(e)es,
Et cil aux tables se déportent,
Cil varlet ces presens y portent
Parles hostels a ces pucelles
Et aux dames vaillans et belles.
3350 Planté y a de damoiseaux
Qui font gorges a leurs oyseaux.
Si sont fichées ces baniéres
Et cil escu taint de manières
Sus fenestres de tours perrines.
3355 De couvertoers vairs et d'ermines,
Et d'autres chiers draps traiz de maies
Ont pourfendues ses {sïc) grans sales.
Autres ront mise leur entente
De jonchier ces rues de mente
3360 Et de vers joncs et de jagleux.
Cy sont a vendre cist chevreux
[63 v°] Et chers et autres venoisons,
Et de la est la grant foisons
D'oues, de jantes et de grues,
3365 Qu'on va portant parmy ces rues,
Et d'autre volaille assez.
Trop (re)pourroit [on] estre lassez
De nommer et de mectre en nombre
Les poissons que l'en vent en l'ombre.
3370 Si povez veoir ou chemin
Planté de poivre et de coumin,
D'autres espices et de cire.
Si sont li changeurs en tire
Qui davant eulx ont leur monnoye,
3375 Cil change, cil conte, cil noie,
— 90 -
Cil dit: a C'est voirs», cil: a C'est mençonge. »
Onques yvres, tant fust en songe,
Ne vit en dormant la merveille
Que cil puet cy veoir qui v(u)eille.
3380 Cil n'y resert mie d'oj^seusez
Qui y veult pierres précieuses,
Et 3^mages d'argent et d'or.
Autre ont davant grant trésor
De leur riche vesselement.
3385 La en a vint, la en a cent
Qui brere font lyons et ours,
En mi la ville es quarrefours.
Viele cil, et cist y chante,
Cil y tumbe, cist [i] enchante.
3390 Cy orriez cors et bousines.
Et les cousteaux par ses (sic) cuisines
Dont cil queu lez viandes couppent.
Qui des meilleurs morsiaux s'encoupent,
Cy a grant noise des mortiers,
3395 Et des cloches de ces moustiers
Qu'en sonne par la ville ensemble.
Y telle feste court, ce me semble,
Mais or est morte en nostre aage,
Pas ne régnent li seigneurage.
[1 r°] Li breton est en Mez entrez :
De tous dont il est encontrez
Est saluez avenaument,
Entr' eulx en font leur parlement
Et dient, si comme il s'amassent:
3405 « Qui sont cil qui par cy s'en passent?
Je cuit que cil biaux, ciladroiz,
Qui siet sur le cheval si droiz,
Est roys ou ducs ou quens sans doubte. »
Galeren les oit et escoute,
3410 S'ezgarde voulentiers la feste.
Ne nulle part ne s'i arreste,
Et ses sergens l'ont avoié
Qui furent davant envoyé
A son hostel, que ilz ont pris.
— 91 —
3415 Moult par est l'ostel de grant pris,
Et l'osiesse vaillant et belle.
Au descendre jus de la selle
Le saluent et bien et bel.
Tous descendent li damoisel,
3420 Si sont monté en une sale
Qui n'est [ne] villaine ne sale,
Ainz est du travers et du lonc,
D'erbe vert jonchie et de jonc,
Et les paroiz a la roonde
3425 Cueuvre[n]t li plus biau drap du monde,
Qu'on a pourtendu tout autour.
Li hostes est de grant atour,
Si [se] scet moult bien entremettre
Du trésor a sauveté mectre,
3430 Et des chevaulx faire hosteler.
Li breton — qu'en vault le celer ? —
Ses compaignons ali apele,
Robe donne a chascun novelle,
Chiére et bonne de grant conroy,
3435 Que chascun semble filz de roy.
Son hoste a revestu de neuf
[1 v] Des autres ne vault moins d'un oef.
Celui jour Galeren s'en tourne,
A son hostel plus ne séjourne,
3440 Ainz va au moustier messe oyr;
Et priera Dieu que joir
Le laist de ce qu'il a affaire.
Apres la messe s'en repaire
A son hostel. Petit demeure,
3445 Quand il entent [de] disner l'eure
Des cors qu'on sonne et des bousines.
Tous les voisins et les voisines
Estourmissent cil menest(e)rel.
N'y a près n'e[n] lointeing ostel
3450 Cler oiant qui n'oye, ne sourt,
L'eaue qu'on va criant a court.
Galeren meïsmes l'entent
Qui a ce met le cuer et tent
— 92 -
Qu'il puit hounour au siècle avoir.
3455 Or li convendra recevoir
Sens etpourveance et mesure
Par quoy li homs en hounour dure.
Car chascun estuet mesurer,
S[e] il veult en hounour durer,
3460 Le chief avant de son affaire.
Et puis après la fin pourtraire,
Et mectre ensemble fin et chief,
Qu'en son affaire n'ait meschief.
Pour ce esgarde li brez et vise
3465 Sa besoigne ainçojs et [a]uise.
Apres n'y voulst plus arrester
Qu'au duc ne [se] voist présenter,
Avant qu'il assiée au mengier.
Car mieulx assez pourra jugier
3470 Du vouloir au duc ainz qu'il boyve,
Mains doubtera qu'il ne deçoyve ;
Qu'il advient que vin fait souvent
Avoir telle chose en couvent
[2 r"] Qui puis va ausques a descorde.
3475 Galeren a aller s'acorde
A la court davant le disner.
Son hoste le scet bien mener
Jusq'u palais au duc vaillant;
Puis li a dit tout en alant :
3480 « Ce grant, a ce tretiz visage,
Qu'on tient tant a doulx et a sage,
Qui siet au chief du doiz lassus
Saluez, sire, c'est li dus. n
Parmjlagent passe oultre estrange
3485 Li brez qui ses compaignons renge :
Davant s'en va, ceulx vont après.
Tant vont qu'ilz viennent du duc près,
Puis ploient les genoiz a terre :
« Dieux qui vint ou siècle nous querre,
3490 Ce dit Galeren le gentieus.
Qui tant fu larges et pieus
Que par son sanc nous rachata
- 93 —
Et de la goule au lou jetta,
Il sault le meilleur duc qui vive.
3495 La renommée cy m'arive
Qui vostre renon partout porte,
Qui dit que vous estes la porte
De tous estranges recevoir,
Qui ont mestier de vostre avoir.
3500 Pour ce ne dy, j'en ay assez,
Pour les biens qu'avez amassez.
En vous vous suis venu requerre.
S'en ay mon pais et ma terre
Vuydé, et laissié tout mon aise,
3505 Pour vous servir, mais qu'il vous plaise.
Qu'avec vous demeurer désir. »
— « Dieux qui tout fist a son plaisir,
Ce [dit] li ducs, amis vous sault,
Et voz gens si li plaist consault.
3510 Bien cougnoys a vostre parole
[2 V"] Qu'avez esté a bonne escole
Ou l'en les sages entroduit.
A droit chemin vous a conduit
Qui a ma court vous fist venir.
3515 Voulentiers vous vueil retenir.
Haulx hom me semblez au visage
Et a l'abit et au coursage,
Mais voulentiers vouldroie enquerre
Qui vous estes et de quel terre.
3520 Tant serez vous plus chiers tenuz. »
— «Sire, puisqu'a ce suis venuz,
Je vous diray, dit Galerens,
Mon père fu quens Alibrens
Et la contesse Yde ma mère ;
3525 Mais perdu ay li et mon père.
De Bretaigne furent seigneur.
Leur mort m'en a mis en l'onneur.
S'(i) ay non Galeren le breton,
Ces varies sont my compaignon
3530 Que j'ay avec moy amenez. »
Li ducs, qui tant par est senez,
— 94 —
Quant du breton a oy tant
Si est levez en son estant,
Vers li s'en va, et comme frans
3535 Le liéve amont parmy les flans.
Si l'a besié en my la face :
« Galeren, si Dieu bien me face,
Ce dit li ducs davant sa gent,
Asseis plus de mil mars d'argent
3540 Ain je et pris vo remanance.
Je fui ja en la court de France
Ou j'en mestier de conseil grant.
La viz je vostre père en grant
De moy conseillier sans faintise,
3545 Contre le roy de saint Denise ;
Et me donna de ses joyaulx.
J'en issy maulgré les royaulx,
[3 r"] Car moult y avoie entrepris ;
En meint lieu la souvent repris,
3550 Et encores bien m'en souvient,
Quanqu'a gentil homme convient.
Gommant qu[e] on vous face avoir
Du mien, ne ja nel(e) quier savoir,
Mais tout vous soit mis a bandon. »
3555 — « Certes, sires, cy a biau don »,
Respont le breton Galerens.
Dont sont sur formes et sus bans
Li chevaliers assis sans plus.
Au chief du doiz s'assiet li ducs,
3560 Si l'a Galeren servy bel,
Et tous li autres damoisel
Savent bien par les rens taiilier
Soit davant dame ou chevalier.
Adonc et autre foiz bien sert
3565 Galeren le duc, bien dessert
L'ouneur d'armes qu'il en atent.
Ou duc biau servir tant atent.
Et tant y puet grant peine mectre,
Qu'a court n'a nul qui entremettre
3570 S'en puit ne souffrir si grant soign,
- 95 —
Quel qui soit (ou) de près ou de loign.
Bien se prent de son seigneur garde,
Mainte belle dame y esgarde.
De bien servir sur tous a los
3575 Soit a table, a rivière, en bos.
Soit en tournoy, soit en estour,
N'y a nul tant y sache tour
Ne tant ait apris d'escremie.
Sans ire est et sans arramie,
3580 Sans meffait et sans desraison.
N'a en l'ostel n'en la maison
Au duc sergent qui ne s'en lot.
Au los avoir met bien son lot,
C'est par robes qu[e] il leur donne.
[3 v°] Et or et argent abandonne
Aux povres chevaliers honteux
Qui sont sej[ou]rnans es hostielx
Par povreté et par mesaise.
Ja n'esconduira riens qui plaise
3590 Ou soit a court ou soit en ville.
En li n'a ne barat ne guile,
Ainz dit et fait bien a chascun,
Et quant il puet noter aucun
Qui est envieux de sa vie,
3595 Par donner le met hors d'envie,
Celi fait il bien et hounoure.
Li ducs me[i]smes prise l'eure
Qu'il le détint en son servise,
Car il le sert a sa devise,
3600 Si li vouldra guer[e]donner.
Ainsi ne fine de donner
Et de servir deux ans li brez.
En ces deux choses est apers,
C'est de donner et de servir
3605 Pour amour et los desservir.
Ainsi sert le jour son seigneur
Mais il (le) sert la nuyt a gregneur
C[e] est amours, a qu[i] il pense,
A qui il fait si grant despence
- 96 -
3610 Du cuer qui pou dort et repouse.
Encontre li souvent oppose,
Souvent se blasme et Fresne prise,
Et dit qu'en maulves lieu s'est prise,
Car en tel homme son cuer met
3015 Qui des biens adez li promet
Ne pour ce un seul ne l'en avient.
Et chascun mojs y va et vient
Un message qu'il y envoie.
4 Galeren ades le convoyé
3620 Et meine en son cuer et ramaine.
C'est aussi com la famé en paine
[4 r°] Qui son baron raaine a Saint Gile,
Et dit : — « Or gist a celle ville,
Demain sera cy qui est près. »
3625 Puis n'en vient il d'uit jours après
Qu'en son cuer de venir le haste.
Souvent desploie et souvent taste
Galeren la manche s'amie,
Quant sa meignée est endormie ;
3630 Souvent l'acole et souvent baise,
S'en a grant déduit et grant aise;
Et long temps ainsi se déporte.
Cil qui s'en va a Fresne et porte
De par Galeren ses escripz
3635 Est ellevez de mauvez criz,
Qu'il est de plusieurs parceuz
Et son affaire est tous seuz.
Si le scet l'abbeesse Ermine
Par une mal pensant meschine
3640 Qui sur Fresne estoit envieuse,
Pour ce qu'elle est de la prieuse
Amée et bien de la maison.
En une chambre en trayson
En a rabba[ejsse menée.
3645 Adonc n'est mie bien senée
La pucelle, ainz se tient a foie,
Car en la chambre, ou el parole
De Galeren a son message.
- 97 —
Li vient, com fait beste sauvage
3650 Que chien ont mort et entreprise,
L'abba[e]sse d'ardeur esprise.
Andeux les voit parler ensemble,
De felonnie et d'ire tremble,
Vers Fresne vient, si li dist lues :
3655 « Mau soiez vous cy a voustre ues
Venue et pour voustre mau preu.
Souvent oez de mon nepveu
Nouvelles dont mon cuer se deulst ;
Vous les sçavez, mes il ne veulst
[4 vo] Que je nulles de luj en sache. »
A tant unes lettres li sache
Si fort des mains et tost a force.
Que d'un des doiz li a l'escorce
A ses oncles sursoulevée,
3665 Com celle qui semble desvée,
Dont le doit l'en a moult doulu.
Tantost com ell' a le salu
Veu que son nepveu li mande,
Si li a dit : « Orde truande,
3670 Com tu m'as ou cuer grant duel mis.
Quant Galeren est tes amjs,
Qui sires est de ceste marche ! s
Les lectres a ses piez démarche.
Et crache par desdeign dessurs.
3675 (( Varlet, or toust, il n'j a plus,
Fait elle a celi, or en voiez !
Garde que si hardj ne soies
Que tu céans james repères.»
Li messages est débonnaires
3680 Et honteux, si doubte la dame.
Vermeil de honte et de diffame
S'est departiz de Biausejour.
Tant erre de nujt et de jour
Qu'il est venu en Lo[e]rreine.
3685 Ceste foiz est la derreniere (sic),
Car Galeren plus n'y envoie.
La mescheance de sa voie
— 98 —
Li a le message contée.
Ne veulst que plus soit hault montée
3690 Galeren la honte s'amie,
Ainz veult souffrir tant qu'endormie
Et obliée soit de tous,
Ne veulst mie ouvrer comme estouz
Ainz soufferra tant qu'il ait armes.
3605 Or se dolouse, or espant lermes,
Ne scet que faire, or se tourmente.
Plus privéement se démente
[5 r°] Qu'il puet et celé sa doulour.
Souvent sent froit, souvent chalour,
3700 Quant il pense a sa nourreture.
Et autre foiz se remesure
Qu'il esgarde en son cuer, et note
Que trop penser maint homme assole,
Quant l'en le voit a chose entendre
3705 Dont encore ne puet fin prendre.
Si s'en esbat et se conforte
Et entre la gent se déporte.
Ce li est de grans sens venu.
Pour ce qu'en voit plusieurs chanu
3710 Viel et fronchié de grant aage
Qui ne puet vaincre son courage.
Pour Galeren souvent endure
Fresne villanie et laidure,
Chascun la lesdenge et assault.
3715 Amictiez d'acquest rien ne vault,
Ce puet Fresne leans veoir,
Mais fiance en son savoir;
Amis charnelz vault plus qu'avoir,
Elle n'a leans nul povoir,
3720 Car quant sa dame la rancune
Chascun li dit let et chascune.
Las ! la n'a parens ne cousins,
Ainz demeure entre maulx voisins
Belle Fresne. Or est espleurée,
3725 Or li griefve la demourée
Du breton qu'el ne puet hair.
- 99 -
Quant il commence a meschair,
Aoneschant si li meschiet.
Or trébuche Fresne, or deschiet,
3730 Or li est fortune envieuse,
Orli monstre chiére cruieuse,
Or li pleure qui li seut rire,
Or la commence a desconfire
Par ses biens qu'elle li retaille.
[5 V] Le bon Lohier a mis en taille
La mort et a ravj du monde.
Par confession nette et monde
Le fait Dieux user de ses biens
En paradis avec les siens,
3740 Ou nous puissons tous adressier.
En Fresne n'a que courroucier
Quant el voit mort ses bons parreins.
Pour tout l'or qui es(t) jusqu'à Rains
Ne le voulsist, si eust droit,
3745 Que aidé li a en bon droit
Et bien ensaignée et aprise.
S'avoit rabba[e]sse reprise
Souvent davant mainte nonnain
De ce qu'elle heoit Fresnein,
3750 Si s'en relaschoit l'abba[e]sse.
Maint bon servise et mainte messe
En a fait chanter de loujer
Fresne pour son parrein Lohier.
Cil qui tant fu [et] doulx et frans
3755 Lj a laissié d'esterlins blans
Quarante mars de son avair (s/c),
A son vivant li fist avoir
Pour ce qu' il [l]i avront mestier.
Chascun jour list Fresne un saultier
3760 Qu'a sauveté puit venir s'ame.
Ne ja n'orrez mes duel de famé
Que l'en doie au sien comparer.
La mort li fait chier comparer
L'amour qu'elle avoit au prodomme.
3765 Ce duel et cel annuy Tasomme
Oniversii;,. ~
— 100 —
Qu'eir a du bret qu'il ne repère.
Il n'est mal qui premier n'apere
En vis, si taint le sien sa face
Qui sa belle couleur efface.
3770 Si devient pale et tainte Fresne.
Oiant la prieuse, l'aresne
L*abba[e]sse, qui tant est fiére.
De son semblant et de sa chiére
[6 r'] Qui de jour en jour li empire
3775 Si li a commencé a dire :
« Fresne, il estuet son cuer refraindre
De chose ou l'en ne puet attaindre.
Vous estes jaune(s) comme cire:
Foie est la famé qui se mire
3780 Qui tel vis com vous portez porte.
Il semble que vous soiez morte
Tant estes et mortie et flestre.
Menez vous tel duel pour vo mestre
Ou pour Galeren mon nepveu?
3785 Vous avez voué aspre veu
Se pour Dieu en vo(i)ez la chose
Qui vostre char vous a forclose
De la biauté qu'avoir souIez.»
— ((Vous dictes ce que vous voulez,
3790 Respont Fresne qui pleine est d'ire,
Vous me povez, dame, assez dire
Com bien parlant et escollée.
Cil qui au mieulx de la meslée
Est seurement (se) puet combatre.
3795 Legiérement me puet abatre
Qui a moy se veult prendre a luite.
Bien sçay que cuer enfrain s'aquite
Qui s'escume rent parla bouche.
Dit avez ce qu'au cuer vous touche
3800 A celle qui povre est d'avis.
Si j'ay mon cuer a douleur mis
Il est droiz que mon cuer s'en sente
Je n'ay mie mise m'entente
Si en veu que je pour Dieu face
— 101 —
3805 Que pour ce soie laide en face ;
Mais vous devez tainte estre et perse
Qui par veu vous estes aerse
A Dieu, si vous devez pener,
Par veillier et par jeûner,
3810 Par aulmosne, et par oroison,
D'aller en la haulte maison
[6 v] Ou entreront et saint et saintes.
Les nonneins doivent estre taintes
Et en mal aise a Dieu servir,
3815 Si que le puissent desservir.
Et vous qui tant par estes sage
Ne devez mie dire oultrage
A famé qui du siècle fust.
Suis je de pierre ne de fust
3820 Que tousjours puisse estre hetiée? »
— « Moult avez la langue affaictiée,
Fait la dame, belle fillole.
Qui a fol se prent ou a folle
Ne désert qu'on le prise guaires,
3825 Pour ce que langue de maleres
Fait bon eschever qui pourroit,
Et pour ce que mon cuer vourroit
De tous biens et hounours joyr,
Vous vueil faire entendre et ojr
3830 Une chose que je vueil dire.
Le los de vostre corps empire
Qui tant souloit estre plaisans,
Et les gens sont moult mesdisans.
S'estes d'amis povre et d'avoir
3835 Moult bon gré devriez savoir
Qui vous donroit vo guarison. »
— « Dame, vous dictes bien raison.
Ce dist Fresne, et bien le voulrroie {sic)
— Celle respont : « Je vous feroye
3840 Moult voulentiers céans nonnain. »
— « Par saint Denis, ja de Fresnein,
Dit Fresne, ne ferez rendue.
J'ay si aprise et entendue
-^ 102 -
Joie qu'en seust mener en cloistre,
3845 Que je n'y puis m'onneur accroistre.
Nuls n'y fait euvre qui Dieu plaise,
Chascune se rent pour vivre aise.
Pour ce encore ne me vueil rendre.
Si je vueil a rendage entendre
[7 Pc] Je m'en istraj de Biausejour,
S'entreraj en plus dur séjour
Pour eschever aise et délit.»
— « Quel déport avez vous eslit,
Fait rabba[e]sse, et quel houneur?
3855 Vouldrez vous donc prendre seigneur?
Guidiez vous donc estre royne ?
Bien pourchassiez vostre ruyne
Com garce baude et lecheresse.
Galeren vous fera contesse !
3860 Atendez le tant que vous preigne.
Par Dieu bien voy vostre bartaigne,
Bien barcaignes vostre grant honte
Si vous cuidez famé estre a conte.
Mais si Dieu plaist ja n'avenra ;
3865 Ains sachiez qu'il vous convenra,
Se diz ans vivez, avoir peine,
Pour du pain peignier autre laine
Etdechiez laver pour m[a]aille. »
— ■ « A Dieu ne plaise qu'ainsi aille,
3870 Ce dit Fresne a madame Ermine.
L'en voit mainte povre racine
Dont verge assez grellete vient
Qui puis arbre portant devient.
Si je suis povre et foible et lasse
3875 Je ne suis mie de cuer basse,
Car basseté de petit cuer
Met souvent famé a petit fuer,
Et qui chace oisel oisel prent.
Mon cuer, madame, si m'aprent
3880 Que je ne face aultre mestier
Le jour fors lire mon saultier
Et faire euvre d'or ou de soie,
— 103 —
Ojr de Thebes ou de Troye,
Et en ma herpe lays noter,
3885 Et aux eschez autruy mater,
Ou mon oisel sur mon poign pestre.
Souvent ouy dire a mon maistre
Que tel us vient de gentillesse.
[7 v°] Tant le vueil mon cuer-s'i adresse
3890 Que je n'en pourroie estre lasse.
S'or peust estre que j'amasse
Un conte dont je fusse amée,
Encor puisse je estre clamée
Contesse et dame de grant terre. »
3895 -- « Allez en Lo[e]rraine querre
Galeren, ce respont la dame,
Soit vo baron et vous sa famé.
Je cuit qu'aussi y pensez vous. »
— u Dame, dit Fresne, mes espous
3900 Pourroit il, si Dieux vouloit, estre;
Qu'en aveu maint povre prestre
Que l'en sçavoit bien entechié
Venir a grant arceveschié.
Aussi puet povre famé avoir,
3905 Ainz qu'elle meure, grant avoir,
Qu'avoir ne nest mie avec Tomme.
Telz est riches qui en la somme
Vient de richesse a povreté,
Tel ra povres au nestre esté
3910 C'on voit puis mourir en richesse.
Hom qui ayme senz et proesse
Ne se devroit ja esmayer.
Car Dieux le savra bien paier. »
Or voit de quel pié Fresne cloche
3915 La dame qui son cheval broche.
Ire la transporte et ardure.
Sa langue broche oultre mesure
Qui li desvoie le courage.
A Fresne a dit par grant oultrage :
3920 «Vieus garce, chioche couée.
Qui fustes la dehors trouvée
— 104 -
Sur le fresne davant ma porte,
Com par vous surmonte et tresporte
Mauves orgueil et lecherie,
3925 Quant de si haulte deverie
Vous estes davant moy vantée ? »
[8 r°] — « Or estes vous trop enchantée
Quant de ce m'avez mis en voje
Que de vérité ne savoye.
3930 Bien m'en avez conté le voir?»
— « En vous nourrir aj bien l'avoir
Despendu qu'en vo bers trovay.
De folie voir me grevay
Quant sur le fresne vous fiz prendre,
3935 Pour ce que je vous vy si tendre.
Vous fiz je davant voustre (sic) autel
Avoir baptesme, pour le sel
Qui fu trovez en la chevesce.
Un oreillier de grant richesse
3940 Aviez dessouz voustre teste,
En un drap plain de mainte beste
Et d'autres diverses figures
Ouvrées selon leur natures
De fil d'or parmy soie entret.
3945 Voustre non a l'arbre retret.
Car il demoustre et si devise
Que sur le fresne fustes prise,
Pour ce estes vous Fresne nommée.»
— « Tout n'en soit il pas renonmée ? a
3950 — «Si vous ay je conté vray conte;
Et pour accroistre vostre honte
En verrez ja la vraie enseigne. »
Lors par une sue compaigne,
A qui el fait les clefs baillier
3955 Envoie querre l'oreillier
Et le drap ouvré de fil d'or,
Qu'eli' a gardé en son trésor.
Le bers avec emporte celle
Ou fu couchie la pucelle.
3960 Dont li monstre tout rabba[e]sse;
— 105 —
« Fresne doit bien estre contesse,
Fait elle, et venir en povoir,
Qui son tesmoing puet cy v[e]oir.
Ceens estvoustre cougnoissance. »
[8 V] — « Dame, en y puet los et puissance,
Dit Fresne, mieulx noter que honte.
Par ce doj estre famé a conte
Qui la chose saroit entendre.
Par ce me puet cons ou rojs prendre,
3970 Car j'en voy cybon tesmoignage.
Ce drap note moult liault linage,
Qu'avoir me pourroit a mouUier,
Je sçaj bien par cest oreillier,
Vo niés Galeren de Bretaigne.
3975 Bien le me moustre ceste enseigne
Qui me tesmoigne a gentil famé. »
Par telz mos a Fresne sa dame
Empaint en si grant fellonie
Qu'elle Ta de leans banic,
3980 Mais que son drap li a rendu,
Qu'ele(n) n'avroit mie vendu
S[e] el[e] en avoit cent mars pris.
L'oreillier qui est de grant pris
Prent lapucelle avec le drap.
3985 Le bers qui n'est mie de sap
Ne voulst recevoir par despit,
Ainz li a dit : «Dame, respit
Me donnez jusqu[es] a demain. »
Puis li rent le bers en la main,
3990 Si li a dist : « Tenez, madame,
S'il a céans nonnain ne famé
Qui mestier ait d'enfant couchier.
Vous devriez avoir moult chier
Qu'elle fust de ces[t] bers aidée.
3995 Sij'aj voustre maison vuidiée,
Au départir c'est sans ordure. »
L'abba[e]sse pleine d'ardure
La lesse a tant et si s'en tourne .
Et Fresne tout ce jour s'atourne,
— 106 —
4000 Qui le drap prent et Foreillier;
Tant se peine d'appareillier,
Et de son hernajs emmaillier [sic),
[9 r"] Qu'il n'y a mes que de l'aler.
La pucelle tendrement pleure,
4005 Avec la prieuse demeure
En sa chambre le jour en cloistre.
Or commence le duel a croistre
A la prieuse pour son frère
Dont elle maine vie amére,
4010 Et pour sa fillole Fresnein.
Pour li ne pour autre nonnein
Ne voulst plus Fresne demourer.
Toutes commencent a pleurer
Pour li comme s'elle fust morte.
4015 Fresne la prieuse conforte,
Si li a dit : « Doulce marraine,
Ce siècle est plein de toute peine.
De trayson, d'orgueil, d'envie
Est conciliée ceste vie.
4020 Gens y ont une foletesche;
Qui plus y est et plus y pèche.
Le plus grant y est plain d'ordure.
Ce que chascuns petit y dure
Et qu'il y meurent foible et fort
4025 Vous devroit donner resconfort
Du bon Lohier dont il vous poise.
Ne puis laissier que je ne m'en voise,
Et ne pourquant je demeurasse.
Mais il n'a ancelle si basse
4030 Ceens ne garson qui y serve,
S'il vouloit, ne me clamast serve,
Truande, avolée ou couvée.
S'en seroie assez plus grevée
Que de vous ou d'une autre dame,
4035 Cil qui puet joindre corps et ame,
Et qui a povoir de deffaire,
Vous vueille a sa partie traire
Des grans biens que vous m'avez faiz.
— 107 —
S'il a céans qui soit meffaiz
4040 Ne homme ne famé vers moy
[9 v°] Je leur pardon, et si leur proj
Mercj, si vers eulx suis mesprise,
Dieux puist essaulcier ceste église
Et défendre ses biens en terre
4045 De feu, de tempeste et de guerre,
Et de madame ma marraine
Face il en paradis reyne,
Et li rende les biens a Famé
Qu'elle m'a fait ma bonne dame.
4050 Car elle m'a nourrie a aise. »
Chascun acolle, chascun baise,
A tous print doulcement congié.
A pou que ne sont enragié
Plusieurs de duel de la pucelle.
4055 N'y a nonnein, ne damoiselle,
Ne clerc, ne sergent qui ne die :
« Dieux] com est de foie enresdie
Madame et de sotie plaine,
Quant ceste pucelle ainsi meine,
4060 Et ainsi l'en fait aller seule.
Mal ait et la langue et la gueule
Qui ce mantalent y a mis.
Ha! belle Fresne, sans amys.
Com estes hors d'autre confort !
4065 Or vous envoit Dieux conseil fort
Et il vous deffende de honte.
Moult ayme son nepveu le conte
Madame qui congié vous donne.
Pleust a Dieu qui abandonne
4070 Son soleil a tous en commun
Qu[e] endui ne feissiez q'un
Par force de saint mariage ! »
Ainsi blasme chascun l'outrage
Et le forfait de l'abbeesse.
4075 La prieuse le jour ne cesse
De faire duel et de pleurer,
Quant Fresne ne veult demourer.
— 108 —
Bien li seust faire s'acorde ;
Mais Fresne point ne s'i acorde.
[10 r"] S'(i)a jusqu'à demain attendu
Que Dieux a le cler jour rendu.
La pucelle matin s'esveille,
Sa harpe et sa maie apareille,
Et pour 11 mieulx porter l'afeste ;
4085 Quant la prieuse s'en deshete
De ce qu'aller a pié s'en veulst.
Le cuer de grant pitié s'en deulst,
Si li donne sa mule lues
Ou li hernays est frois et nefs {sic),
•4090 Que son frère li achata.
Oncques sur meilleur ne monta
Famé pourli porter a aise.
Les piez a la prieuse en baise
De fine joie la pucelle.
4095 Sa maie fait derrier sa selle
Trousser, et met sa harpe au coul.
Gente sambue et pennel mol
A la mule et le frain doré.
Au monter a Fresne plouré
4100 Et est au départir troublée.
D'une chappe s'est affublée
D'un pers drap de Flandres moult chier.
La prieuse li voulst chercher
Sergent ou garson ou compaigne.
4105 Fresne avec li mener ne daigne ;
N'en a, ce dit, talent ne cure,
Car la terre est moult bien seure.
Serjans avra a voulenté,
Qu'ell' a de l'avoir a plenté
4110 Pour faire despens vespre et main.
Escourgieez tient en sa main
Nouéez et dures de ners
Ne sçay ou de buef ou de cerfs.
Puis se tourne vers sa marraine,
4115 Au départir du chief s'encline
Et tous ceulx qui sont au mouvoir.
— 109 ~
Autre[s] saluz n'en pue(n)t avoir
[10 V] La prieuse, car la grant ire
Et la pitié ne li lait dire :
4120 «A Dieu vous commans tous ensemble ! »
Sur la mule qui souef amble
S'en va Fresne et départ a tant.
Et l'a prieuse en démentant
Prie Dieu qu'i[l] l'a gart et port
4125 A droit chemin et a droit port.
Puis l'a beneye et seignée,
Et com Dame bien enseignée
Arriére en son cloistre s'en vient.
Ne scet puis que celle devient
4130 Qui s'esloigne de Biausejour
Et erre seule toute jour.
Belle Fresne chemine seule
Cui une garce par sa gueule
A fait laissier sa nourreture.
4135 N' i âmes mise trop sa cure
Ainz s'en esbat et biau déporte,
Et la mule souef l'emporte
Qui de fresche nef est plus blanche.
Le cuer a Galeren li penche,
4140 N'a autre chose plus ne tache ;
Le duel de Biausejour l'en cache
Et le pencer de son amy.
N'a l'ueil ne le cuer endormy,
Ainz va laiz et chançons notant.
4145 S'a de journées faictes tant
Que conter en puet l'en près d'uit.
De soulaz et de grant déduit
Est aux hostelz ou elle vient.
Nulle plus sage ne convient
4150 Ne pour conter, ne pour paier.
Si ne l'estuet trop esmaier
De riche lit net et qui plaise.
Souvent la fait gésir a aise
La bonne herpe qu'elle porte,
[11 r°] Dont souvent ses hostes déporte,
— 110 -
Qu'a pou ou aneent esco(u)te.
Elle n'est englesce n'escote;
Ainçoys qu'elle voist asseoir
Veult elle sa mule veoir
4160 S'elle est a ese. Ainsi s'em passe
Et ainsi erre tant et lasse
Qu'eir est dedens Rouen entrée.
Ne s'est en la ville moustrée,
Ne veult que nus ou vis la voye,
4165 Ainz chevauche toute la voye,
Soubz sa blanche guimple embronchie.
Mainte rue a le jour cerchie
Et prie a Dieu que il l'avoit.
Une moult riche maison voit,
4170 A Fuis se siet une bourgeoise
Moult débonnaire et moult courtoise,
Qui veufve femme est [et] moult franche.
Nommée fut par droit nom Blanche.
Delez li se siet sa pucelle
4175 Et une sienne fille belle
Qui assez est de joenne aage.
Et belle Fresne comme sage
La dame et celles biau salue.
N'y a celle ne soit saillue
4180 Enpiez et qui ne li responde :
« Belle, Dieu qui créa le monde
Vous puit a joie maintenir,
Et bien puissiez vous ça venir.
Qui estes vous? dont estes née? »
4185 Et Fresne respont com(me) senée
Si a dit a la dame avant :
« Dame, moy ne les miens ne vant.
Ne ne[s] abes, ne ne les haulx.
Brete sui, s'ay a non Mahaus,
4190 Si suis une pucelle estrange
Qui n'ay terre maison ne grange,
Ne rente dont je puisse vivre.
[11 Vo] Je ne sçay fors tenir mon livre
Et en ma harpe laiz chanter ;
— 111 —
4195 Et des esches me puis vanter
Et des tables qu'assés en sçay.
Ne n'a jusque{s) ou pays d'Ausay
Femme ouvrant mieulx d'or et de soye,
Ne je ne doubt ou que je soye
4200 Que ne me garisse a hounour.
Foie ne suis ne n'ay seigneur
Ne poursuite de compaignon
Se la de Dieu le puissant non.
Ne n'a en moy barat ne guille.
4205 Mon vueil meindroie en ceste ville
Que moult l'ay oye nommer.
Si vous me vouliez louer
Vostre oustel je le lou[e]roye,
Ou pour l'amour Dieu le prenroye.
4210 Et pour Dieu (le) vous requier et proy,
Se messeant veez en moy
De villanie et de ramposne,
Du chastier ferez aulmosne.
Et sedepartir ne m'en vueil
4215 Pour vo(us) chastoy, pour mon orgueil,
Mettez moy de vostre hostel hors.
Tant cuit de bien en vostre corps
Et tant de bonne gent estraicte,
Qu'entour vous ne me seroit faicte
4220 Ne honte ne laide hantise. »
La dame ses paroUes prise,
Mais elle li respont : « Amye,
Herbergeresse ne suis mie ;
Damedieu vous puis[t] herbergier.
4225 Nous ne savons mie jugier
Ce que cha[s]cuns pence dedens.
Bel ahurte la langue aux dens,
S'avez bien ditte vostre queste.
Bien fait qui pour Dieu Fostel preste
4230 A ceulx qui en sont besoigneux.
[12 r°] A maint bon toulst li engigneux
Et li guillierres le bienfait.
Le bon souvent mescroire fait
~ 112 —
Li maulves homs que l'en houneure.
4235 Allez avant, Dieu vous secoure. »
Or est Fresne toute abatue,
Aussi com s'en Feust batue.
Quant la dame oit ainsi parler,
Passer s'en veult oultre et aller,
4240 Mais la fille a la dame en pleure
Et ainsi comme Dieu aeure
Joint ses mains et dit a sa mère :
« Deme, de l'ame mon bon père
Aiez pitié liuj en cest jour.
4245 Pour Dieu trayez en a séjour
En vostre hostes (sic) ceste pucelle
Qui tant est avenant et belle,
Et simple, et de bon lieu venue.
Elle n'est ne povre ne nue
4250 Ne ne semble famé mauvaise.
Certes j'en gerray plus aese
S'elle gist céans avec moj. »
La mère l'en a fait octroy.
Puis apelent et font descendre.
4255 A la mule scet bien entendre
La fille a la dame aaisier.
Fresne qui tant fait a prisier
Est haultement leans servie.
Entr' elles mainent bonne vie ;
4260 S'est asseur elle et sa chose.
La fille a la dame a non Rose,
S'(i h)ounoure Fresne quanqu'el puet
Et sert si bel com il estuet.
Moult va entour li et moult l'aime.
4265 Damaiselle Mahault la clame.
Ainsi se fait Fresne nommer.
Ne se veult mie renommer
Ainz veult que partout l'en l'oublit.
[12 V*] Elle et Rouse n'ont q'un seul lit
4270 En une chambre nette et clére.
Li et sa fille fait sa mère
Davant li tout adez gésir.
— 113 —
En tant a Fresne son désir
En ce qu'eir est bien hebergie,
4275 N'est de la dame ledengée
Mais hounourée et chier tenue,
Et est liée de sa venue
Qu'elle la voit et sage et simple.
A Rose donne mainte guimple
4280 Et maint tjssu et mainte atache.
De son mestier veult qu'elle sache,
Or l'en aprent, si fait que gente.
Tant en retient et met s'entente
Que bien euvre de soie et d'or,
4285 Dont elle assemble bon trésor
Qui moult mielx li vault de sa terre.
De la cité viennent requerre
Fresne leans tout li plus hault
Qui se fet appeller Mahaut.
4290 A famé la veust chascun prendre ;
Si les en voit en entreprendre.
Mais ilz ne sçavent qu'elle pence.
Maint avoir y est en despence
Et mainte lance en tronchons mise.
4295 Hault homme aroit a sa devise
S'elle vouloit baron avoir.
Leans g[a]aigne grant avoir
En draps qu'elle euvre et qu'elle vent.
Loyaux est et de bon couvent,
4300 Ne veult mentir quar pechié doubte.
Madame Blanche fournit toute
Et la meingnie d'un et d'el.
Ne se muet oncques de l'ostei
Fors quant elle va au moustier.
4305 Chascun jour lit de son saultier
Le quart, le tiers ou la moitié.
[13 r°] Des povres gens a grant pitié
Si les repest de sa gaaigne.
Ne prise ne ne contredaigne
4310 Ceulx qui l'aresnent de folie,
Trop ne se vante ne humilie
8
— 114 —
Ne ne va vagant par la ville.
Les guilleurs déçoit et guille
Car bien se scet d'eulx délivrer.
4315 En sur jour entent a ouvrer ;
Mais au ma(t)in et a la vesprée
A sa herpe bien atrempée
Ou elle note laiz et chante.
Le jeu d'eschees par festes hante
4320 Et joue a dame ou apucelle ;
Ne semble villainne, n'ancelle,
Qui son corps esgarde et son vis.
Ainz est bien a cbascun avis
Qu'a conte soit fille ou a roy.
4325 Sans villanie et sans desroy
Est ainsi plus d'an et demy ;
Et pence ades a son amy
Que tous autres en met arriére,
Comme amie vraye et entière.
4330 Ainsi se tient Fresne a séjour
Quant elle yssi de Biausejour.
Sans plus targier en la sepmaine
La prieuse qui en fu pleine
De grant mau talent en fu sage :
4335 A Galeren par [un] message
Fait conter tout privéement
L'ennuy et le département
De Fresne qui tant l'aime fort.
Avec li fait noncer la mort
4340 Son maistre qu'i[l] tant pot amer.
Quant li Brez oit le mot amer
De la belle Fresne s'amie,
Si tient s'antein a ennemie.
Car le coup li donne mortel
4345 Ce qu'elle l'a de son hostel
■13 v°] Par sa felonnie hors mise,
Et si ne scet en quelle guise
Il la puit trover n'en quel terre.
Par vingt messages la fait querre.
4350 C'est par le pays de Bretaigne
— 115 —
Et d'ilecques jusqu'en Espaigne,
Et en Provence, et en Gascoigne,
Et en France jusqu'à Couloigne,
En Flandres et en Normendie,
4355 Oultre les mons en Lombardie,
En Tosquane, en Fouille, en Cecille.
Ne remeint bourc, cité ne ville
Ne en Hongrie, ne en Frise,
Qu'en ne Tait demandée et quise.
4360 Cherchie l'ont et quise un an.
Et vous desconfit Galeren,
Quant il ne scet ou elle habite.
Or est sa joie ausques petite.
Souvent se prent a dementer
4365 Et son gent corps a regreter :
« Fresne, fait il, belle jouvente.
Plus aj que je ne seul entente,
Plus aign que je ne seul assez,
Ja mes jour n'en seray lassez ;
4370 Car nuls ne s'en doit ja recroire.
Comment me pourroit ja mes croire.
Autre famé quej'aymeroie
Se ceste amour laissier vouloie.
Mau dehez ait qui la laira.
4375 S'elle vit elle reperra,
Et si Dieu a de moy envie
Qu'o li en ait l'ame ravie.
De mon duel m'eust osté hors
S'il eust l'ame et moy le corps.
4380 S'est couvoiteux de tout avoir
Quant je ne sçay de li le voir. »
Plus que davant se desconforte.
Or veulst cuidier qu'elle soit morte
[14 r°] Quant savoir ne puet son repair.
4385 Dieux ! en quel terre et en quel air
Maint m'amie la débonnaire ?
Dieux ! a quel point me puis atraire
S'elle est morte? Tu l'ameras,
Ja pour ce t' amour ne leras.
— 116 —
4390 Leras ? ainz t'estuet autre prendre
Puis qu'en li n'a fors os et cendre
Qu'on ne doit v[e]oir ne toucher.
Tu doiz autre amour encerchier ;
Ce n'est riens d'amer famé morte.
4395 Certes le cuer a ce me porte
Qu'amer la vueil morte ou vivant.
Ne seront mie bien prouvant
Ceulx qu'[en] amours la mort départ.
Je ne suis mie de leur part,
4400 Car s'ell' est morte amer la vueil.
Dieux! que sont devenuz cy oeil,
Son biau nés et sa doulce face ?
La mort qui tout trouble et eflface
A ceste cy prise et laciée.
4405 Li a elle pour ce effaciée
Sa couleur et sa grant biauté ?
Nennil. Trop aroit cruauté,
S'enchargiée l'as mort villaine!
Dieux ! en peust en sentir l'aleine,
4410 On la voit en venir n'aler !
Com bon fu nez qui Tôt parler,
Et qui oit les laiz qu'elle note !
Par foy, je cuit qu'elle rasote
Qu'a autruy puet avoir couvent.
4415 Qu'avenu est, s' avient souvent
Qu'amours pert ausques son povoir
Quant li amans ne puet veoir
Ce qu'il désire donc long temps.
De tant suis je vers amours frans
4420 Qu'onques m' amie ne trahy,
Et se elle m'a enhay
("14 vo] Ne la vueil je pas pour ce hayr :
Qu'a leauté ne scet trahyr.
Trahy r? j a ne la trahiray,
4425 Ne ja pour ce ne la herray
S' elle me het. Tu diz oyseuse,
En elle sage et noiseuse.
Si s'est muciée a escient
— 117 —
Pour ce qu'en la va enuiant
4430 De ce que je suis ses amis.
Si j'estoie ou reperier mis
En Bretaigne, pour que V seust,
Et el vie et santé eust,
A moj vendroit tost com an [sic) sien.
4435 Or li dont Dieux hounour et bien
Ou qu'elle soit. N'en sçay que dire.»
Privéement esgarde et mire
L'ymage de Fresne en la manche
Galeren, qui de rien n'estanche
4440 Sa douleur qu'il porte ainz l'essaulce ;
La manche vers sa bouche haulce,
Si la baise et touche a son vis.
Tant li plest qu'il lui est advis
Qu[e] il s'en sente un pou plus sain,
4445 Puis la met arriére en son sain.
Et quant il repence a son'maistre
Si li commencent es yeulx nestre
Les lermez qu'en parfont cuer puise.
Ne puetestre que ne li cuise,
4450 Et que grant duel ne l'en soit pris,
Car il Tôt doulcement apris.
En de s'accorde cuer et corps,
Car duel de cuer pert par dehors.
S'en son cuer a li brez douleur
4455 Par dehors pert a sa couleur.
Si que le corps ja l'en empire.
Si commencent plusieurs a dire :
a Com changie et mue (est) Galerens
Qui souloit estre biaux et blans.
[15 r°] Com a perdue sa biauté !
Il a aucune enfermeté,
Ou c'est amours qui le travaille.
Puis qu'il jeune tant et veille.
Et qu'il ne gist, ainz va et vient,
4465 D'aucune amour voir li souvient.
Esmerée est espoir s' amie
La fille au duel (sic) Il n'entre mie
Ainsi en chambre pour oiseuse.
Se ele en estoit angoisseuse
4470 Et il angoisseux, si la preigne.
En est il conte de Bretaigne?
N'a il en li hault homme et riche ? »
Fait 11 uns : « Le duc d'Osteriche,
Guimans, enespant meintes lermes
4475 Qui le duc sert pour avoir armes.
Haulx homs est et de grant affaire.
Elle n'a de s'amour que faire.»
— « Comment qu'il aient oultre mesure,
Fait li autres, s'(i) a plus sa cure
4480 Ou breton amer qu'en Guynant. »
— « Qu'elle le voit plus avenant,
Ce dit le tiers, et plus adroit. »
— a Par foy, fait le quart, elle a droit.»
Ainsi devisent et parollent,
4485 Tant que les novelles en voilent
Jusqu'à Guynant, tant qu'il entent
Que fous est cuer d'omme qui tent
Vers famé, et qu[i] amer trop l'ose.
S'il ne l'a si estroit enclose
4490 Que du tout en soit en fiance.
A Guynant avoit aliance
D'amours la fille au duc de Mez,
Que rompre li a fait le brez.
Sur ce qu[e] il ne s'en prent garde.
4495 Quant Esmerée un jour l'esgarde,
Pour li jusques ou cuer se blesce,
S'en seuffre lonc temps la destresse,
[15 V] Qu'a Une s'ose descouvrir.
« En la fin m'estuet il ouvrir,
4500 Fait Esmerée en son pourpens,
A Galeren ce que je pens.
Car la santé est bonne acquerre.
Comment? Veulx tu doncques requerre
Le breton d'amours tout avant?
4505 Tousjours mes te seroit davant
Mis ytel ledure et tel honte.
— 119 —
Qui chaut? puisqu'a nulle ne monte
Fors a moj si je faz folie.
Et quant je n'ay de moy baillie,
4510 Qu'amours me mestroie et justise,
En lieu de moj en soit reprise
Et seue en soit la reprouvance.
S'issir hors de ma mesestance
Lessoie par maulves orgueil
4515 Gardé avroye en maulves fueil.
Se li dy, pour ce seray sage.
Mais s'il a en li tant d'oultrage
Que recevoir m' amour ne veille
Toute la honte l'en accueille,
4520 Qu'a moy ne vendra elle mie.
Puis que je seroie s' amie
Et il ameroit mielx autruy.
Si le les amour et a luy. »
Ainsi devise la pucelle.
4525 Ce li fait dire l'estencelle
De s'amour qui l'eschaufe et point.
Or ne veult Guynans avoir point
A Galeren de priveté
Qu'il cuide qu'il ait baraté.
4530 Bien l'aparçoit et bien le sent
Mais Galeren point ne s'asent
De pourchassier ytel domage
Que li fait entendant sa rage.
De néant vers li ne mesprent.
4535 Des ore congnoist et aprent
[16 r°j Que Guynans let semblant li fait.
Puis que [de] riens ne li meffait
Assez le met en biau déport
En quel lieu que besoign l'aport.
4540 La duchesse Galeren ayme,
Par bonne amour son fil le clayme,
Et fait lez sa fille seoir
Souvent, quant il la va veoir.
Et il si vient esbanoyer
4545 En ces chambres pour ravoyer
- 120 —
Son cuer et traire a droite entente.
Esmerée, qui moult est gente
Et plaisant, le scet bien atraire.
Pour amesurer son contraire,
4550 Et pour li qu'il veult conforter.
S'en va un[e] heure déporter
A li Galeren, s'est assiz
Ausques maz, doulens et pensiz.
Esmerée li fait [grant] feste :
4555 Un chapel qu'ell' a en sa teste
Li met sur le sien et assiet,
Qui Galeren point ne messiet,
Puis le regarde en my le vis :
(( Galeren frère, il m'est avis,
4560 Fait privéement la pucelle,
Que vous estes dessouz l'esselle
D'une plaie bleciez oscure,
Ou il ne pert point d'ouverture ;
Ainz avez playe sans pertuis.
4565 Congnoistre n'oriner ne ruis
Voustre mal fors a la couleur.
Si vous sentez au cuer douleur
Qui vous voie grevant par covrir.
Vous la devez moult bien ouvrir
4570 Et moustrer la dont vous cuidiez
De vostre mehaign estre aidiez.
Dictes moy si je vous dy voir. »
[16 v°] Or puet Galeren parcevoir
Quanque Esmerée note et pence,
4575 Et voit qu'il n'a en li deffence
Qu'elle ne soit s'il veult s'amie.
La pencée a toute endormie
En Fresne dont il !i souvient.
Or voit celle qu'il i convient
4580 Dire plus ouverte parolle ;
Le breton qui se taist acolle,
Si li a dit : a Galeren frère,
Aiez vers moi la chiére clére.
Si ne me tenez a estoute,
- 121 —
4585 Si je suis en vo commant toute
Pour vous oster de ce mahaign. »
Cil n'a cure de tel gaaign,
Ains li a dit courtoisement :
« Damoiselle, de l'oignement
4590 Ne suis je mie bien certains
(Pour ce qu'il m'est ausquesloigteins),
Dont ma plaje puet estre saine.
Si suis navrez en [i]tel vaine,
Que me(di)cine nulle n'y vault
4595 S'elle n'a celle qui lui fault.
Elle li fault, ce poise moy.
Nulle garison cy ne voy
Qui de mon mal me puist aidier. »
— (( Dont ay je en fol cuidier,
4600 Fait celle, et vueil boire la mer
Quant je met peine a vous amer.
Et ne pourquant amer vous vueil,
Ja ne leray pour voustre orgueil,
Car qui bien ayme il se humilie.
4605 Puis que hors suis de ma baillie,
Et en vous me suis du tout mise.
Je verrai vostre gentillise
Tant (quant) qu'elle s'acort et assente
La ou j'ay tournée m'entente. »
4610 Cil s'est de li tourné a tant,
17 r°] Si l'a laissie démentant
D'une amour qui pleine est d'oiseuse.
Le bret la tient a oultrageuse
Quant de li amer s'entremet.
4615 Esmerée tout son cuer met
A li amer, comment qu'il preigne,
Ne ne laist qu'a li ne se pleigne
Quant elle en a laisir et temps.
Tant que l'en dit que Galerens
4620 Va a Guynant s' amie emblant.
Si l'en monstre cil let semblant,
Et het quanqu'il puet et rancune
Le bret qui ne pence qu'a une,
— 122 —
Tant en est loyaux et surpris.
4625 En bon renon et en hault pris
A entour le duc demouré
Quatre ans. Si Ta moult hounouré
Li ducs et amé son servise.
Tant qu'en son cuer voit et devise
4630 Li ducs le temps du guerredon.
Or metra [il] tout abandon
Le sien pour grant avoir despendre.
Or veulst mettre peine, et entendre
A Galeren chier frère.
4635 Or veulst qu'a tout le monde père
L'amour dont il le breton ayme.
A ce temps qu'on voit prez et raime
De fuille et de fleur revestir,
Et qu'on oit ces boys retentir
4640 Dez doulx chans des oyseaulx sauvages,
Veult li bons ducs vaillans et sages,
Un jour de Pasques jour [sic) tenir :
Plenté de gent y fait venir
Et les barons de mainte terre.
4645 En leur pays envoye(r) querre
Galeren parens et cousins,
Et ses homes et ses voisins,
[17 v"] Et maint loingtain de grant renon
La sont assemblé Bourgoignon,
4650 Et Loherenc et Alemant.
Et par prière et par commant
Flamans y a, et Avaloys,
Et Brebenchons, etBouloignoys,
Et autres que li dus assemble.
4655 Maint y reviennent, ce me semble.
Pour Galeren, le damoisel.
Ce sont Berruier et Mancel,
Françoys, Normans et Poitevin,
Gascon, Breton et Angevin,
4660 Toute la fleurs et li effors.
Dont vient au breton grant confors,
Et grant soulaz et grant honneurs.
— 123 -
Tant y a dames et seigneurs
Qu'en Mez ne puent hebergier,
4665 Ainz en convient le tiers logier
Aux champs, et leurs paveillons tendre.
N'en puet passer sans moult despendre
Li ducs qui le bret fait armer,
Et ces compaignions acesmer,
4670 De quanqu'a chevalier amonte.
Pour l'ouneur Galeren le conte
Fait li ducs atourner Guynant,
Et maint damoisel avenant,
Qui du pays sont d'Osteriche.
4675 Galeren vest un haubert riche
S'a ses chausses de fer laciéez.
Qu'en li a telles pourchaciées
Que trenchant n'en doubte la maille.
Un duc li lasse la ventaille,
4680 Et un autre li met ou dos
Ung samit d'Inde de grant los,
Ou ses cougnoissances sont faictes.
Ou il a egles d'or pourtraictes,
Une davant, l'autre derrière.
8 r"] De ce meismes a baniére
Riche, et parant, et de grant feste.
Li tiers li a mis en la teste
Le heaulme qui a or luist eler.
Oncques Françoys, Griffons, n'Escler
4690 Ne virent plus bel ne plus gent :
Qu'il vault plus de cent mars d'argent.
Que pour les pierres, que pour l'euvre,
Que pour l'or qui entour le cueuvre.
Bien l'a, cil qui le donne, amé.
4695 Aussi sont tuit li autre a[r]mé
Chascun selon sa congnoissance.
« EnAlemaigne, ne en France,
N[e] en duché, ne en royaume.
N'a plus séant a tout [le] heaulme »,
4700 Ce dient privé et estrange
Du bret. S'emporte la louenge
— 124 —
De la biauté et de[l) déport.
Ne n'est que Guynant ne l'em port
Envie plus que il ne seust.
4705 Li brez du duc s'onneur requeust,
Qu'il li chance l'esperon destre,
Si com la coustume seult estre.
Ainsi fait aux autres sans terme.
Un qucns l'autre esperon li ferme.
4710 Et li autre en ront leur hounour
Soit de conte ou d'autre seigneur,
Qui par les renz leur vont chaucier.
Une espée a trenchant acier,
Clére et lettrée, a pomel d'or,
4715 Que li dus prent en son trésor,
(Et fu emblée en Babilloine,
S'est le feurre de Calidoine,
Moult bien ouvré a belles renges)
Donne au breton, voiant estranges,
4720 Li dus. Si li a dit : « Amys,
A celi en qui Dieux a mis
De ceulx qui ceens sont venu
"18 v°] Soit en jenne, soit en chanu.
Plus de loenge et de proesce,
4725 Si tu l'i voiz, si t'i adresse,
Et si li prie, de par moj,
Pour ce que Dieu puit mettre en toy
Les grâces dont Dieu l'a fait oste,
Que ce branc te ceigne a ta coste. »
4730 Galeren a l'espee prise,
Qui(l) partout tant esgarde et vise
Qu'il voit le vaillant Brundoré.
Damedieu enaaouré.
Car c'est le plus vaillant de terre.
4735 Puis li va doulcement requerre
Que de l'espée houneur li face.
Et cil li ceint tantost et lace,
Voiant tous, au costé senestre.
Puis li donne, de lafmain destre,
4740 La collée qui signifie:^
— 125 —
L'ordre de la chevalerie,
Et si li a dit au donner :
<( Chevalier, Dieux te puit tourner
A si grant houneur en la somme
4745 Qu'il face de ton corps proudomme,
En pencer, en dit et en fait. »
Aux autres a tout aussi fait.
L'escu au coul a l'egle d'or
Li met la duchesse au chief dor,
4750 Pour l'amour sa fille Esmerée.
Tant est courtoise et hounourée
Qu'aux autres fait aussi pour li.
En toute la court n'a celi
Qui ne l'en tiengne a dame entière.
4755 Pour a Dieu faire leur prière
Vont tous au moustier ojr messe.
De haultes gens y a grant presse
Et d'autres qui ont esgardé
[64 r°] Ceulx qui messe oient touz armé,
47G0 Hyaulmes eschiez et fer vestu,
Espées ceintes ; car tel fu
Anciennement la coustume.
Esmerée le bret alume
Son cierge, et davant li le tient.
4765 Guynant a peine s'en soustient
D'envie sur piez qu'il ne chiece.
Honte li est qu'il ne s'aciece.
Assiz s'est, qu'il ne puet droiz estre.
Apres le service a le prestre
4770 Commenié les adoubez.
Des evesques et des abbés
Et du clergié y a grans routes.
Escomunchié sont tuit et toutes,
Puis s'en repèrent pour disner ;
4775 Que li ducs a fait atourner
Le mengier si grant et si gent
Qu'assovir en pourroit la gent
Qui sont a Reins et aNevers.
L'en oste aux armez les haubers,
— 126 —
4780 Heaulmes, chauces, escuz, espées.
Robes qu'en leur a aportées
Ont vestues li chevalier
Qu'en leur a fait coudre et taillier
De dras de soie ou luitli ors,
4785 Qui sont fait en la terre aux Mors ;
Et les pennes en sont d'ermines.
Parmy les dos et les poitrines
Des robes pairent d'or les listes.
Plus biaux chevaliers ne veistes,
4790 Ne ne verrez qu'est li bretons.
En un surcot, clos a boutons
Et a pierres entour la bouche,
Est Galeren qui amour touche
Jusq'u cuer Esmerée et trenche.
4795 Au laver li tient une manche
Un ducs et l'autre la duchesse
[64 v°] Qui de faire joie ne cesse.
Et puis sont assis au mengier.
Bien sont servy et sans dangier,
4800 Car li dus a la table sert,
Et par les biens de li désert
Le service de Galeren
Le bret qui l'a servy meint an,
Sert du vin en la coulpe d'or.
4805 Entre madame Melior,
La duchesse, et li, ce me semble,
Boivent et menjuent ensemble,
Et Brundorés, avec la fille,
Qui en son cuer Guynant avilie,
4810 Et le breton loue et amonte.
Apres mengier vienentli conte,
Et les chançons [et] les ystoires ;
Cil les dit faulses, cil les dit voires,
Et cil vielle, et cil estive.
4815 Mais Esmerée est moult pensive,
Et Galerens aussi pensiz.
Cy en a cinq, cy en a sis.
Qui contes oient et parolles {sic).
— 127 —
Mais les cuers a ceulx ailleurs volent,
4820 Que celle a Galeren s'acorde,
Et li brez de li se descorde ;
Car autre déduit le déporte
Qui son pencer a Fresne porte.
C'est a Pasques, au novel temps,
4825 Que chevaliers est Galerens.
A. grant joye en Mez la cité.
Pour la haulte soUemnité,
N'ont mie aux armez entendu,
Jusqu'à demain ont attendu
4830 Galeren et si compaignon.
Et cil qui tendent au renon,
Et au priz pour eulx mettre avant.
Li brez le jour s'arme devant.
[65 r°] S'est yssuz de la cité hors.
4835 Tous li autres ont armé leur corps
Des adoubez jusqu'à quarante.
La a drecie mainte hante
De coulour teinte a Ijonciaux,
Laventelle maint penonciaux,
4840 La puet on maint escu veoir,
Et maint homme de grant povoir,
Maint heaulme et mainte congnoissance,
Et maint destrier de grant puissance
Qui son seigneur roidement porte.
4845 Lance ou poing qui n'est mie torte
Tient le damoisel de Bretaigne,
Qui siet sur Passeavant d'Espaigne
Dont li bons ducs li a fait don.
Ne le veult poindre a bandon,
4850 Ainz chevauche avec Brundoré,
Qui le tient par le frain doré,
Davant touz le trait dur arçon.
Si li devise sa leçon.
Comment il doit lance tenir,
4855 Et son escu faire venir
Davant son piz a l'assemblée,
Comment il doit traire l'espée,
— 128 —
Chacier, guenchir et encontrer,
Cheval poindre, et en presse enirer,
4860 Et a meschief yssir d'estour.
Mainte guenche et meint bon tour
Li a moustré, et cilTaprent,
Qui depuis de rien n'en mesprent,
Tant y a mise peine et cure,
•1865 Le sens l'en donne ausques nature
Qui l'orne rent ou sage ou sot.
Nuls ne puet faire de buysot
Espervier ne gentil oysel.
Cil laisse aller le damoisel,
4870 Et a Damedieu le commande.
[65 v°] Galeren point par my la lande
L'escu au col, ou poing la lance,
Et outre les autres s'avance
Si bien, et fait si bel eslez,
4875 Qu'onques de tel ne fu faitplez,
Ne diz, ne contes d'aventure.
Li brez le cheval ramesure,
Si retourne les saulz menuz.
Guynant est encontre venuz,
4880 Qui la jouste demande et veult.
Galeren le destrier esqueust
Aux espérons dont il le touche,
Le frain litrestire a la bouche,
Si le fait saillir lance et demie.
4885 Guynant li vient par arramie,
Qui jusqu'au sang broche le sien,
Ferir cuide le breton bien ;
Mais li ne son cheval n'adoise,
S'en est honteux et trop l'en poise.
4890 Mais li brez, qui vers li s'ezlesse,
A l'aprouchier sa lance besse,
Si r(i) a en my le piz ateint.
En l'escu le fiert que le teint
Et le fust li perse et maumet.
4895 La force de son corps y met ;
Mais le haubert lance ne doubte.
— 129 —
Et Galeren si fort le boute
Et empeint qu'il brise sa lance,
Teste desouz jus le balance
4900 Par dessus la croupe au destrier,
Que mestier ne li ont estrier,
Ne cengles, ne poitral, n'arçons.
Ne s'en part pas comme garçons,
Quar au passer outre qu'il fait,
4905 L'espée de son fuerre trait,
Sans arrester, et maintenant
S'en fiert un compaignon Guynant,
[66 po] Amont par my le lujsant heaulme.
La coifle li vauit un reaulme,
4910 Qu'il en fust venu [a] meschief ;
En deux moitiez eust le chief
Pourfendu, se ne fust la maille.
En tel manière et en tel taille
Va le bret lez (sic) Gujnant requerra.
4915 Nuls ne fiert qui ne vole a terre.
Chascun des siens y est moult preuz.
Quant li dus [s]"est fera entr' euz
Et li autre hault homme ensemble,
Li ducs les départ et dessemble,
4920 S'en rit, et grant feste en demeine.
Galeren par le frain enmaine.
Et les Bretons tous en retourne.
Gujnant a remonter s'atourne,
Qui la journée terne a honte.
4925 Chascun des siens après remonte,
En Mez repairent, si descendent,
A desarmer leurs corps entendent.
Desarmé sont et revestu
Li Breton et li abatu.
4930 Lavé ont et puis ont mengié,
N'ont mie encores prins congié.
Ainz y départ le duc meint don
Car il y met [tôt] a bandon
Or et argent, robes et dras,
4935 Roncins, destriers, pallefroiz cras,
9
- 130 —
Et armes, et autre richesce-.
Li brez y moustre sa largesce,
Car son avoir y abandonne.
Tant y départ, et tant y donne
4940 Que meint povre y fait du sien riche.
Neis les gens Guynant d'Osteriche .
Le prisent plus que leur seigneur.
Tant fait a tout le siècle hounour
Qu'il n'y a celi bien n'en die
4945 De Bretaigne et de Normendie.
[66 v°] Et sont les chevaliers [a] aise,
Et Brundoré le col li baise,
Et moult en a lié le courage,
Pour ce qu'apertle voit et sage,
4950 Et qu'a son jouster a apris
Qu'il sera chevalier de pris.
Esmerée, qui tant est blanche,
A ris souvent dessouz sa manche,
De Guymant {sic) qui si a jousté
4955 Qu'a terre en a joint le costé.
Feste et joye en va démenant.
A l'eure de nonne sonnant
Entre un messagiers en la ville;
Ne semble mie que de guille
4060 Ne de menç-onge servant voise.
Son cheval guaires ne s'envoise,
Qu'es quatre piez n'a clou ne fer,
Et li variez semble d'enfer
Eschappez, tant a chevauchié
4965 Qu'il a le visage séché,
Megre et lialé. A tant s'aproche,
Brochant le cheval qui tout cloche,
Du palays qu'au perron descent.
Voiant de barons plus de cent,
4970 Est venu au duc, sil(e) salue,
Puis li dit qu'or li est faillue
Vertuz et hounour et proesce ;
Si li dit : « Que la grant haultesce
Qui en vous est sent [sic) nostre marche !
— 131 —
4975 Li roys Flochiers de Danemarche
Est passez oultre en vostre terre,
Et si vous le voulez requerre,
Trover le povez en Horlande,
Garny de gent et de viande ;
4980 Et sont par le pays espars.
Ja l'a demy destruit et ars, '
Ne encore ne s'en recroit. »
[67 r°] Li ducs le varle(r)t bien en croit,
Qui est ses homs riches et haulx.
4985 Or est li ducs assez mains baux,
Et plus en a la chiére basse.
Les barons de sa court amasse
Les plus puissans privéement.
Si leur a prié doulcement
4990 Qu[e] il [l'Jen aydent et conseillent,
Car s[e] ilz pour li se travaillent,
Guerredonner bien leur savra.
Ils responnent: « Or y perra.
Ja ne sarrez sur nully courre
4995 Que nous ne vous aillons secourre,
Mais mouvez le matin au jour, n
Or n ot entr'eulx point de séjour;
Car des l'avesprée s'atournent :
L'endemainde Mez tous s'entournent,
5000 Si ne finent jusqu'en Horlande.
Tant a de gent et tant en mande
Li ducs après li, qu'or puet dire
Qu'il ne doubteroit tout l'empire.
A i'ost qu'il meine et au conroy
5005 Tant aprouchie {sic) Fiochier le roy,
Tant le sieult, et tant le pourmeine,
Qu'il l'embat en honteuse peine,
Car son ost destruit et maumet.
Galeren quanqu'il puet s'i met
5010 Et embat en pluriex meschiez,
Tant qu'en [dit] qu'il en est li chiez
De I'ost et tout li mielx vaillans.
A son brant qui bien est taillaiis
— 132 —
Mahaignc Danois et détaille.
5015 Le roy Flochier prent en bataille
Et rent le duc, volant sa gent.
Tant donne au duc or et argent,
Pour ses despenset ses dommages,
Li roy Flochiers et livre ostages
5020 De paix tenir a son povair,
[67 vj Que il doit bien au duc seoir.
Bien li siet qu'il en est bien fis.
Ainsi s'en départ desconfiz
Li roys Flochiers oultre la mer.
5025 Le duc doit Galeren amer
Et Brundoré, le chastelain :
N'ont mie ouvré comme villain
Vers le duc, ainz l'ont servy bel.
Tant feist Galeren cembel,
5030 Ne tant se meist au jouster,
Ne voult onc(ques) la manche porter
Que s'amie li présenta,
Car du maumettre se doubta
Ou il la peust moult tost perdre.
5035 Si ne se seust mais aerdre
A chose nulle en mj le monde
Qui li representast la blonde
Fresne, qui si fort le demaine.
Li ducs retourne enLo[e]rraine,
5040 S'en maine Galeren o ly
Et Brundoré. N'y a cely
Des autres qui le sien n'emport.
Guynant qui ayme le déport
D'Esmerée ei le doulx soulaz,
5045 Qui le tient priz aux courans laz,
Est retourné avec le père.
Grant teste fait avec sa mère
Esmerée de ceulx qui doivent
Retourner, et bien les reçoivent
5050 Comme elles pueent faire plus.
Galeren le bret a li ducs
Huit jour[s] détenu et Guynant,
— 133 —
Et Brundoré, sil(e) va menant
Et par rivière et par forest.
5055 Un jour li ducs séjournez s'est
Qu'il ne se set a quoy entendre.
Galeren va les eschez prendre,
[68 r"] Si joue aGuynant pour un mat.
Ainsi se déporte et esbat ;
5060 Le bret y fait meint soutil tret,
Guynant plus de li y mescret.
Joué ont jusques près de tierce :
D'un seul paon, et d'une fierce.
Et de son roy, et d'un auffin
5065 A maté Guynant en la fin
Galeren, qui moult lié se fait.
N^a envers Guynant plus meffait ;
Et cil qui jeu souffrir ne puet.
Par si grant ire s'en esmuet,
5070 Qu'il le ledenge de contrueve.
Et le roy Artu li repreuve
Que le chat occist par enchaus.
• De ce n'est point Galeren chaus
Ne embrasez de maltalent.
5075 Et cil va toutevoys parlant
Et Galeren qui rit lesdenge ;
D'un mot ausques cuisant se venge
Qu'il a contreuvé mal séant :
Breton l'apele recréant
5080 Et aux autres Bretons s'esclere.
(( Il ont parole sans plus faire,
Ce di[t], n'en eulx n'a fors vantise. »
De ceste reprouche s'atise
En grant maltalent Galerens,
5085 Mais il respont comme assez frans:
« Sire Guynant, fait-il, mercy,
Ne blamez'plus les Bretons cy;
Estre courtoys doivent amant.
Se sommez mauves, Alemant
5090 Certes sont vaillans gens assez. »
— « Cil vous ont de tous biens passez.»
— 134 —
— « Ne valons mie pour ce mains ;
Par Dieu, Bretons ont aussi moins
Et force de cuer et d'avoir
[68 "V"] Comme autre gent puent avoir,
Ne de plus prisier ne les vueil.
Mais il vous est venu d'orgueil
Qui recréant m'avez clamé.
Plus que vous moy vous ay amé,
5100 Et encore vous vueil amer.
Ne n'en vouldray au duc clamer,
Que(n) n'a mie partout ses droiz,
Mais vous estes et biaux et droiz,
Et si vous tien a moult vaillant.
5105 Bien sçay que vous par mal talent
M'avez honte dite et laidure,
Or vous respon tant de mesure,
Si n'en seoiez ja a malaise.
Nommez une court qui vous plese,
5110 Soit davant duc ou davant roy,
[Se] de la honte et du desroy
Corps a corps ne me puis deffendre
Vers vous, je m' abandons a prendre.»
Et Guynant a ce mot s'acoise
5115 Qui n'a cuer de ceste noise,
N'envers le breton aatie.
Ne pourquant [c]il li a partie
Autre parchon, oyant sa gent,
Si li ra dit et bel et gent :
5120 « Et se ce ne vous plaist a prendre
Ouez a quoy je vueil entendre :
Nous sommes nouviau chevalier.
Si nous devrions esveiller
En acquerre los et proesce.
5125 Cil que amours a en destresse
Se doivent plus qu'autre pener
Qu'a hounonr puissent assener.
Et vous en estes un, ce croy.
Je envers vous et vous vers mo}'
5130 Un tournoiement plevissons,
— 135 —
Soit ou [a] Rains ou a Sessons.
Si ameint chascun son povair.
[69 ro] Adonc y pourra Ten veoir
Qui le mieulx est au départir. »
5135 A ce se veult bien assentir
Guynant encontre Galeren.
Aux octieves de saint Jehan
Sera entre Challons et Rains.
Si le plevissent de leur mains.
5140 N'en mentiroit pour mil mars d'or
Li brez, qui prent a Melior
Et au duc Tendemain congié.
Esmerée a la nuytsongié.
Un songe hideux qui l'afolle,
5145 Qu'elle portoit une grant mole
Amont une montaigne sus,
Puis la relessoit rouler jus,
Et puis querre la revenoit,
Reporter sus li convcnoit,
5150 Si la relessoit jus ch[e]oir
(Ce songe cuidoit estre voir),
Oncques ne faisoit autre chose.
Davant les gens duel faire n'ose
Pour Galeren qui s'en départ,
5155 De parler a li d'une part,
Pour son père qui le convoie.
Par le songe est bien mise a voie
Que l'amour Galeren li fault.
A li amer autant li vault,
5160 Comme ou songie {sic) porter la mole.
Ne pourquant amer, corne foie,
Le veult, encore ne l'aint il.
Tuit li baisent et celle et cil,
Et il a congié pris a tous.
5165 Li dus, qui tant est frans et dous,
L'a deux journées convoie.
Et Galeren li a prié.
Que s'il y a besoing ne guerre,
Qu'il preigne li prest et sa terre.
— 136 —
5170 Si l'a mercié de s'onnour
[69 v°J Non cora amy mais com seigneur.
Et 11 ducs ausques li espont
De son pence, si li respont :
« Quens Galeren, dieux vous conduie!
5175 Vous convoier rien ne m'ennuie,
Que je vous aign par bonne foy,
Et vouldroie que vous a moy
Eussiez aucune aliance,
Dont plus durast nostre acointance. »
5180 Et puis se départent a tant.
Galeren erre et va tant
Ce que li ducs li a promis,
Mais il a son cuer ailleurs mis.
Bien voit qu'il li donroit sa fille.
5185 Ne prise du monde une bille
Tout le déduit, fors de la belle
Dont il ne puet oyr novelle
Et qui l'a mis en grant doubtance.
Tant ont erré qu'ilz passent France,
5190 II et si homme. Et Brundorés,
Li bons chastellains hounourez,
A la Roche Guyon le maine.
Pour séjourner une sepmaine
Tant l'a prié, que il y tourne,
5195 Et VIII jour[s] avec lui séjourne.
Ne vous vueil faire trop lonc conte
De la feste qu'a fait le conte
Gente, la famé Brundoré,
Et Flurie au biau chief soré,
5200 Qui plus est blonde que fin ors.
Gente, sa mère, a gent le corps
Et semble de grant gentillesse,
Comme la fille au roy de Perse.
S'en est s'ainée suer royne,
5205 Et si est germaine cousine
Le seigneur qui tient Lo[ejrraine.
Galeren par la main en maine
[70 r°] En chambres, quant salué l'a,
— 137 —
Longuement Ta la festoie,
5210 Et Fleurie qui lez li siet.
Or li prie que ne li griet
Gente, qui va a son seigneur :
a Belle fille, faictes hounour,
Fait elle, a mon seigneur le conte. »
5215 Celle n'a mie trop grant honte,
Ainz est courtoise et bien aprise,
N'est vers le conte de riens prise.
Et de ce a riche avantaige,
Qu'il la voit simple et belle et sage,
5220 Et ausquesbien parlant pucelle.
Si est a Fresne suer jumelle,
Et tant la ressemble de vis
Qu'entre ces deux, ce m'est avis.
N'a descorde n'en piez, n'en membre.
5225 Cil la regarde, si li membre
De l'amour dont il est soubzpris.
Esbahiz est et maz et pris ;
Si dist: « Belle, ne vous soit grief,
Ostés la guimple de vo chief,
5230 Qu'apertement vous vueil v[e]oir. »
— « Sire, ce me doit bien s[e]oir.
Puis que vous siet, et bien le vueil »,
Fait celle ou il n'a point d'orgueil.
Ostée l'a. Quant cil l'esgarde,
5235 S'a le cuer sans sens et sans garde,
N'i entent raison ne devise,
Entre ses braz l'a tantost prise,
Si l'acole et vingt foiz la baise,
Cui qu'il soit lait ou cui qu'il plaise.
5240 Et Fleurie n'y scet qu'entendre,
Qui ne s'en puet vers li deflfendre,
Et se merveille dont ce vient.
Si li a dit : « Comment advient,
Biau sire, de si vaillant homme,
5245 Com vous estes, qui si s'asomme
[70 V] De grant folie et de grant rage?
Quant une famé en vostre aace
— 138 —
N'avez veue n'ele vous,
S'i vourrez jouer comme espoux
5250 Joue a espouse? C'est laide ouvre.
Fouis est amans qui ne se cuevre,
Jusques il ait aessay mise.
Si d'amours m'eussiez requise,
Ainoojs que vous me baillissiez,
5255 Greigneur hounour y eussiez,
Et je le voulsisse octroyer.
Pou povez voustre esbanoier,
Si com moy semble et je le sens,
Loer, si je ne m'y assens.
5260 Car li déduis si s'onor porte
Quant entièrement se déporte
Le paire et met deux cuers en un. »
Pour tout l'or qui est a Verdun
Ne la.vousist avoir baisiée
5265 Galeren, c'or ail baisiée,
Ce dist, s' amie. Or s'en repent.
Tel se destruit et tel se pent
Qui Dieux ne va si fort matant.
De la chambre se part a tant,
5270 Que plus demourer ne li siet.
Et en une loge s'assiet
A une fenestre de marbre ;
S'esgarde en un vergier meint arbre,
Et les oyseaux qui y font feste.
5275 Des biaux yeulx pleure de sa teste.
Car du vergier de Biausejour,
Li souvint ou il fu maint jour
A grans déduis avec s'amie.
Fait-il fa Com'estes endormie !
5280 Com m'estes esloignée, belle!
Quant je ne sçay de vous novelle.
Encor suis je plus endormiz,
Qui^si estoie or arramiz
[71 r"] De baisierj]une famé estrange.
5285 S' elle m'en assault et laidenge,
Certes elle a moult grant raison,
— 139 -
Qu'i[l] m'est venu de trayson,
Et m'amor avil et abays
Quant autrui que ma mie bajs.
5290 J'abajs m'amour? Certes non faz,
Ne de moj pour ce ne le faz,
N'ele ne s'en courroucie mie,
Si je bays la semblant m' amie.
Ay je dont {sic) fait si grant oultrage ?
5295 Enne bays je souvent s'ymage
Qu'elle a en sa manche pourtraicte?
Quelle raison ay avant traite ?
Fresne l'a tyssue a ses mains,
S'en y a fait ne plus ne mains
5300 Qu'il a en li, si la ressemble.
Par foy, greindre resons me semble
A la pucelle de ceens
Qu'a l'ymage, qui est niens
Envers li, qu'elle me présente
5305 Fresnain, tant est et belle et gente.
Et pour Fresnain amer la vueil.
Le semblant Fresnain porte en l'ueil.
En nés, en bouche et en visage.
En chief, en braz et en cour[s]age,
5310 Et en mainte autre contenance.
Quand je n'ay ceste congnoissance
S'elle m'est ou morte ou faillie,
Ne m'est pour ce toute tollie.
Si m'en escuet (sic) souffrir la perte.
5315 En ceste la voy si apporte
Que par li la puis recovrer.
Dieux com scet bien nature ovrer
Qu'ainsi me fait Fresnein revivre!
Et puis que ceste en soy me livre
5320 Ce que j'ay perdu si grant pièce,
Ou li soit bel ou il li siesse,
[7i v"] Ne m'en repens de li baisier.
Ainz me devroit [l'en] moult prisier,
S' amoyl'en veilpour Fresnein traire,
5325 Quant autre chose n'en puis traire, n
— 140 —
Li cuers tout aussi se deglenge.
De[lJ courroux et de la lesdenge
Que la pucelle li a faicte
S'esmaie petit et deshaite,
5330 Ne mais ne se veult repentir.
A la pucelle fait sentir
D'une novelle amour l'assault.
Seule en la chambre s'en assault
Quant parlé a si durement.
5335 Si s'en maudit villainement,
Pour ce qu'elle sent ja devoir
Que del(i) conte pourra avoir
Jusqu'à ne gaires grantmestier.
Apres li se met au sentier,
5340 S'est delez li seoir venue,
La parolle ra maintenue,
Si li a dit : « Sire, mercy,
Je ne me vueil partir de cy,
Si me soie avons racordée.
5345 Moult m'avez or huy regardée.
Si m'avez moustré grant soulaz.
Cil cui amours prent a son laz
Ne se puet mie bien donter,
Ne vous estuet de moy doubter,
5350 Ne vous diray mais felenie.
Quant vous jouez sans villanie
Je vueil ausques d'un jeu souffrir.
A vous me suis venue offrir,
Que je l'ay^du commant ma mère,
5355 Qui dit que je vos fusse clére
Et vous feisse hounour et feste. »
Cil la regarde en vis, en teste,
En gorge, en^coul, en braz, en corps,
Si la voit Fresnein par dehors
'72 r°] Et prez va qu'en Une la cuide.
Quant tant y a mise s'estuide,
Si li a dit : « Ma damoiselle,
Cuers qui ayme en maint lieu oysele.
En maint lieu pence, en maint lieu va.
— 141 —
5365 Se mes deduiz huy vous greva,
A moj ne vous en prenez mie,
Mais prenez vous en a m' amie.
Qui m'a fait cest oultrage faire. »
Flourie son cuer en esclaire,
5370 Qui le mot n'entent mie bien.
Par tant cuide le conte a sien,
Et com soue a li se présente.
Or y met Galeren s'entente.
Et pour autruy Tesgarde et ayme,
5375 Si Tapelle s'amie et claime ;
Décevant la va loyaument,
Ne de rien s'amour n'en desment.
Et s'on li voit celi mentir,
S'amours s'i doit bien assentir,
5380 Qu'il ne la mue ne ne change ;
Car s'il la met en famé estrange,
N'a s'amie pour ce changie.
Flourie a l'amour hebergie
Que Galeren li a prestée,
5385 Si ne l'a mais fors qu'empruntée.
Celle le festoie et hounoure,
Tant que li temps aprouche et l'eure
De mengier. Si leur revient Gente,
Et Brundorés, et plus de trente,
5390 Qui le viennent pour mengier querre.
Ce que eaue porte et airs et terre
Ont a moult grant plenté eu.
A grant richesse sont peu
Li quens et tout si compaignon
5395 Huit jours, a la Roche Guyon,
Et festoie et hounoure.
S'ont a la famé Brundoré
[72 v°| Li breton pris congié ensemble.
A leur départir pas ne semble
5400 Flourie lie mais doulente.
Mais li quens, qui a li se vante
Qu'il la vendra souvent veoir,
Li rent ausques de son espoir,
— 142 —
Et si l'en a fait conforter.
5405 En Bretaigne pour déporter,
Enmaine son père avec li.
Flourie n'en a mie ennuy,
Ainz en a plus cler le menton,
Quant acointance a au breton;
5410 Bien ajme d'eulx deux l'amitié.
De l'aler se sont exploicté,
S'ont envoyé, quart jour ainçoj'S,
Par tout le pays, a bourgeoys
Et font sçavoir a chevaliers
5415 Qu'a cens viennent et a milliers,
0 eulx leur famés pour hounour,
Encontre leur loyal seigneur.
Qui repaire de Lo[e]rraine.
Chascun avec soy y ameine
5420 Ou famé, ou fille, ou sa parente.
La a meinte pucelle gente.
Qui le conte acole et salue,
Et mainte dame sor sambue,
Maint chevalier de grant proesce,
5425 Et maint bourgeois de grant richesse.
Et maint instrument qui cler sonne ;
Si semble bien que Diex y tonne.
Tant y a grant bruit et grant noise.
Chascun y fait feste et envoise
5430 Pour la venue a leur seigneur.
Nuls homs ne vit joie greigneur
Comme il li demaine chascuns.
Joyaux [sic) en est ses parens Bruns
Qui sa terre li a gardée.
[73 r°] Nourrie l'a et amendée
Tant com il fut en Lo[e]rreine.
A Nantes font une sepmaine
Feste pour leur seigneur le conte.
Or ne puet mie mettre en conte
5440 L'ounour qu'i[l] fait de Brundoré ;
Tant l'a servy et hounouré,
Com le puet tenir a merveille.
— 143 —
Bruns le conte loe et conseille
Qu'aBrundoré paront le preu
5445 Pour son los accroistre et son preu,
Et tant li pait et tant li doigne,
Que Brundorés, sans mettre essoigne,
Soit ses plus maistres conseillers,
Car il est loyaux chevaliers,
5450 Haulx lioms sages et débonnaires.
S'en avra moult mielx ses affaires,
Cil a compaignon le détient.
Li quens cel conseil a bon tient
Qu'il voit qui vient de bonne escolle ;
5455 Au vaillant Brundoré parolle
Si li donne tant et promet,
Que cil du tout a li se met,
Non mie pour don qu'i[l] li face,
Mais pour avoir sans plus sa grâce.
5460 Cil vient servir et conseillier,
S'amera moult le travaillier
Qu'il pourra faire en son servise.
Brundorés tantost li devise
Et loe que partout envoit,
5465 Car aprouchier le terme [voit]
Del tornoiement qu'il a mis.
Si face venir ses amis,
Et les mielx vaillans de sa terre,
S'envoit loingtains et prouchains querre,
5470 Sans espargner or ny argent.
Tant qu'il soit si garny de gent,
A Reins au terme en s'aunée,
[73 v°] Qu'il chast Guynant une journée.
Et qu'i[l] li rende ses oultrages.
5475 Partout envoie ses messages
Li quens qui en a cure et soing.
Que tous viennent a son besoing.
Cil de Poitou et de Bretaigne,
Et cil de France et de Champaigne,
5480 De Flandres et de Normendie.
N'y a celi qui l'esconduie
— 144 —
De ceulx qui sont par terre errant,
Et los et renon acquérant.
A maint autre le fait savoir,
5485 Qui niieulx ayme que nul avoir
Et les cembiaus et les estours.
De de la saint Martin a Tours
Jusqu'à Troy[e]s n'a chevalier,
C'om sache errant ne travaillier
5490 Par sa proesce en los acquerre,
Qui voulentiers n'y se desserre.
Garniz d'atour fres et novel
Si s'ahatissent, par revel,
De despendre le leur sans conte,
5495 Pour l'ounour Galeren le conte.
Tout ainsi s'apareillent tuit.
Par maint pais mainent grant bruit
Li chevalier nouvel de pris.
Au termine qu'il ontapris
5500 S'assemblent a Reins la cité.
Guynans qui rest de grant fierté,
N'espai'g[n]e argent, or, n'autre avoir,
Qu'il ne face partout savoir
Et loing et près ceste hatie,
5505 Tant qu'il a bien en sa partie
.XV. cens chevaliers ensemble.
Guynans a Cha[a]lons assemble.
Si sontdedenset fors logié.
Galeren ne se ra targié,
5510 Ainz est de Bretaigne partiz
i'74 r"] A grant compaign(e)e et ahatis
De monstre[r] d'armes son povoir.
Brundorés le maine veoir
Ce que ses cuers faulcement veult,
5515 Et dont il loiaument se deust.
Loyaux en est en son douloir,
Et s'en est faulx en son povoir.
S'a ainsi faulce loyauté
En soy et loyal faulceté.
5520 Par quoy amours nel(e) doit reprendre
— 145 —
S'ele soit loyauté entendre,
Car s'il ayme autrui pour s'amie,
Amours ne le doit blasmer mie,
Qu'il n'ayme des deux fors que l'une.
5525 Ne veult le soulail pour la lune
Changier. N'y puet son [sens] atraire.
S'entre en un merveilleux contraire
D'estrange amour dont il s'encombre.
Aussi com Narcisus de s'ombre
5530 Fu en la fontaine soupris
Galeren est de l'ombre pris
Fresnain, ce est de son semblant.
Ainsi li va Fleurie emblant,
Qui la ressemble, son courage.
5535 Grente, qui est vaillant et sage,
Fait faiste (a?'c) quanque puet le conte,
Quant il s'en départ et il monte,
Fleurie, qui n'est mie aese ;
Ens en son cuer m[il] foiz la baise,
5540 Et cil au départir l'acoUe :
Li cuers dedens a Fresne vole
Si n'en a que les braz Fleurie.
De tant com en voit est garie,
Et cil de tant s'en rassouage.
5545 Ne séjournent mie a oultrage,
Ainz se départent, si s'en tournent,
Nulluy jusqu'à Reins ne séjournent,
Richement y sont herbergié.
[74 v°] Maint hault home a dehors logié,
5550 Pour le déduit du temps serain.
Dieux! il y a tant cler lorrain
Burny a or, et tant poitral,
Ouvré a pierres de cristal,
Et tante celle bien taillie,
5555 Tante couverture maillie,
Tant destrier et tant palefroy,
Qui bénissent par grant effroy,
Tant penoncel, tante[s] baniére[s]
Fremée[s]de plusieurs maniére[s],
10
— MG —
5560 Tante[s] lance[s] de couleur taintes,
Haubers et cauches de fer maintes.
Y repovez veoir rouler
Tante espée, tant heaulme cler
De grant richesse, et tant escu(z)
5565 Et par les champs tant tré(s) tendu(8),
Dont li pomel a or flamboient.
Il esgardent tuit cil et voient
Qui d'une luie (sic) les aprouchent.
Diex ! tant bon cheval[ier] y brochent,
5570 Qui essaiant vont leurs chevaulx.
Et par champaignes et par vaulx,
Vestus de robes avenans.
De tous les biens lor est venans
Et suians (sic) plentez et foisons.
5595 C'est de forest la venoisons,
Et de poissons de mer et d'Ayne.
A tel planté com glan de chesne
Y est li pains blans comme noiz,
Et li bons vins de Soissonnojs
5600 Et cil d'Auverre et de Loon.
D'autre part le fruit j ra on.
A si bon temps c'om y amaine
Et l'erbe et le feurre et l'avaine,
Que nulle eure n'en ont besoigne.
5605 Le jour de terme sans essoigne,
Viennent en la pièce de terre
[75 v°] Ou ilz veulent honnour acquerre.
Encontre eulx vient en la champaigne
Gujnans, a toute sa compaigne,
5610 Et sont souz un tertre arresté.
Alemans y a a plenté,
Et Avaloys et Brebenchons.
Entr' eulx demeinent grans tenchons
Et grant orgueil en leur langaige.
5615 Le jour cuident avoir bon gaige
Et de Bretons et de Françoys;
Mais maint archons y ert ainçoys
Fraiz, et vuidé[e] mainte selle,
— 147 —
Soit ou pour dame ou pourpucelle,
5620 Et mainte lance en tronçons mise,
Brundorés le tournoy devise
Par devers Galeren le bret.
Chascuns des haulx hom[e]s se met
Par soy etdresce sabaniére.
5625 Galeren est de bonne chiére,
Et s'a le cuer de grant confort
Sen (sic) Passeavant son destrier fort.
De toutes armes est armés,
Entour lui a bien acesmez
5630 Ses .x. compaignons de Bretaigne.
Sus leurs courans chevaulx d'Espaigne,
Sient armé d'un seul conroy,
Hardiz et preu sans grans desroy,
Tiennent lances a tout panons.
5635 Nommer en sçay de tous les noms :
Dukezy est de Quornehont,
Qui est du linaige au Morhont,
Et siet sur Ferrant de Venisce.
Gornemans de la Maie Lice
5640 Y siet sur Malreé le bay;
Bandons, li filz au duc d'Angay,
Y est sur le courant liart,
Plus a vermaulx de feu qui art
Yeux et narines et oreilles ;
[75 v°] Li sires del Lit as vermeilles,
Nathanahors d'Esquanaron,
I siet sur le meilleur vairon
Qui sur doz eust onques selle ;
Sor le Mor y est de Tudele
5650 Blandins de la Forest oscure ;
Li Blonz des liiez d'aventure
Siet sur le Sor de Portigal ;
Encoste li le preu Rigal,
Qui filz est au forestier Blon,
5655 Oncques en pié n'ot fer ne clou
Ses destriers Fauveaus deTolete.
Li fillastres Gorfrain la Brete,
— lis -
Porûllionz du Gué trenchant
Arondel y va chevauchant,
5660 Qui oncques ne gousta d'aveine,
IN'oncques ne fu seignez de vaine,
Si court plus que ne vole aronde ;
Tallas de la Lande reonde
Siet sur Volant de Bonivent,
5665 Qui ne lait a courre pour vent,
Ne pour montaigne, ne pour roche,
Quant on le point a droit et broche ;
Sur rOrgueilleux siet Hardibrans,
Qui ne veult aller sans deux brans
5670 En bataille nj en estour ;
Brundorés est de son atour
Si bien et si bel atournez.
Qu'il semble qu'il soit a tout nez;
Si poursieut de près le Breton ;
5675 Telz deux cens avec en voit on
N'y a celi ne soit hardiz
Et plus vaillans en faiz qu'en diz,
Et qui lance tainte ne port.
Ou il a manches par déport,
5680 Et penonciaux fermez a clous.
Li uns est vers, li autres blous,
Li tiers jaunes, li quars vermaulx.
[76 r°] Ce jour reluist cler li solaus ;
Si sont en p[l]aine longue et lée.
5685 Li brez, qui quiert jouste et meslée,
Tient en son poing une grosse lance ;
Davant ses compaignons s'avance
Le trait d'un arc ou d'arbeleste.
Guy[nans] de courre a li s'apreste
5090 Qui duel a de ce qu'il aprouche.
Des espérons le cheval broche.
Si ront sa rote, et vient au plain ;
Grosse lance tient en sa main.
Ou li penons est fuillolez.
5695 Galeren est encontre allez.
S'a davant son piz l'escu mis:
— 149 —
Ne se moustrent chiére d'amis,
Mais as fers des lances s'essaient.
Si grans cops es escuz se paient,
5700 Que, par la force des destriers
Et des lances, laissent estriers
Et archons si qu'anduy s'abatenf.
De relever en piez se hastent,
Et revienent errant es frains.
5705 Tost rest montez li deesrains.
Qui qu'en doie avenir le mesclief ,
Si s'entresloignent de recliief.
Et au retourner se requièrent,
Si fort es escuz se refiérent
5710 Des lances qu'ilz ont rabaissiées,
Que les ais outre en ont froussiées.
Mais li haubert entiers se tienent.
Et les lances en tronchons viennent,
Qui volent vers le ciel en hault.
5715 Ainçoys que nul des lors y aut,
Ont escuz et heaumes fraiz
As brans forbiz qu[e] ilz ont traiz.
Dont cops félons et grans se paient.
Longuement au ferir s'essaient
5720 Sans espergnier et sans menace.
[76 v°] Galeren par le coul embrace
Gujnant, le seigneur d'Osteriche :
Es estriers durement s'afiche,
Vers li l'estraint, et si l'en meine ;
5725 Et Guynans huche a grant alaine
Sa gent, et va criant s'ensaigne.
Gent s'en esmeuvent d'Alemaigne,
N'y a celi qui n'ait am^^e.
Le breton ne saluent mie,
5730 Ainz l'assaillent de toutes pars.
Il se deffent comme lyenpars [sic);
Mais ilz l'ont si tuit entrepris
Qu'il laisse Guynant qu'il ot pris,
Et luy enmainent tout bâtant.
5735 Li compaignon poignent a tant,
— 150 -
Et Brundorés le cheval broche,
Alemans quanqu'il puet aproche,
Il et tel cent qui vont après.
N'y a cely ne soit engres
5740 Et volentiz du bret secourre.
La veissiez maint cheval courre,
Baissier lances et gonfanons.
N'y a celi des compaignons
Un Alemant ne port a terre.
5745 Brundorez en va un requerre
Que ties clairement en degraine
Le senechal de Landongraine,
Bon chevalier et avenant;
S'a des armes apris Guynant,
5750 Et ses atours de fierté porte.
Sa lance qui n'est mie torte
Li met oultre parmy l'escu ;
A l'empaindre l'a abatu
A terre du courant destrier.
5755 A mains ont fait guerpiz estrier
Li Breton, qui ont leur seigneur
Rescous par force et par rigueur (sic).
[77 r"] Galeren ont rescous li sien,
Cui il a fait mainte foiz bien,
5760 Et donné souvent maint biaux dons.
Dukes, Gornemans, et Bandons,
Et Nathanahors, et Blandins,
Li Blons des liiez, leur cousins,
Et Rigaus et Parfilionz,
5765 Qui plus est fiers que n'est lyons,
Hardibrans, et li preuz Tallaz,
Qui des armes n'est oncques laz,
Li sont adez près de sa coste.
Galeren maint chevalier oste,
5770 Par force de braz, de la selle;
Le branc tient un (5?c),dont l'alemelle
Est trenchans et fourbie et clére ;
Qui il ent ataint ehier compère
Et s'irour et son maltalent.
— 151 -
5775 Des heaulmes leur va détaillant,
Et esquartelle leurs escuz.
Ne puet durer ne fers, ne fuz,
Encontre ses cops ne que cire.
Les ungs sache, les autres tire,
5780 Ceulx fait fouir au branc d'acier,
A. ceulx fait prison fiancier
Qui doubtent ses cops et sa force.
Brundorés li preus se resforce;
A luy n'en puis nul comparer,
5785 Quant il set plus que buefs d'arer
Et des armes et du cheval.
Alemans met du mont aval,
Qui les enchauce le branc nu.
Dix en sont par lui retenu
5790 Qui leur prison ont fianciée.
Alemans ont leur voix haulciée
Et crient a grant crj : « Secours ! n
Li quens Palais s'i met au cours,
A tout cent chevalier[s] de pris.
[77 vj La fussent li Breton tuit pris,
Que ilz seuffrent grant faiz ainçoys.
Quant li Flamen et li Françojs,
Et li chevalier de Champaigne,
Brochent les bons chevaulx d'Espaigne,
5800 Et 11 Berruier et Normant.
Adonc s'esmevent Al[e]mant,
S'ont les baniéres au vent mises
Jaunes et vers, blanches et bises ;
Auvec poignent Frison et Saisne.
5805 La a mainte lance de fresne
Brisiée, et maint escu percié,
Et maint cler heaulme depecié,
Et desmaillée mainte maille
Et de haubers et de ventaille,
5810 Occis et navré maint destrier,
Dont li poitral et li estrier
Et les cengles vont traînant.
Maint chevalier s'i va plaignant,
— 152 —
Qui bleciez est dedens le corps;
5815 Li uns y a le braz estors,
Et li autre la cuisse rote.
Galerent y ront mainte rote;
11, et Breton, et Brundorés
Les heaulmes qu'ilz ont dorés
5820 Ont tous enbiez et fenduz.
Ne cuide mie que renduz
S'i soit le jour li brez assez.
De mont [sic) a les autres passez
A cops donner et recevoir.
5825 Ce dient Alemant pour voir
Qu'il ne sçavent meilleur de ly.
En tout le tournay [sic) n'a cely
Qu'a grant merveille ne l'esgart.
11 crie Guynant qu'il se gart,
5830 Qui grant piesce s'est reposez.
Comme hardiz et alousez,
S'en va vers lui, l'espée traict(i)e,
[78 r"] Puis l'en fiert si qu'il lui a fraicte
La boucle de l'escu luysant.
5835 Et Guynant le rêva visant,
Si le fiert de la trenchant espée
Si qu'il li a parmy coupée
L'aigle du heaulme quireluist.
Cest cops Galeren griesve et cuist,
5840 S'einsi s'en va, rien ne se prise.
Parmy le chief en son le vise,
Si le fiert si fort qu'il ne puet plus.
Mais l'espée vient coulant jus
Si li trenche l'arçon davant,
5845 Au destrier va li cops grevant,
Car, entre le coul et le dos,
Li fausse le cuir et les os,
Et l'espée tant li embat
Parfont que le cheval abat,
5850 Cui la mors destraint et assaut.
Guynans en piez moult tost resault,
Si cuide yssirjhors de la presse ;
- 153 —
Mais Galeren de près Fengresse,
Si le prent par le heaulme et pourmaine,
5855 Mais cil s'ëscrie a grant alaine :
a Osteriche ! » pour li secourra.
Donc poez veoir vers 11 courre
Cent chevaliers de sameignée,
Qui la gent n'ont mie espargnie
5860 Galeren, ne celi de France.
La mectent entr'eulx mainte lance,
Et font maint tour et mainte luite,
Ainz qu'ilz raient leur seigneur cuite.
Mais tant y fierrent et tant painent,
5865 Que hors de la presse renmenent,
Sans heaulme en pure la ventaille.
Galeren, qui Ta par bataille
Conquis, maugré Guynant Feuporte,
Et les siens ausques en conforte,
[78 v°j Car en la presse ou il s'embat,
Si fort du heaulme se combat,
Qu'il n'est nuls qui l'ost aprochier.
Hz n'ont ne lui ne ses cops chier,
Tant s'acointe a eulx asprement.
5875 Les vespres du tournoiement
Finent, si se sont âieparty,
Mais ainçoys se sont ahaty
De revenir matin arriére.
Chascun renvoie sa baniére,
5880 Si repairent a leur rechés.
Les loz en a de tous li brez
Qui vivement s'i est provez ;
Ne fu en terre oncques trovez
Nuls contes de si grant gaaigne,
5885 Com seur cil ont fait d'Alemaigne
Françoys et Breton et Normant.
Sera de la maint Alemant
Qui conquis y ra grant avoir.
Pour ce dit li villains [de] voir:
5890 Au marché vont sot et apert,
S'un y gaaigne, l'autre y pert.
— 154 -
La nujt s'aaisent es hostelz ;
Atournemens ne fu mes telz
Coin cil chevalier vont faisant.
5895 Maintes choses vont devisant
Cil bachelier qui après tendent.
Cil varlet a rouller entendent
Haubers et chances, et ventailles,
Et vont boutant parmy ces mailles
5900 Courroiez, si refont ces laz.
Galeren va blasmant ces braz,
Qui rien en son cuerne se prise,
Quant il a Ta haitie prise,
N'encore n'a des armes fait
5905 Pour c'on doie louer son fait.
Fresnein oublie, ce li semble,
Pour Flourie qui la ressemble.
[79 r°] Veult il demain porter la manche,
Que li donna Fresne la blanche,
5910 Qui chascun jour prie pour li
Que Diex le puist garder d'ennuj.
Et s'onnour et sa joie accroistre.
Nulle nonne, tant soit en cioistre,
Ne maine sa vie plus sainte.
5915 En une lance grosse et tainte
Fait li brez la manche atachier,
A .XII. cloz d'or qui sont chier,
Dont il vouldra ses cenbiaus faire.
L'endemain, quant li jours esclaire,
5920 Li chevalier sont tuit levé,
Messe ont oye, si ont lavé,
Puis menj[u]ent. Apres mengier
Lacent les chances sans targier,
Et les cotes a armer vestent ;
5925 Puis sont monté, ne ne s'arrestent,
Jusque(s) ilz revienent en la plaine.
Chascun de soy armer se peine
D'armeures neufves et fresches.
Li uns j porte unes bretesches
5930 En son escu reluisant cler,
— 155 —
Cil un Ijon, cil un cengl(i)er;
Cil porte son heaulme en son
Cil un liepart, cil un poisson,
Beste ou oisel ou flour aucune ;
5935 Cil porte une bani[é]re brune,
Cil blanche, cil jnde, cil vert.
L'autre y poez veoir couvert
D'armes vermeilles foilloll[é]es ;
Cil veulent joustes et meslées,
5940 Et autre plus de mil par conte.
N'y a celi ne vaille un conte,
En proesce et en semblance.
S(i) 'a chascuns une tainte lance
[79 v°] Ou li penons de soye pent.
5945 Davant les autres un arpent
S'est li brez sur Passe avant mis;
A. un herault a dit : a Amis,
Aller a Guynant, si li dictes
Que cil ne doit mie estre hermites
5950 Qui de riens d'amours se reclaime ;
Ou soit qu'il aint ou que on l'aime,
Mieulx en scet ferir et jouster.
Cui qu'il doive de nous couster,
S' amours le cuer point et avive,
5955 Vieigne a moy jouster pour la vive.
Et je jousteray pour la morte. »
Li heraulx le message emporte
Que. Galeren a Guynant mande.
Tant l'a cerchié aval la lande
5960 Qu'il le voit, puis li dit et conte,
Oiant tous, mot a mot son conte :
« 0 tu, ducs Guynant d'Osteriche,
Nuls ne se doit tenir a chiche
— Si te dit li brez renommez —
5965 Qui a amie et est amez.
Et si tu aymes par amours,
Mielx en doivent valoir tes meurs,
Et meindres (sic) en doiz partout estre,
Si tu ne veulx ressembler prestre
— 156 —
5970 Ou hermite qui hait estour.
La est armez de son atour
Li br(eb)ez, qui au jouster t'atent.
Se tes cuers point vers amours tent,
Il te mande que tu t'envoises,
5975 Et que pour jouster a luy voises,
Par la vive qui t'a lacié,
Car la morte, qui l'a blecié,
Le fait la seul la jouste attendre. »
Gujnant ne scet les moz entendre,
[80 r°] Qui est irez et a grant honte
De ce que li herault li conte.
Tout le corps en a plain d'ardure,
Et au herault faisist laidure
S'il le trovast seul en la place.
5985 Li ducs Guynant son heaulme lace,
Si s'afiche sur ses estriers.
Bien est armez, et ses destriers
Est ausques bon pour la besoigne.
La lance droisse et fort l'empoigne,
5990 S'a davant son piz l'escu joint,
Des espérons le cheval point
Qui trente piez li sault de terre.
Et Galeren le vient requerre
Qui le voit yssir de la route.
5995 La manche a desploie toute,
Si li ventelle contre vent.
11 la regarde et covent (sic)
Qu'il en a acrut au veoir
Son hardement et son povoir;
()000 Esgardantla va que qu'il broche.
A ce que li uns l'autre aproche,
Des lances abaissent les pointes.
Et si se fièrent que desj ointes
Ont les aiz de leurs fors escuz.
0005 A Guynant vault moult pou li fuz
De sa lance qu'en tronz l'a mise,
Mais Galeren l'a a devise
Si féru parmy l'escu point (sic)^
— 157 —
Que maugré soy l'a jus enpaint,
6010 Jambes levées, du cheval.
« Je suis amont et vous aval ;
N'aiez paour qu'ainsi vous fiére »,
Fait cil qui a sa lance entière.
Si rabandonne au vent la manche,
6015 Au cheval met la main esclamge [sic],
Si l'enmaine, maugré Gujnant
[80 V°] Et ceulx qui li viennent poignant
Pour le rescourre ; mais c'est gaz ;
Mené l'en a plus que le pas,
6020 Jusqu'a[u] harnes a garison.
A un varlet de sa maison
Commande que il tantost le maint
A celi qui fait a duel maint
Pour li, et cbascun jour compère
6025 Ce qu'il s'est partiz de son père,
C[e] est la fille au duc de Mez ;
Et ce li die que li brez
Lui envoie ce bon destrier,
Que ses pères donna l'autrier
6030 Guynant, quand il fu adoubez.
S'en yert de li Guynant gabez,
Quant elle savra dont il vient.
Et puis qu'a faire le couvient,
Li variez monte, si s'en tourne.
6035 Nulz de sa voie nel(e) destourne
Jusque(s) il a fourny son message.
Alemant demeinent grant rage
Qui Guynant voient abatu.
A force l'ont et a vertu
6040 Remonté sur un destrier grant.
De leur honte vengier en grant,
Baissent les lances vers Flamens
Et vers Françoys. Es vous les rens
Desrengiez. Si lieve la tence,
6045 Et li tournoiement commence.
A[s]pres et durs est commenciez;
Galeren s'est dedens lanciez.
— 158 —
S'encontre le conte Palais,
Son destrier lait courre a eslais,
0050 Si regarde l'image belle
Qui encontre le vent ventelle,
La lancebaisse, et fiert le conte
[81 ro] Que du cheval jus le desmonte,
Un sien frère reporte a terre,
0055 Apres en va telz d'eulx requerre,
N'j a celi tous plaz ne gise.
Guynans de luy vengier s'atise
Qui tient lance grosse et senée.
Galeren sa resne a tournée
6000 Vers luy, et durement se fièrent.
As fers des lances se requièrent
Si que li fuz vole en tronçons;
De leurs cops ploient es arçons,
Et un bretons recuit (sk) la manche .
0005 L'espée a traicte qui bien trenche
Li brez, s'en a féru Guynant,
Qui(l) nel{e) rêva mie espergnant,
Ainz li redonne cops félons,
Qu'il est et fel et gros et Ions,
0070 S'a les brazfors comAlemans.
Li ducs de Souaive Hermans
Encontre le preu(z) Brundoré(s),
Si le fiert, souz l'escu doré(s),
D'une grosse lance qu'il porte ;
0075 Mais Brundorés point nel(e) déporte
Qu'i[l] ne voist a luy encontrer.
Parmy l'escu li fait entrer
La lance et le penon de soie.
Au brisier de la lance ploie
0080 Li ducs, et près va qu'il ne chiet.
Sans ch[e]oir assez li meschiet
Que Brundorez le fiert et bat.
Et a ses hommes se combat.
Il et Normant, et tant s'i peine
0085 Que le cheval et lui enmaine.
Et .VI. des siens prent avec li.
— 159 —
Es vouz la porriére et le huy
Qui parles champs liéve, et la noise
Des cops c'om y donne et entoise,
6090 Et des enseignes c'on y crie.
[81 v°] Li entrepris mercy y crie
Qu'escuier ont pris en leur nasse.
Brundorés avant y repasse,
S'entre en la presse la dedens :
6095 Aux uns brise mentons et dens
Et cels d'aucun(s) membre mahaigne.
Li ducs {sic) compaignon de Bretaigne
Vont Galeren de près suivant,
Aux Alemans vont anuiant,
6100 Entr' eulx se fièrent et assaillent.
Ne puet dire qu'assez ne vaillent
Li breton, et que preu ne soient
Guynant et Alemans qui voient
Comment ilz se prenent vers eulx.
6105 Bretons les fièrent parmy colz,
Et parmy vis, et parmy testes,
Si nés espargnent ne que(lz) bestes,
Ainz les vont laidement menant.
Et la force recroist Guynant
6110 Du duc Alanborc qui li vient.
Des Bretons refuser convient,
Et ilz refuient une archée.
Ne puet est[re] qu'aucuns n'y chiée.
Dukes y chiet et Gornemans,
6115 S'ont entre eulx [deus] trente Alemans
Qui les ont sachiez et detraiz.
Relevé sont, s(i) 'ont les brans traiz
Dont il entour eulx se defi'endent ;
Mais Alemans tant cops leur rendent
6120 Que leur defi'ence pou leur vault.
L'enseigne au breton crient hault,
Tant que cil les ont entenduz
Qui mains cops bons y ont renduz,
Et vendu s'i sont li jour chier.
6125 Le faiz prenent a encerchier,
— 160 —
Et Galeren premier y point.
Li autre ne séjournent point.
[82 r"] « Nanthes ! » crient [li] Galeren.
Ei(sic) vous Tallas etHardizbran
0130 Et Nathanahot {sic) et Bandon
Qui s'e[3]laissent a abandon,
Et Pourfilionz qui moult vault,
Le Blont des Illes et Rigaut;
[Et] Blandins d'Oscure forest
6135 Avec les autres mis s'i rest,
Pour rcscourre ses compaignons.
Tel cent etpoignent a penons,
N'j a celi n'i ait sa drue.
Chascun le suen a terre rue
6)40 De cenlx qui les penons y portent.
Mais li compaignon s'i déportent
A brans dont il donnent grans cops;
Des Al[e]mans ont rescoux chous.
A la rescousse, a grant meslée,
6145 Par force de lance et d'espée,
Ont li Breton rescous le[s] leur.
Contre Alemans ont le meilleur,
Que Françoys les fièrent et malent,
Et li Champenois les assaillent,
6150 Et Berruier bien s'i contiennent,
Normans et Flamens, qui j viennent,
A brans d'acier leur courent sus.
Alemant se traient en sus.
Et Galeren, qui les acqueulst,
6155 Maint bon coup y donne et requeulst ;
Et Brundorez bien y refiert ;
Dukez au branc nu les requiert.
Il et ses compaigns Gornemans,
Qui sont, maugré les Alemans,
6160 Remonté, si les vont cerchant.
Galeren tient nu le trenchant
Et contre Guynant s'abandonne.
Parmy le chief tel cop li donne,
Qu'il l'embrunce sur Tarçon jus.
— 161 —
[82 v°] Mestier ne li eust mais jus,
N'erbe, n'e[m]plastre, ne puisons,
Ne {sic) ne parfust la garisons
Et li secours de la ventaille.
Hors le sache de la bataille,
6170 Maugré ceulx qui li vont aidant,
Et Dukés le va deffendant,
Il et Gournemans et Tallas.
Si sont mené de[l] trot au pas
Li Alemant, que tuit recroient.
0175 Or primes soivent il et recroient
Que li Breton les ont passez;
Tant en y a d'armes lassez
Que chascun fait son vouloir d'eulx.
Françoys les prennent par les quelx
6180 Si ligiérement, sans deffendre,
Com on voit le lou brebiz prendre ;
Et si ont tels .m. c. d'eulx pris.
Qui en orent avant le pris,
Au commencier de l'ahatie.
6185 La gent Guynant est départie
Qui ne li puent plus aidier.
Au fuir font sellez wuider
Breton qui les en vont menant.
Galeren, qui pris a Guynant
6190 Et laidement ançoys traictié,
L'en maine au harnes mal lia[i]tié,
Ou l'en son heaulme li deslace.
. Arriére revient a la chace,
Si point le bon cheval et broche;
6195 Gui sil {sic) consuit et il aproche
Ne le sequeurt chevaulx ne fuite.
Sans grans estour et sans grans luite
En a .xiiii. detenuz.
Brundorez s'i est maintenuz
6200 Com bon chevalier et esliz.
En terre en fait prendre lor liz
[83 r°] A plus de sept, cui il abat.
Celz prent, celz mahaigne, celz bat,
11
— 162 —
Cels cache qu'il ne puet ataindre.
0205 Li Françoys ne s'en puent plaindre,
Flamen, Normant et Champenoys,
Ne cil qui sont de Boulenoys,
Ne de la terre de Ponthy,
Ne cil d'Anjou ne de Berry,
6210 Qu'il n'aient assez g[a]aigné.
Mal ont mené et mahaigné
Le conte Palais, qu'ilz ont prins.
Li Champenois li ont aprins
Comment prinsons fait bource plate.
0215 Li ducs de Ramborc chier rachate
L'ostrage Guynant d'Osteriche.
Li Flamen sont de lui tuit riche
Qui l'ont raiens, lui et sa gent,
Qua(r)tre cens mars ou plus d'argent.
0220 Et li Françoys vaillant et preu,
Si pueent il, rontfait leur preu.
Car le duc de Saisoigne en mainent.
Sans garse laidement le sainnent,
Que paier li font cinq cens mars.
6225 Ainsi est li tournois espars.
Si s'en fuit qui fuir s'en puet.
Nulz espuisier l'avoir ne puet
Que tuit li autre y ont conquis.
Tout cest oultrage a Guynant quis,
0230 Qui aubert {sic) de .vu. c. mars fine.
« Bien quiert sa honte et sa ruine,
Fait a luy li brez, qui laidenge
Homme que congnoist estrange.
S'avient souvent que maulx en [n]aist. »
0235 Guynant d'Osteriche se taist,
Qui tous est abatus de honte.
A mains d'avoir se part du conte
Et asse[z] a plus de péchiez,
[83 V] Mais fait a que bien entechiez
6240 Li Brez, qu'assez le reconvoie
Et a riche hernoys renvoie,
Ne le sien retenir ne daigne.
— 163 —
Biuindorez moult j reg[a]aigne,
Car entre lui et Galeren
6245 Au duc de Soaine {sic) ont mis ban,
Qui quatre c. mars li promet,
Parmj bons pièges qu'il y met,
Ainz qu[e] il s'en retourt arriére.
Puis tourne chascun sa baniére,
6250 Vers son rechet si s'en repaire.
Cilz doivent bien grans despens faire .
Grant feste mainent celle nujt
De grans despens, oui qu'il ennuyt.
Se vont compassant par grant royes
6255 Sur autruy cuir larges couroyes :
Telz est de tournoy la coustume.
Et l'endemain, quant Diex ralume
Le monde du jour et resclaire,
Chascuns en son pays repaire,
6260 Et Galeren ainsi s'entourne,
Vers cui l'enors et le los torne
De l'estour ou il a esté.
Ne [se] sont gaires arresté,
Ne ne séjournent aoultrage
6265 En bourc, n'en ville, n'en passage.
Jusqu'e(s)l(e) palais sont revenu
Brundoré(s), qui a retenu
Galeren et ses compaignons.
Maante et Gisors et Vernons
6270 Et li vaulx de Rueil est siens,
Et li chastel et tous li biens
Jusqu'à Rouen sont en sa main.
Une heure en bos et l'autre en plain,
Autre en rivière le bret maine.
[84 r°] Retenu l'a une sepmaine.
Et s'esbanoie avec Flourie,
Qui sa douleur a amenrie
Quant elle puet a li parler.
Mais la [le] bret n'en puet aller,
G280 Qu'ades de Fresnein li souvient.
Et ses messages li revient
- 164 —
Qu'il avoit a Mez envoie,
De Guynant, qui a desvoié
Le cuer pour son cheval de pris;
6285 Li dit ce qu'il en a apris,
Et tout ainsi comme Esmerée,
Cui il trova toute esgarée,
Le receut bel et avenant,
Et comment elle en a Guynant
0290 Despit, et mis sur luy ses gaz,
Comment Guynant s'apelle las,
Pour ce qu'elle ne le conjoie.
Or en a Galeren grant joye
Qui a mis entr' eulx la descorde.
6295 A plus séjourner ne s'acorde
Galeren, qui raller s'en veulst
Et se déduit par sa forest.
Et il et Brans {sic) et Brundorez,
Qui est avec li demourez,
6300 Si vont en bos et en rivière.
Galeren, en mainte manière,
Par le pris des armes s'avance.
Tournoiz ne li eschappe en France,
N'en Bourgoigne, n'en autre marche.
6305 Tellos et tel priz en encerche
C'on le tient du monde au meilleur.
Si (l)a la manche en grant valleur
S'amie mis, bien l'a vendue,
Car telz qui l'a li a rendue,
6310 Si l'a portée a deux tournoiz,
Ou il a bien fait ses esploiz,
[84 V**] Car tant com durée a entière,
N'y otne rote ne baniére
Ne chevaliers qu'i[l] n'ait passez.
6315 S'en vault encore mielx assez
Et mielx vauldra toute sa vie.
Si a la pencée ravie
Et [sic) s' amour, dont il lui souvient,
Qu'entre la gent souvent devient
6320 En petit d'eure blans et brans.
— 165 -
Garde s'en prent mis sire Bruns,
Qui bien est ses prochains amis ;
Bien parçoit quMl a son cuer mis
En lieu dont il nel(e) puet retraire ;
6325 S'en a en soy moult grant contraire.
Quant la couleur li voit muer,
Autre heure avoir froit et suer,
Si voit bien que son cuer j met,
Qui langour et mort li promet,
6330 Si ne l'en tourne a garison.
Or se pence d'une raison,
Que, s'il li povoit faire entendre
A ce que famé voulsist prendre,
Estaindre pourroit tost la flame
6335 Par la hantise de sa famé.
Autre conseil n'y scet qui vaille.
Or ne laira qu'il ne l'en aille
Mettre a essay de ceste chose.
A lui qui point ne se repose
6340 Qu'en son cuer n'ait assez tourment,
S'en est venuz Bruns erraument.
Bruns li a dit :«Quens,biaux doulx sire,
Une chose vous vouldray dire;
S'est mestiers que vous le sachez.
6345 Encombre(z) vos aroit péchiez
Si ceste terre estoit sans oir.
Ne seroit mais ne main ne soir
Sans guerre d'orne gouvernée,
[85 v°] Si voustre vie estoit finée,
6350 Que Damedieux puit esloigner !
Nuls ne puet la mort esloignier.
Tant soit sain, puis qu'elle Fasaille.
Voz pensers de moult vous retaille
Et vostre force et vo biauté,
6355 S'en poez tele enfermeté
Encerchier qui vous sera griefz,
Et voustres en yert li meschiefz,
Si vous finez par mecheance.
Or deussiez aller en France
— 166 —
6360 Et la fille le roy v[cjoir.
Bien fust qu'endroit vostre povoir
Queississiez aucun mariage.
Voulez adez yceste rage
Qui vous tient ou cuer maintenir?
6365 A fin vous en estuet venir,
Se mourir jennes ne voulez.
Ce que vous amer tant soûlez
Ne pourrez ja mes recouvrer.
Or vous estuet ailleurs ouvrer,
6370 Ou vous truissiez joie novelle.
En terre a mainte famé belle,
Filles et de roys et de contes,
Dont maûlx ne vous vendront ne hontes,
S[e] a espouse en voulez une.
6375 Ainsi com vous povez la lune
De voz braz ceindre et aprocher,
Povez vous mais celi toucher
Qui vous met ceste rage ou corps,
Puisqu'elle est de cest siècle hors,
6380 Et nuls novelle n'en scet dire.
Voulez en vous perdre le rire
Et le déduit d'un' autre amer ?
Mieulx vous vauldroit estre outre mer
Et estre esclaves au Kahaire.
6385 Penezvous d'autre chiére faire,
[85 V] Si prenez famé qui vous siéce.
Ne demourra mie gran pièce
Que vous n'obliez voz doleurs,
S'en aurez siècle meilleurs,
6390 Et s'en serez moult plus doubtez;
Si cest pais est irritez (sic)
De voz enfans et vostre terre,
Mainz en doubterez autrui guerre.
Or vous en ay dit mon assens. »
6395 Galeren en a tout le sens
Troublé et mué le courage,
Quant parler ot de mariage
D'autruy que de Fresnein la belle,
- 167 -
Ne pourquant en son cuer s'apelle
6400 Sot et plain de mal escient,
Quant ce le va si ennuyant
Dont nul confort ne puet avoir.
Il entent bien que Bruns dit voir,
Mais il n'en puet son cuer refraindre.
6405 Bruns, qui le voit pencer et plaindre
Et a luy respondre arrester,
Laisse a tant la parole ester,
Jusqu'à .VIII. jours qu'i[l] li ra dite
Tel chose que cil ra despite,
6410 Ou il ne se veulst assentir «
Par biau parler et par mentir.
Huy et demain a grant atrait
L'a tant mené Bruns et atrait, ,
Qu'il li octroyé son vouloir,
6415 Si vaille tant com puist valloir,
Car il ne scet qu'estre en pourra
Ne se ja mes s'amour laira,
Mais tant li dit cil voir[e]ment :
« Sire Bruns, je vous dy briefment
6420 Que j'ay Fresnein de cuer amée.
Mainte famé m'avez nommée,
Esmerée de Lo[e]rraine,
[86 r''] Qui est ass(i)ez de biauté plaine
Et riche endroit moy, et Parise,
6425 La fille auroy de Saint Denise,
Et belle Doain de Galice,
La fille au roy d'Illande Amice,
Et d'autres plus de .vi. ont (s?c) d'uit;
Mais je n'ay mie le cuer duit
6430 Ne volentif de famé prendre,
Ce vous vueil je bien faire entendre.
Si je n'ay celle que je sçay.
Par ceii me puis je a essay
Mettre d'oublier ma pe(n)sance. »
6435 Or en est Bruns en grant doubtance,
Qu'il ne veult famé par contraire
Dont on le face arriére traire ;
-- 108 —
Puis li a dit : « Sire, nommer
Celle que vous a prendre amer. »
(MiO Et cil respont : « Je ne Taim mie,
Ainz porte le semblant m'amie ;
Si la désir plus a [a]voir
Que famé de greigneur povoir;
C[e] est la tille Brundoré. n
6445 Or en a Bruns Diex aouré,
Quant c'est Fleurie qu'il veult prendre,
Car il n'a en li qu'entreprendre
Qu'elle ne soit moult gentil famé.
« Sire, sa (sic) Dieux m'aist a Tame,
6450 Ce respont Bruns, ce me siet bien.
Vous ne vous abaissiez de rien,
Ainz vous haulcier et amonter (sic).
Qu'en son père a moult de bontés,
Et s'a en luy hault homme et sage,
6455 Et sa fille est de haulte marge.
S'est belle et plaisant a devise.
Ses taions fu li roys de Frise,
Et si povez prendre assez terre. »
|86 V] Galeren l'a faicte requerre
6460 Par deux evesques a son père,
Et Brundorés, a chiére clére,
Li octroyé luez et fiance.
Mais cil n'y prent que la semblance
Fresnein que la pucelle porte.
6465 Flourie de tant se conforte,
Qu'il n'y ayme que le semblant,
Mais li sourplus li va troublant.
Partout vole la renonmée
Que Galeren a tant amée
6 170 La fille Brundoré le sage.
Qu'avoir la doit par mariage.
S'en est ja li pays tout plains.
De Nantes en court jusqu'à Reins
La nouvelle, et d'ilec a Mez.
6475 Quant Esmerée ot que li brez
A famé autre que li plevie,
— 169 —
Une langueur saisist sa vie
Dont movoir ne se puet du lit.
Flourie en a joie et délit,
6480 Qui qu'en ait mau talent au cuer.
Mais Fresne en demaine sa seur
Grant duel, qui l'ot conter a maint,
En la cité ou elle maint.
Son duel privéement en maine ;
6485 « Lasse ! or est m'esperance vaine,
Fait elle a le, quant j'ay perdu
Celui qui j'ay tant atendu.
Tant Tay amé que plus n'en peu,
Mais je n'y ay gaaigné preu ;
6490 S'ay mesonné en wide esteule.
Lasse ! or suis esgarée et seule ;
Or ne sçay je mais que je face;
Or est il droiz que je me hace,
Quant li bretons ainsi me fault.
6495 Se Dieux a l'ame me consault,
[87 r°] Ja pour ce faillir ne li vueil,
Qui me vendroit de grant orgueil
Se pour ce en oubly le mettoie.
Lasse! Il scetbien que je n'estoie
6500 Ne sa pareille, n'endroit luy,
Que je ne sçay nommer cely
Qui m'apartiengne tant envoyé.
Par foy, ce l'a bien mis en voye
De moy laissier et autre prendre,
6505 Dieux! comment se pot il deffendie
Vers l'amour dont il se plaignoit?
Comment ? Certes il se faignoit.
Ce n'estoit mie amour entière;
Je n'en avoie que la chiére,
6510 Et li cuers estoit dedens faulx,
Qui tous y entendoit les maulx.
Mal entendans estoit il voir;
Ce puet on ore bien savoir,
Et je me[i]sme bien le voy.
6515 Je fusse sage, s'endroit moy
— 170 —
Voulsisse amer et mon pareil.
Je ne vouls(y) croire le conseil
Mon bon parrein ne son chastoj.
Il me dist souvent : a Garde toy;
6520 La aime ou tu soies amée. »
Je n'ay rien dit, car plus blasmée
En doy estre que Galerens,
Qui est tant de doulx cuer et frans
Qu'il venist cy, s'il m'y seust,
(3525 N'autre famé que moy n'eust,
S'il pensast que je fusse vive.
Je suis de sens foie et chetive
Quant a lui ne me suis monstrée,
Des (ce) qu'il revint en sa contrée
6530 De la terre de Lo[e]rraine ! »
Ainsi se plaist une semaine
Et nuyt et jour, qu'onques ne cesse,
[87 V] Tant que Rose une nuyt la presse,
Qu'elles sont en leur lit ensemble,
6535 Et sent Fresnein qui pleure et tremble.
Si li a dit : « Ma damoiselle,
Je suis d'une couleur (sic) novelle
Esmute qui au cuer me point,
Pour ce que je ne vous sens point,
6540 Ha[i]tie, si com m'est advis ;
Vous avez tout mollet le vis
De lermes, et s'alez tremblant.
Car me dictes vostre semblant
Et le mahain que vous sentez.
6545 S'aidier vous povoit masantez,
Certes toute la vous donroie,
Ne rien détenir n'en querroie,
Si suis de vostre mal atainte.
Tant vous estes huy et hier plainte
6550 Que paour ay de voustre corps.
Est vous failli argent ny ors ?
Avez vous voir mestier d'avoir?
Nuls fors moy nel(e) doit mielx savoir,
Car je vous aing plus que ma mère,
- 171 —
6555 Ne ja n'iére vers vous amére
Que je ne vende ainçoys le mien
Que vous aiez besoing de rien ;
De ce vous fazje moult bien sage.
Je ne pris rien mon héritage
6560 Pour qu'avoirs vous faille a despendre. »
Or puet Fresnein l'amour entendre
Dont Rose l'ame sa compaigne.
Ne se tient qu'a li ne se plaine,
Et puis li a dit en plorant :
6565 « Rose, voir je me voiz morant ;
Se n'ay mes de ma santé cure,
Mais tant suis certaine et seure
De vous, qui m'amez loyaument,
Que ja sçarez mon esrement. »
[88 r'] Rose l'acole, si l'escoute,
Et Fraisne li a dicte toute
Da [sic) sa vie la mesestance,
Et comment ell' est par fiance
Au breton jointe et aloie.
6575 Adonc Ta Fresne moult prie
Qu'elle n'en paroUe, ainz s'en taise.
Rose li respont : «A malaise,
Damoiselle, n'en soiez mie.
Suiz je doncques vostre anémie
6580 Que je vueille vostre courroux? »
— « Ros(t)e, li festus en est rous,
Ce dit Fresne, car aller vueil
V[e]oir celi dont je me dueil,
Au jour qu'il doit sa femme prendre.
6585 La pourray je moult bien apprendre
Comment cuers se prouve d'amer.
S'a amie me veult clamer,
Si comme il a maintez foiz fait.
Nous en verrons moult bien le fait,
6590 Que vraie amour ne puet mentir.
S'a ce vous voulez assentir,
Car y vueillez avec moy,
Lie en seray, si vous en proy
— 172 —
Que compaignée m'y faciez. »
6595 — «Ma damoiselle, commenciez
A faire vo vouloir, dit Rose;
Que ja ne vouidrez faire chose
Que aussi avec vous ne face.
Pour qu'elle vous agrie et place,
6600 Et pour que je faire la puisse. »
— (( Or est il dont bien que je truisse,
Ce respont Fresne, une raison
Par quoy nous ayons achoison
D'aller as noces Galeren. »
6605 Dist Rose : « J'ay, près [va] d'un an,
[88 vo] Voué[e] la voye et promise
Par mon malaige a Saint Denise,
S'y vueil aller sans plus targier.
Sor ce savraj' bien losengier
6610 Ma mère, et tant dir(e) d'un et d'el
Qu'elle demour[r]a a l'ostel.
Et je et vous nous en yrons. »
— «Vous dictes bien, et si dirons,
Ce dist Fresne, que je vueil vendre
6615 Mon drap et l'argent qu'il vault prendre.
S'en auray [bien] .lx. mars,
Car s'il m'estoit emblé ou ars,
Je y aroie domage grant.
Tost se vendroit 11 quens en grant
6620 De l'achater, s'il le veoit,
S'en donroit plus, si li seoit,
Qu'uns autres homs ne pourroit faire. »
— « Ceste achoisons est bonne a traire ;
Ja ma dame nel(e) desdira.
6625 Quanque vo bouche li dira
Vouldra elle bien octroyer,
Ne ja ne s'en fera prier.
Qu'elle vous croit plus que le monde ;
Si estes la femme seconde
6630 Apres mon corps, ce respont Rose,
Qu'elle plus ayme et plus alose ;
Mais soiez en asseurée. »
— 173 -
Or n'est mais si Fresne esgarée
Comme elle a quatre jours esté ;
6635 Plu(r)s ra qu'elle ne sout santé
Et mains sent maulx et arrommiez.
Ambedeux se sont endormies.
Matin se liesve Rose et Fresne
Qui sa dame le jour araisne :
6640 « Dame, fait elle, oy hier dire
Que famé doit sans contredire
Li quens de Bretaigne esposer.
[89 r°] Si me puis cy trop repouser,
Qu'il la doit prendre ainz .xv. jours.
664^ Un chier dr[a]p ay gardé mains jours
Dont je vouldroie bien l'avoir
Tenir c'om en pourroit avoir:
Biau dr[alp y a riche et plaisant.
Si va tous li séclez disant
6650 Qu'a la Roche Guyon sera
Li lieux ou il l'espousera.
Si ne puis plus demeurer cy,
Ains vous pry par vostre mercy
Que Rosain y laissiez venir.
6655 Compaignée me veult tenir.
Si vous octroyer le voulez,
Et nient plus que vous soûlez
Ne soiez d'elle a mesaise.
Qu'elle ait chose que li desplaise.
6660 N'y avra honte ne domage. »
— « Dame, dit Rose, elle est tant sage.
Et si se maine loyaument
Qu'aler y puis seurement,
Et je ne resuis mie sote,
6665 C'om m'y doye tollir ma cote.
Ne mon hernoys, ne faire honte.
Quant nous arons vendu le conte
Le drap qu[e] elle vous devise.
Nous en yrons a Saint Denise ;
6670 Si pa[r]iray la mon voyage. »
— « Andeux estes de tel aage,
— 174 ^
Respont la dame, et de tel sens
Que s'en aller est mes assens,
N'y doy villanie pencer,
6675 Anduy vous sarez bien tenser
De mauvais pas, si corn je croy.
Fille, allez y, jel(e) vous octroy,
Si li soiez bonne et loyaux.
Mieux li garderez ses joyaux
[89 v°] Et ses draz qu'autre ne feroit. »
Nuls a dire ne vous saroit
Comment elles sont eulx deulx liées.
Le jour se sont appareillées
De quanqu'il leur fault a devise.
6675 Fresnein a une penne prise,
Si l'enmale, d'ermine riche.
Ne vouldra c'om la tiengne a chiche,
S'elle puet aller a la feste.
En son hostel plus ne s'arreste,
6680 Mais Tendemain quant il adjourne,
Son hernays trousse, si s'atourne,
Elle, et Rouse, qui est montée
Une mule qu'a empruntée.
Chevauche lez sa damoiselle,
6685 [Et] li porte dessouz s' aisselle
La harpe qu'ell' a au col mise.
Une escha[r]pe a chascune prise
Et un bourdon, s'ont chappes perses.
Aleur chemin se sont aerses,
6690 En semblance de pèlerines,
Leurs deux cuers uns sans coubines.
Si chevauchent en deduysant ;
A l'autre va l'une disant
Tout ce qu'elle en pense et fait.
6695 N'y a chose qui a meifait
Leur doive tourner [n']a reprochez.
Tant chevauchent et mons et roches,
Par bos [etj par plains et par sentes.
Qu'elles ont mis[es] leurs ententes
6700 D'entrer en la Roche Guyon.
— 175 —
Leans a ce droit point crie on :
« Que chascuns atourt son hostel
A son povoir, et face tel
Com pour haulx hom[e]s recevoir. »
6705 Si leur fait on a tous savoir
[90 r°] Que Dimenche y erent les noces.
Tant y avra d'abbez a croces,
Et clers, et evesques mittrés,
Et chevaliers logiez en trez
6710 Aux champs, pour eulx moins encombrez,
Que nuls n'yert sages du nombrez.
S'en est chascuns garniz par ban.
Or ot le voir de Galeren
Fresne, s'en est toute adoulée.
6715 D'une blanche guymple ausques lée
Lie son chief tout environ,
Et dessur met son chapperon.
Pour ce qu'aucuns ne la congnoisse.
De ce qu'elle ot a telle angoisse
6720 Que li oueil de duel l'en lermoient.
Une ruele povre voient
Qui est d'ostelz petiz aisinz.
A belle Fresne plaist li liuz,
Qu'elle le voit ausques privé.
6725 Un basset en y ont trové
A une vefve famé fille :
« Dame, pour Dieu et pour saint Gile,
Dist Fresne qui est arrestée,
Je me suis huy moult démontée
6730 D'oustel trover; or je vous proy,
Par si que se je truis et voy
En vous bonté et lié semblant,
Je vous donray ma mule ambiant,
Ou .X. mars de blans esterlins,
0735 Dont ne maint chanvre ne lins. »
Respont celle qui en piez sault :
« Or descendez. Si Dieux me sault,
Céans serez bien herbergiez ;
Par folie fussiez logiez
- 176 —
0740 Lassus amont en cel chastel.
Bien vous saray faire wastel
Et vostre mengier achater.
[90 v°] Ne m'escuet {sic) la hors emprunter
Ne dras, ne coitez, ne coissins ;
6745 S'aj de Tavaine trente aissins,
Et du mien pré bon faing novel. »
Respont Fresne : « Cy a revel.
Bien seront voz bontez rendues. »
Adonc sont andenz {sic) descendues.
6750 Or sont assez plus envoisces,
Quant leurs mules sont [ajaisées
Et leur chose est a sauveté.
De tout leur fait avoir plenté
Leur ostesse, et si leur va querre. -
6755 Fresne fait un tapiz a terre,
Qui leur fait destrosser, estendre.
Sus va son drap taillant et fendre,
Prent la, sel fent et si le taille.
Oncques ouvriers a mains de taille
6760 Ne taille robe comme ceste.
En pencée a qu'elle s'en veste ;
S'en a taillé mantel et cote.
En son cuer l'en tient Rose a sote :
S'a fait oultrage, ce ly semble.
6765 De fil d'or et de soie ensemble
Ont la robe si bel cousue
Com s'elle fust ainsi tissue,
Carl'euvre com davant y pert;
Si sont li quartier si apert,
6770 Ou les ymages sont pourtraictes,
Com(me) s'elles fussent arsoir faictes.
N'y a ne pièce ne chantel.
S'a mise la penne ou mantel
D'erminetez blanches et belles,
6775 Et unes atachez nouvelles
Y met qu'eir a leans ouvrées.
Jamais ne seront recouvrées
Teles, que nuls ne scaroit mie.
— 177 —
La ville est toute estourmie
[91 r°] Des hostels qu'on y prent et.quiert ;
Mais nuls le Fresnain ne requiert,
Que ce Fem porte ausques garant
C'om le voit povre et mal parant.
De tout ce ne li puet chaloir,
6785 Qu'elle a dedens tout son vouloir.
Et la ville va emplissant
Le sabmadi avesprissant.
Ytant baron et [yjtant conte,
Que je n'en sçaj nommer le conte,
0790 Et d'autre gent y ra foison ;
Si n'y a loge ne maison
Qui ne soit de gent toute plaine.
Et on y aporte et amaine,
Et sur charretes et sur chars,
0795 Cerfs et cengliers et autres chars,
Et sur les sommiers le[s] poissons.
Pour nient seroit a Soissons,
Que vin y vient fort et plaisant.
Si y a maint cygne et main faisant,
0800 Et foison de pain beluté,
Plus blans que n'est lis en esté.
Feurre et avaine y a assez.
Ainçoys seriez tous lassez
Que l'avoir eussiez cerché,
0805 Qu'on va vendant par le marché,
De dras et d'autre mercerie.
Pour Galeren et pour Flourie
S'i assemblent li menest(e)rel;
Li uns sert d'un, li autres d'el,
0810 Qui savent les mestiers divers.
Li un y font combatre vers,
Li autre y font beter ces ours
A chiens qui les suivent a cours,
Cil y tient lyon ou liempart {sic).
6815 V[e]oir povez de l'autre part
Oustours et faucons, c'om y porte.
[91 vo] Ainsi se déduit et déporte
12
— 178 -
La gent qui y est assemblée.
La ville est de tous biens comblée,
G820 Por les noces qui sontsor main,
S'ont attendu jusqu'à demain.
Toute nujt pence en son courage
Galeren a son mariage,
Si se merveille qu'estre puct,
G825 Quant autre famé li estuet
Que Fresne la belle espouser.
S[e] il s'en povoit excuser,
Voulentiers s'en excuseroit
Ne jamais ne Tespouseroit.
(3830 Pour ce n'a toute nuyt dormy :
« Sont, fait il, desvé my amy,
Qui me vont mariant a force.
Donner m'en pueent bien l'escorce
Et li fuz dessouz en soit leur.
6835 Arbres a escorce meilleur
Que le fust a nature fierre,
C'est Fleurie qui a la chiére
Et le semblant plus avenant
Qu'elle n'ait tout le remenant.
G840 Li remenant voir m'en descorde
Puis qu'au semblant point ne s'acorde.
Moult y amasse Facordance ;
Mais puisque j'y voy la doubtance
Je ne m'acort point a li prendre.
6845 Dieux! comment m'en puis je deffendre
A m'onneur de ce mariage?
Elle est a un homme si sage
Fille, qui [a] tante vertu.
S'or te demande : « Veus la tu ? »
6850 Comment te peuz tu assentir
A respondre oil sans mentir ?
Mauvaisement je ray en sens
Que mariage fait assens.
[92 r°] Si je dy oil, j'ay menty.
0855 Si m'y ai je voir assenty
Selon qu[e] on juge dehors.
— 179 —
Comment pourra sentir mes cors
Le veu, quant je li mentira}?
Sans assentir Tassentiraj',
6860 En tant com Dieux juge dedens.
Si prendray famé pour ses dens,
Et pour ses yeulx, et pour sa bouche,
Quant de si peu m' amie touche
Celle, [ne] n'em porte que l'ombre ! »
6865 De li espouser ne s'encombre,
Car ce seroit faulce jointure.
Et Dieux ! qu'i[l] ne soit Faventure
Que Fresne soit de li si près !
Il diroit ja tout el aprez,
6870 Car il diroit : «Je n'en vueil mie.
Quant j'ay Fresne ma doulce amie,
Qu'en li sur autres ay m'entente. »
Toute nuyt ainsi se démente
Jusqu'au jour que du lit se part.
6875 Brundorez est de l'autre part
Levez, et tuitli chevalier.
Gente, qui veult appareillier
Sa fille et enbellir se peine.
Se faire en povoit belle Hélène
6880 Ou Lavine ou Ysolt la blonde,
Qui fu la plus belle du monde.
Mettre y vouldroit cure et travail .
Robe d'un clert samit vermail
A flours ovré entraictez d'or,
6885 Dont la penne vault un trésor,
Veult Gente que sa fille veste.
Puis li a sur sa sore teste
Une cercle estroicte d'or mise,
Ou il [a] mainte pierre assise,
6890 Rubiz et esmeraudez mainte.
Et d'un tyssu riche l'a sainte
[92 V"] A boucle d'or, ouvré de neuf.
Si l'a desouz un fausdestuef
Assise en une chambre belle.
6895 Bien puis dire de la pucelle
— 180 —
Qu'on li a famé moult plaisant
De biau corps et de chief luisant,
Et de clcr viz et de biaux jeulx.
Mais on doit Fresne prisier mielx,
6900 Car aussi com genne(sîc)vaint voirre,
Et la rose la primevoirre,
Vaint sa s[er]eur Fresne la gento,
Qu'on aourne a si grant entente
Pour ce que plus l'aint Galerens.
6905 De surtapiz et de sur bans
Se sient privé et estrange.
De chevaliers y a grant renge
Et de dames et de pucelles.
Par le palais content novelles.
6910 Ce dit cil voir et cil menconge,
Et cil li va monstrant son songe,
Cilz conte laiz, cil y vielle,
Cil harpe, cil y challemelle ;
S'atendent l'eure de grant messe.
6915 Galeren si est hors de la presse
Qui liement ne s'esbatguaires.
Maint chevalier a robes vaires
A entour li et mainte dame.
Bruns qui y est voit que sa f[l]ame
6920 Ne li est mie toute esteinte.
Aventure li conte meinte,
Oyant ceulx qui sont entour luy,
Pour lui ouster de son ennuy ;
Mais il n'y scet tant adj ouster
6925 Qu'il le puist de s'amour oster,
Que s'entente n'y ait tournée.
Dechiet ainsi la matinée.
Ainçoys que voisent au mo[sJtier,
[93 r°] Vouldra servir de son mestier
6930 Fresne, car faire li convient.
De plus avenant ne souvient
Homme, ne de plus belle née.
De sa robe s'est atournée.
Qui vault .Lx. mars d'argent.
-- 181 —
6935 S'a un tyssu saint bel et gent,
Plain(s) de saffirs et de jagoncez.;
Es membres a plus de quatre uncez
D'or rouge, et en la boucle riche
S'a noische dont elle s'afiche.
6940 N'est mie povre ne petite,
Qu'il y a mainte crisolite,
Et berilles, et calcidoines,
Et ametixtes, et sardoines ;
Si li ot Galeren donnée.
6945 De blanche gujmple est atournée ;
S'en a repost e[t] nez et face.
Ne veult mie, que qu'elle face,
Que nuls si tost a court la sache.
A sa noische ferme l'atache
6950 De son mantel, qui ne se meuve.
Rose vest une robe neufve
D'escarlete, cote et surcot.
Ainçojs paient bien leur escot
Qu'elles yssent de l'ostel hors.
6955 Fresne, la belle, au séant corps.
Et Rose tant se sont hastées
Que sur leurs mules sont montées.
Rose la he[r]pe a son coul pent
Et le vaillant orillier prent;
6960 Puis s'entournent grant ambleure,
Car l'eure point n'est asseure
C'om veult la grant messe chanter.
Jusqu'au palais sans arrester
[93 v°] Sont venues et si descendent.
6965 Tous cil qui les voient entendent
, A regarder belle Fresnein.
Sa harpe prent a une main,
Que Rose lues li a rendue.
Fresne a son coul l'a pendue,
6970 S'al'oreillier a son piz mis.
A cesti deust estre amis
Ung roys qui tenist tôt le monde !
Font cinq cens qui a la r[e]onde
- 182 —
La oaingncnt et mirent son corps.
6975 Galeren yert de son sen hors,
Si cestui ne fait davant lui
Esbanoier encor ancuy,
Ainçoys que de la court en voyt.
Fresne a Rosain dist ne li poist,
0080 Proie li que les mules gart :
« Alez, n'y aiez ja regart
Que je nés gart bien », ce dist Rose.
Et Fresne, sans dire autre chose,
S'en va errant tout a eslaiz.
6985 Ne fine jusques el (le) palays,
Puis chante quant elle est en my :
(( Je voiz aux noces mon amy :
Plus dolente de moy n'y va ! »
Geste note premiers trova
6990 Fresne qui de chanter se peine.
Les doiz en la harpe pourmaine :
Si va herpant tant doulcement
Que li menest(e)rel erraument
Mettent leurs instrument arriére,
6995 Car tous leurs sons et leur manière
Vallent vers la harpe aussi peu
Com vers vielle voix de leu.
S'en sont esbahy touz ensemble.
A chevaliers et a tous semble,
7000 Tant en loent la mélodie,
[94 r"] Q'angez du ciel lor chant [et] die
Ce que Fresne leur va notant.
Et Galeren se va matant
Qui encore peus'aparçoit.
7005 Fresne l'esgarde, si le déçoit
Et davant li de gré se porte
Par un doulx lay le desconforte.
Les autres layz celuy a pris
Que Galeren li a apris.
7010 Et le dit ne mesprent n'en la note
De Galeren le breton note.
Si l'escoutent toutes et tuit ;
— 183 -
Des moz n'entent nulz le déduit
Fors que dui, mais li chans est doulx :
7015 Si les fait entendre a li tous.
Que que Graleren ot le laj,
Li sancs li mue sans delay,
Ne soit ou il est ne qu'il face.
La couleur li voit en la face
7020 Fresne muer, et sel voit taire.
Dont parole a li par contraire.
« Quens Galerens, com faicte(s) chiére,
Com avez vostre famé chiére,
Qui ne vous voulez envoisier !
7025 Peu vous doit amer et prisier.
Quant si fait semblant nous moustrer.
Estes vous si de goûte outrez
Ou de paour ou d'avarice ?
Est ce pour mantel ou pour plicc
7030 Que jevueille du voustre avoir?
Dieux mercy, j'aj assez d'avoir.
Ne soiez ja si esbahiz.
Voiez, il cuide estre trahiz,
Quant je paroi de ces dons cy.
7035 Est ce cops qui vous a nercy
D'espée ou de lance (ou) de fresne?»
[94 v"] La pucelle plus ne l'araisne,
Qui maté l'a et desconfit,
Ne pour les moz ne pour l'alit,
7040 Mais pour ce qu'il la congnoist bien.
En soy n'a nul povoir de rien,
S'il n'a des piez lever puissance.
Fresne voit bien a la semblance
Qu'il s'aparçoit et est soupris.
7045 S'a aux autres le congié pris :
(( Seigneurs, fait-elle, Diex vous sault
Et l'espouse gart et consault.
Bien voy que pou du suen aray.
A l'espousée m'en iray,
7050 Si saray s'elle est plus courtoise.»
Puis s'entourne, si se renvoise.
— 184 -
S'entre en la chambre Tespousée.
« Cil Diex qui fist ciel et rosée,
Fait elle, quant de luj vient près,
7U55 Sault Tespousée et en après
Les dames et les damoiselles I »
A li respondre sont ysnelles,
Si li respondent : « Bien venans
Soiez, sur toutes avenans
TOGO Et sur les belles qui sont nées ! »
A ce sont toutes assenées
Qu'ainz maiz ne virent sa pareille.
Esgardant la vont a merveille.
Qu'elles cuydentde li royne.
7065 Fresne a sa harpe a sa poitrine.
Ses doiz y met, lors va harpant.
Les cuers leur emble et va hapant ;
Si sont par le son toutes vaines.
Li brez est levez a grant peines,
7070 S'a son mantel mis sur son chief ;
Veoir la joie lui est grief.
Si s'est de(s) ses barons sevrez.
[95 r°] Bruns voit qu'il est touz eny vrez
Et que li cuers li deulst du ventre ;
7075 En une chambre ou il s'en entre
Li sont luez de près en taisant.
« Sire, je vous voy moult pesant.
Si li dist Bruns, [or] qu'avez vous ? »
— <( Je ne seray huy mes espoux
70S0 A celle que m'avez donnée,
Quant Damediex m'a ramenée,
Respont li brez, Fresne la belle,
Dont je ne sceu piecza novelle.
Et bien en poist tous mes amys,
7085 Celle en qui j'ay mon cuer mis
Et que j'ay amée d'enfance
A'ueil avoir, qui qu'en ait pesance.
Elle est céans. Bruns, si vous proy,
Si vous amez ne vous ne moy,
7000 Que garde faictes de le prendre. »
— 185 ~
Or y voit moult Bruns a reprendre,
Ce li semble. Ne soit que dire,
N'il ne li ose contredire
Ne son commant ne son vouloir.
7095 « Sire, fait il, moult puet valloir
Chastoiement, s'on le veult croire.
Pour ce qu'on ne voie recroire
Vo cuer(s) des biens qu'il sot porter,
A ce vous laissiez enhorter
7100 Que vous dictes : Malades sui.
Si vous laist repouser mez huy
Brundorés d'espousez [sic) sa fille.
Car trop s'abaisse et trop s'aville
Haulx homs qui s'enfance ne cuevre.
7105 Souvent avient que cil qui euvre
Par guille, s'ounour en détient. »
Galeren a bon conseil tient
Ce que Bruns li loe et endite,
Seulement pour ce qu'il respite
[95 V] Jusqu'au demain le mariage.
Tout ce li loe il pour (pour) sa rage.
Que faire chose ne li face
Dont Brundorés a droit le hace.
Tant qu'il sont la privéement
7115 Fresne euvre de son instrument,
Si va les dames envoisant.
Gente, qui la va [r]envoisant,
Li a mainte chançon chantée
Que Fresne en la harpe a notée.
7120 Et quant elle s'est tant déduite,
Elle qui est el cuer recuite
S'arreste en pencer moult parfont ;
D'une pensée se confont
Et d'une chose se prent garde,
7125 Que le drap de la robe esgarde :
Si le va visant destre et senestre ;
Si se merveille que puet estre
Qui celi fist le drap avoir,
Qu'elle voit bien et scet de voir
— 186 —
7130 Qu'elle y a les ymages. faictes
l'^t les lijstoires enz pourtraictes ;
Bien scet que li drapz est de s'euvi'o.
De sang mue, qui le descuevre
La face, s'em pert la couleur.
7135 « Dame, ne cuit que drap meilleur
Maniast nulz onques encore »,
Fait Fresne qui toute Tacore
[Et] esbahist et espovente.
Voiant dames plus de quarante,
7140 Chiet Gente jus sans arrester.
Que sur ses piez ne puet ester.
Pasmée s'est, le cuer li fault.
Au revenir souspire hault,
Et bas a dit : « Que feray, lasse ! »
7145 Sus s'est levée, avant s'em passe
Et entre en une chambre painte.
[96 r^l Et les dames l'ont assez plainte
Qui cuidoient qu'elle fust morte,
Et dis[en]t que maulves mal porte
7150 Dont elle puet morir, ce cuident.
Gente commande qu'elle[s] wident
La chambre, et elles s'en vont fors.
Fresne fait venir a li lors.
Laiens se sont audens [sic] enclosez.
7155 Fresne repense a maintes choses,
Et ce la fait pencer et taire
Qu'eir a a la dame veu faire ;
N'y pence mainz que fait la dame.
« Belle, fait Gente, sur vostre ame,
7160 Sur vo baptesme, sur vo foj,
Et sur Dieu, vous conjur et proy
Que vous me diez erraument
Vostre affaire et privéement.
Savoir le vueil, nel(e) celez mie.
7165 Avant me dictes, doulce amie,
Comment vous estes appellée ? »
— « Dame, ja ne vous yert celée
Ma vie », Fresne li respont.
— 187 —
Li foux (sir) surnom choile et repont,
7170 " Fresne suis par droit non nommée. »
— a Belle Fresne, ou fustes vous née ?
Dist la dame, savoir le vueil. »
Lues deviennent mojste li oueil
A Fresne, quant ce s'oit enquerre.
7175 En plorant respont : «D'une terre
[Dont] ne vous puis je [le] voir dire.
Ja nel(e) voulsisse contredire
Que volentiers nel(e) vous deisse. »
Respont Gente : « Savoir voulsisse
7180 Ou vous avez nourrie esté. »
Fresne voit que rien conquesté
N'arroit en celer son affaire.
'96 vo] « Dame, fait elle, mon contraire
"Voulez savoir, ce le vous diray.
7185 Ja voir ne vous en mentiray.
Ainz que de fons fusse levée,
Fuz je sur un arbre trouvée.
Si me norry une abba[e]sse
Et un chappelains chantant messe,
7190 Qui maint bien me fist, Diex ait s'amc,
Et si conseult ma bonne dame
Par qui je suis si espennie.
Bien estoie en mon bers warnie.
Qui riches estoit a devise.
7195 Quant je fu deslie et prise,
Si vit l'en sel, par congnoissance
Qu'encor n'estoie a la créance
N'a la foy Jhesu Crist donnée.
Si fuz luel (sic) par le sel renée
7200 En la sainte eaue, en sainte église.
S'en Fresne a non par la devise
Que sur le fresne me trovérent ;
Fresne pour ce m'en appelèrent.
Puis fuz gardée a grant déduit.
7205 Cinq c. besans en ont d'or cuit
L'abb[a]esse, si com je croy.
Qui trové furent avec moy.
- 188 —
Si trova l'en cest oreillier
Que vous me veez cj baillier
7210 Contre mon pix, quant har[)ez {sic) vuei
Cel drap qui fu de grant orgueil
Et encore est de grant richesse
Trova l'en dessouz ma chevesce.
Mais ne say que ce signifie.
7215 De ce soiez certaine et fie
Que la dame qui me trova
Doulcement vers moy se prova,
Car moult de bien me fist aprendre.
Le drap et l'oreillier fist prendre,
[97 To] Selle le fait en son trésor sauver.
Bi.en sçay lire et bien embriever,
Latin parler, et harper laiz,
Et faire eskardire voz laiz;
Dont j'ay puis eu moult grant preu.
7225 Madame avec un sien nepveu
Me fist nourrir en (en) sa maison.
Quant nous venismes en saison
Qu'il fu grans et je me connuy,
Si nous entresmasmes. Mais l'ennuy
7230 Que chascun en a puis eu
N'ariez vous huy mais sceu
N'en tous les jours qui sont en may.
Ma dame ot duel quant je l'amay,
S'ot paour qu'il ne m'esposast.
7235 Et il moult bien faire l'osast
S'il en peust avoir loisir.
Et ne pourquant par son plaisir
Eu je sa foy, sachiez sur m'ame.
Qu'il n'espouseroit autre femme,
724i> Et encore l'a bien sauvée.
En la fin fu toute desvée
Ma dame, si li ennuya
D'un message qu'il m'envoya,
Qu'elle trova a moy parlant.
7245 Si m'en ala tant assaillant
Par moz et tout li respondy,
— 189 -
Que mon oreillier me rendy
Et ce drap dont je suisvestue.
Mais ce me desconfit et tue
7250 Qu'elle me reprova ma honte.
En la fin vous dj de mon conte
Qu'en moj n'ot oncques lecherie.
Si laissai. Si m'en suis garie
A Rouen puis a grant honnour.
7255 Or vouldroie trover seigneur
Ou dame entour cui j'estuisse,
[97 V] Qui par hounour servir puisse. »
Esbahie est madame Gente
Qui a mis a oyr s'entente
7260 Ce que Fresne lia conté.
Bien soit et cougnoist vérité,
Au drap et a ce qu'elle conte,
Que, pour le cry et pour la honte
De la parolle qu'el' ot dite,
7265 L'en fist enfant en bers petite
De novel née destourner.
Lues lafaicte desarnoter
De sa guymple pour T[e]oir nue.
Et Fresne son vis en desnue
7270 Qui la face a vermeille et belle.
Lues que Gente voit la pucelle,
[De] s'autre fille si li semble.
Pour ce qu[e] elle li ressemble ;
Mais Fresne de biauté la passe.
7275 La mère en son cuertout compassé
Yeulx et nez et menton et bouche,
Et nature le cuer li touche.
Si fait remeuvre vraie amour
Qui morte y a esté maint jour.
7280 Pour ce que cuers ne puet mentir,
Li fait pitiez l'amour sentir;
Si regarde piteusement
Fresne, et li jecte erraument
Ses braz au col ; si le {sic) estraincte,
7285 Par grant doulceur et par grant plainte.
— 190 —
L'a baisie plus de cent foiz
Enyeulx, en bouche, en mains, en doiz.
Et en la face belle et clerc.
Dont s'escrie com vraie mère :
7290 « Belle Fresne, douceur de cuer !
Ma fille es, et celle est ta seur
Qui la hors siet a grant hounour.
[98 r°] S'atent Galeren a seigneur
Qui la doit espouser ancui.
7295 Ma doulce fille Fresne, a cui
Seras tu en droit toy donnée?
Aussi es tu de mon corps née
Et fille aBrundoré le preu.
Fille, quel hounour et quel prou
7300 As tu de noz deux receu ?
Lasse ! il n'a encore sceu
De toy ne mençongie ne voir.
Si n'en doit blasme recevoir,
Mais tout avoir le doit la folle,
7305 Je qui diz la laide paroUe
A Marsille, la sainte dame,
Que follie avait fait la femme
Qui portoit deux enfans jumiaux,
Pour ce qu'elle en avoit deux biaux.
7310 Que folle diz et mesdisans ;
Si doubtay puis les moz nuysans,
Qu'ensemble en eu(z) deux en mon corps,
Toy et cel[e] qui siet la hors ;
Dont fui(z) je mère par contraire.
7315 Honte me fist tel chose faire
Qui a langour me tourna puis.
Quant tu yes vive, et je [te] truis.
Ne puet estre que Dieux ne m'aint.
Car en moy seule ne remaint
7320 Que tu n'aies esté perie.
Car pleust a Dieu que Flourie
Fust en ton lieu et tu ou sien !
Or vouldroie assez plus ton bien
Que le sien, si Dieux bien me face.
— 191 -
7325 Soit qu'il m'enaint ou qu'il m'en hace,
Ton père le feray savoir.
Quant conté l'en aray le voir,
Si li siet, si le me pardoint,
Ou s'il li plaist la mort m'en doint,
[98 v°] Que ja mais ne[l] li celeray,
Doulce fille, quant ton cors ray. »
Fresne repleure d'autre part,
Ne de sa mère se départ,
Jusqu* ele l'a c. foiz baisie ;
7335 Ne fu oncques mais aaisie.
Si li fait le vray cuer baisier
Nature qui ne soitboisier.
Que qu'elle la baise si pleure :
a Doulce mère, bonne m'est l'eure
7340 Que je vins cy, dist la pucelle.
Encor ne m'aist vostre mamelle
Livrée en enfance peuture,
Si m'en repaist toute nature
Qui de vostre amour me saoule.
7345 Amours naturelz a mooule,
Mais celle est wide et petit dure
Qui fondée est sur norreture.
Mains amer pour ce ne devez
Vostre enfant que nourri [n']avez.
7350 Car si vous ne m'avez nourrie
N'est pas pour ce en moy perie
Vraie nature qui me prent.
En peu d'eure mon cuer aprent
Ce que n'a veu ne apris.
7355 Amours naturelz l'ot si pris,
Quant pour moy muastes la chiére,
Qu'onques puis ne l'en peuz arriére
Tourner, car(s) vous estes ma mère.
Mais pour Dieu faictes moy mon père
7360 Cy venir tant qu'il m'ait veue,
Par si quant il avra seue
Ma vie et de mon corps le conte,
S'il vous en fait ennuy ne honte,
- 192 —
Ou cuer m'en ferray d'un coutel. »
7365 Gente en pur le corps sans mantel
[99 r°] Vient à Tuis de la chambre errant,
S'envoie querre tout courant
Son seigneur, et il vient la lues.
L'uis de la chambre qui est neufs
7370 Ferme la dame, et ses espoux
Lia dit: «Dame, que plaistvous?»
Celle l'esgarde et mot n'a dit,
Ainz se laisse sans contredit,
Jointes mains, a ses piez ch[e]oir :
7375 « Sire, fait elle, qui povoir
Avez de moy occire cy.
De ceste lasse aiez mercy.
Regehir vous vueil mon pechié.
S'en vous tient a bien entechié
7380 Et je ne sen voustre bonté,
Faulcement vous ont araonté
Cil qui vous prisent par le monde.
Toute première, non seconde,
Doit famé du baron sentir
7385 La courtoisie, sans mentir,
Ainçoys que nulz autres la sente.
Bons Brundorés, ja suis je Gente
Qui meifait ay; si m'en repent.
Se tu veulx, sire, si me pent,
7390 Car forfait l'ay par jugement.
Et si Dieux prenoit vengement
Selon ce que pechierres pèche,
Que s'ireurs fust de pitié sèche.
Trop nous ferroit de dure corde.
7395 Mais il a de miséricorde
Atrempée si s'a[s]preté.
Que tuit sachent de vérité
Qu'il vouldra mielx gueredonner
Les biens aux bons, que mal donner
7400 A ceulx qui l'aront desservy.
Sire, ja vous ai je servy
De corps loyal, qu'eins n'en mespris.
— 193 —
[99 v°] Si d'autre chose ay entrepris,
Mercy de vous avoir en doy.
7405 Et par un convent la vous proy
Que je me occiray tart ou tempre,
Si pitié ne vous en atrempe,
Voire ainçoys que li jour nous faille.»
— « Levez sus et sachiez sans faille,
7410 Ce dist Brundorés qui l'en liéve,
Que dolent suis et moult me griefvc
Quant tant avez esté a terre.
Dieux a mercy de ceulx qui querre
Li veulent de tous leurs meflfaiz.
7415 Se si villains estoit voz faiz
Que vous murdrir me voulsissiez,
Pour que vous en repentissez.
Si vueil je tendre a vo pardon. »
— M Sire, cy a moult riche don,
7420 Ce dit Gente ; dont m'escoutez,
N'a engigniez ne vous sentez,
Car ce que je conter vous vueil
Est voir comme evangille en fuel.
Sire, tout avant vous diray
7425 Que plus assez el cuer dire ay
Que mestier ne fust, quim'enpire.
Ne je ne cuit en nul empire
Homme tant sage a bien entendre
Corn ne puit d'autre dit reprendre.
7430 Jel(e) diz pour moy, quar je diz ja
Tel chose dont mes los changea.
Mes parler a tous mesavient.
Près a vingt ans, si m'en souvient.
Que vous tenistes une court.
7435 La n'ot il cler oyant ne sourt
Qui n'entendist ma villanie.
Je diz que femme estoit honnie
Qui de deux jumiaux estoit mère,
Qu'avoir dévoient plus d'un père.
[100 r°] Ce diz je com(me) folle et estoute.
Sachez qu'il m'avint puis sans doubte
13
— 194 —
Que j'eu deux filles a un lit.
De ce n'ou je point de délit,
Quant fait en eu si villain conte.
7445 Car pour ester mon corps de honte,
En fis une loing destourner,
Et si la fis si adourner {sic)
D'avoir, de sel et d'oreillier,
Et d'un chier drap, qui travillier
7450 Me fist plus de quatre ans entiers,
Qu'on la nourrj bien voulentiers.
Quant elle fu trovée et prise.
Le tesmoingde sa gentillise
Monstra li draps c'om y trova.
7455 Une abba[e]sse la leva,
Par le sel, qui fu note et esme
Quelle vouloit eaue et cresme.
Et se vous cuidiez que je mente,
Que que je mettoie m'entente
7460 El (le) drap de soie et d'or pourtraire.
De ce vous vueil je sage faire,
Maintes foiz venistes seoir
Delez moy pour l'euvre v[e]oir,
Si devisiez les hystoires.
7465 Pour ce que vous tenez a voires
Les paroUes que dictes ay,
Monstrer vous en vueil bon essay:
C'est li draps, c'est li orilliers,
C'est ceste que vostre mouilliers
7470 Destourna loing qu'elle fu née.
Or l'a Dieux a droit rasenée,
Qui monstre a celi s'amistié
De qui il veult avoir pitié.
En cest drap esprouve mon cuer;
7475 Et la royne Aude ma suer
Ce chier oreillier m'envoya. »
[lOOv"] Son baron tourné a voie a
Ausques la dame, et il s'en seigne.
En son conte voit mainte enseigne,
7480 Si s'en recongnoist et adresce.
— 195 -
Maintes tbiz vit a sa chevesee,
Ce li est advis, l'oreillier,
Et raaintez foiz vit travaillier
Sa femme ce drap qu'il manoie.
.7485 Rien ne descongnoist ne ne noyé.
Fresne lieve par le menton :
« Par foy, fait il, céans voit on
Le voir de quanque j'ay oj. »
Adonc a le cuer esjoy,
7490 Quant du nés, des jeulx et du vis,
Semble estre l'autre a son avis,
Et pitiez lues el cuer l'en touche.
Doulcement li baise la bouche
Plus de vingt foiz ou plus de trente.
7495 II l'esgarde, si la voit gente,
Et belle, et plaisant a devise.
Entre ses braz Ta tantost prise,
* Hault la liéve,puis la rebaise.
Tant par en a au cuer grant aise
7500 Que deviser ne le pourroie.
« En non Dieu, fait il, je seroie
Aussi fel com Noiron de Rome,
Qui tant se par descorda d'ome
Que son mefFait ne fesist nuls,
7505 Si de moy vous mettoie en sus.
Ma fille estes, jel(e) sçay et voy,
Si je vous aing ne m'en desvoy.
Car nature ja m'en avoie
Qui toute m' amour vous envoyé;
7510 Si (je) vous "aing plus que tout le monde.
Fille avenans et belle et blonde.
Que si estes gente et apperte.
Com doloreuse fust la perte,
101 T°] S'a tousjours mais fussiez perdue.
7515 Dieux qui m'a ma fille rendue
En merciz je par sa bonté. »
N'aroie huy ne demain conté
La grant joie qu'il en a faicte.
Il est assiz, les lui l'a traicte ;
— 190 —
7520 Si 11 enquiert sa vie toute.
Fresne, qui a le cuer sans double
Mais tout saur, conte a sou pérc
Tout ce qu'elle ot dit a sa niére,
Et de celi qu'ell' a amé;
7525 Mais encore ne l'a nommé,
Quant ses pères nommer li fait.
En aventure del meffait,
Comment que la chose se praigne,
Ou que on l'en lot ou repreigne,
75;50 Li dist Fresne : « C'est Galerens
De qui j'ay eu tous mes bans;
S'a bien cinq ans qu'il m'a plevie. )>
Brundorés pleure de sa vie,
Car souflFerte a mainte durté.
7535 Quant de Fresne sent la purté,
A Galeren le vouldra dire,
Pour savoir s'il veult contredire
Flourie, et Fresne prendre a famé.
I)a {sic) s' amour a et de sa flame
7540 Parler en plusieurs lieux oy,
Que si fort l'avoit esbloy
Une famé estrange et soupris.
Que maint disoient que son pris
En yroit perdant en la fin.
7545 De vray cuer naturel et fin
L'a si enamée en peu d'eure
Qu'il n'en puet laissier qu'il ne queure
A Galeren plus que le pas.
Qu'il treuve essoigne par compas
7550 Que famé ne puet espouser,
[101 v°] Par faindre se veult excuser.
Fresne son père dire rueve,
Ainz que pour querre le bret meuve,
Qu'il die que Fresne s' amie
7555 Le mande, et qu[e] il ne laist mie
Qu'il ne viengne a li sans nul terme.
L'uis de la chambre lues defi'erme
Cil qui d'aller au bret entent.
Graleren se plaint et estent,
7560 Et baaille et de cuer souspire.
Il cuide qu[e] il vienne dire
Que d'aller au moustier est temps.
Premiers parolle G-alerens :
« Sire, fait il, je n'ay mestier
7565 D'uj mais oir messe en moustier,
Car maulx m'a tout le cuer soupris.
Si soit li jour a demain pris
De ce que nous devons huj faire,
Pour (ce) que Diex me vueille retraire
7570 A. la santé que ravoir vueil.»
Brundorés cluigne Brun de l'ueil
Qui bien voit le pie dont il cloche.
« Je ne autre ne vous aproche,
Respont Brundorez,biaux doulx sire,
7575 A ce dont vous oj esconduire.
Ce ne vous vueil je dire mie ;
Ainz vous dj : Fresne, vostre amie,
Ma belle fille au corps séant,
Vous mande s'il vous va grevant
7680 Qu'a li vieignés a chiére clére,
La ou elle est avec sa mère.
Mais vous n'avez mie loisir,
Pour le mal qui vous fait gésir,
Et maladie est droit' escuse. »
7585 Li brez qui ce entent lues s'escuse
Qu'il ne sent mal n'enfermeté ;
Pour ce qu'il(t) ot ra sa santé
[102 r°] Ne plus, ce dist, n'est deshaitiez.
Or ne scet Bruns s'il est gaitiez,
7590 Ne se Brundorés veult savoir
N'atemdre de s'amour le voir.
Si li a dit Bruns en l'oreille :
« Sire, dire vous oj merveille,
Et tout li mons vous tient a sage.
7595 Ne faictes mon seigneur oultrage
Ne mençonge par gas entendre ;
Jennes est, s'a mestier d'aprendre.
13^
— 198 —
Si le povez si desvoier
Que paine aroit au ravoier,
7600 S'en pourroitmaulx naistre et péchiez. »
— « Mis sire Bruns, de voir sachiez,
Ce dist Brundorés li gentieux,
Que je ne suis mie si vieux
Ne si foulx qu'entendre li face
7605 Choses dont [il] n'autres me hace.
Sire quens, je vous-ay voir dit. ;>
Li brez n'en quiert point d'esconduit,
Car il le scet bien vraiement.
En la chambre vont erraument
7610 Tous trojs, si sont leans entré.
Fresne a Galeren encontre
Et Galeren li qui l'acole.
Qui que de ce la tiengne a folle.
Elle acole aussi le breton.
7615 En bouche, en yeulx et en menton,
Et en face se vont baisant,
Et li pères se va taisant.
11 et Gente et Bruns li entiers
Si les esgardentvoulentiers.
7620 Chaseuns en a pitié, s'en pleure.
Bruns de bon cuer Dieux [en j aoure,
S'a dit : « Cy a belle aventure ;
Amez se sont de nourreture;
Si se cougnoissent, ce me semble. »
[102 vp] Li dut amant pleurent ensemble ;
Si se sont couste a couste assiz.
Fresne se taist, cilz estpensiz ;
Si n'ont povoir que fors des dens
Monstrent ce qu'ilz pensent dedens.
7630 Si les estraint amours et bat
Que de parler les contrebat.
Ne se dientmot, ainz se taisent,
Et tout en plourant s'entrebaisent
Et déduisent en eux veoir.
7635 Bien a vroje amour grant povoir,
Car qui bien ayme ne craint honte.
— 199 —
Brundorez voit que bien les donte
Amours qui le parler leur tost.
Or ne laira qu'il ne parost,
7640 Pour mettre de parler en voje
Ceulx qu[e] il voit qu'amours desvoie.
Brundorez le breton araisne :
(( Dans quens, il me semble que Fresne,
Qui ma fille est, vous ame et veulst.
7645 Espoir voustre cuer se redeulst
Pour li, ce puet sentir chascuns.
Voz amis est mis sire Bruns,
Si vous doit a droit conseillier.
Pour prendre ma fille a moillier
7650 Qui la hors est venistes ça,
Et vous amez moult grant piecza
Fresne ma fille qui cy siet.
Or me dictes, s'il ne vous grief,
Laquelle vous voulez avoir. »
7655 — « Sire, ce sachiez vous de voir,
Respont Galeren, que je vueil
Cdi des deux dont plus me dueil,
C'est Fresne qui me fait douloir.
Je plevis contre mon vouloir
7660 Vostre fille qui siet la hors.
A un autre donnez son corps,
[103 r"] Car point ne l'aing ne ne Famoje,
Ne ja siens n'jere, n'elemoye.
Mais Dieux vous laist de li joir. a
7665 Oncques mais ne pot chose oyr
Qui mielx li pleust Brundorez.
« Dieux en soit, fait il, adourez.
Qu'or suis je de tous biens peus.
Et pour ce que je moins creus
7670 Soie de li qui ma fille est,
Je vous octroie une forest,
Mil mars et de mes chasteaulx troys.
Avec li donc je vous acroys
Ce qu'en l'autre deviez prendre.»
7575 — « Certez trop chier vous voulez vendre,
- 200 —
Dist Galeren, ccste aliance.
Or soiez de ce a fiance
Que se j'aing, c'est sans décevoir.
N'ajme mie qui pour avoir
7680 Refuse ce qu'il ame ou prent.
Amours m'enseigne, si m'aprent
Que par amours preigne m'amie.
De vostre avoir ne weil je mie.
L'autre en mariez, jel(e) vous doinz.
7685 Toute ma part vous en pardoinz;
N'en ay, quant j'avray li, que faire.
La moitié li dons en douaire
De quanque je tiens en Bretaigne. »
Or s'accorde Bruns qu'il la preigne,
7690 Qu'or voit il bien et puet sentir
Que ses pères est, sans mentir,
Brundorés et sa mère Gente.
A ce mettent tout leur entente
Qu'on les face espouserle jour.
7695 Sans esloignier et sans séjour
S'aparaillent des noces faire.
Flourie font arriére traire,
Qui près va de duel ne se tue.
[103 V] Tout aussi com Fresne est vestue
7700 De sa robe qui riche est tant,
La mainent au moustier hastant.
Si ra sa mule demandée
Que Rose li a tant gardée,
Com pucelle vaillant et simple.
7705 Fresne qui son chief a sans guimple
Se fait regarder a merveille;
Qu'eir est de rose plus vermeille,
Et s'est d'un fil d'or gallonnée.
Plus droite que flesche empenée
7710 Siet sur la mule qui l'emporte.
Or est a aise, or se conforte
Galeren qui a i'espousée.
Tant siet sur l'erbe la rosée
Que li solaus la sèche et hume;
- 201 —
7715 Tant a Galeren par coustume
Eu mal et douleur soufferte,
Qu'or l'en a warison offerte
Celle qui tant l'a travaillé.
Celle ra le cuer aussi lié ;
7720 A merveille voir ce me vient.
Esbahie est de ce qu' avient
Rouse, qui est aussi montée.
Tant par ont la chose hastée
Que du moustier sont retourne.
7725 Ou chastel ont tant séjourné
Qu'entière se part la sepmaine.
Flourie grant duel y demeine,
Et tel douleur au cuer s'en met
Qu'elle voue a Dieu et promet
7730 Que ja mes baron ne prendra,
Ainçoys de duel se rendera.
Et si fist elle puis sans faille .
Ainçoys que li breton s'en aille,
DoitFresne dame estre clamée.
7735 Loing en vole la renommée
^104 r°] Qu'il est (ain)si a Fresne cheu.
Et tous li mondes a sceu
Qu'elle est fille au bon Brundoré.
De sa vie ont plusieurs plouré
7740 Par pitié, cil qui l'ont aprise.
Brundorés mainte robe a grise
Donnée, ainz que la court se meuve.
Galeren a donner s'i preuve,
Et tuit li baron pour li donnent.
7745 Si grant avoir y abandonnent
Et départent aux menestreulx
Qu'ilz en revont a leurs hostieulx,
Li plus povre bien aaisié.
Sa famé en maine au corps prisié
7750 Cil qui est barons et amys.
Cuer et corps ont ensemble mis,
Et si ont d'els joie et plenté.
N'amenuisent leur voulenté,
— 202 —
Mais leur desi'r plus en acroit,
7755 Qu'amours loiaux point ne descroit
En. cuer qui ne dcigne trichier.
Tant s'entrement et tant s'ont chier
Qu'assez ne se puent sentir.
Cy voit on le villain mentir,
7760 Qui dit que plentez n'a saveur,
Car celle est de si grant doulceur
C'om puet bien dire de ces deulx
Qu'en leur plenté sont besoigneux.
Geste besoigne ont en leur vie
7765 Qui estre ne puet assovie
Ne pour déduit ne pour solaz,
Et sont eulx deux laciez d'un laz,
Et croist leur amour chascun jour.
Nouvelle va a Biausejour
7770 Que Galeren a Fresne prise.
Si s'est rabb[a]esse reprise
En soy durement et blasmée,
Quant elle ne l'a plus amée,
[104 v»] Comme âllole doit marraine.
7775 Et quant elle cougnoist s'orine,
S'en a reclarcy son courage,
Et dit que cil fait grant oultrage
Qui a homme n'a famé estrange
Dit villanie ne lesdenge,
7780 Qu'il y puet grant péril avoir.
Quant rabb[a]esse puet savoir
Que Galeren vient et sa famé,
Avec li Malte {sic) haulte dame,
Leur va encontre mercy querre.
7785 Fresne qui n'a cure de guerre
Li pardonne son maltalent,
Pour l'ounour au breton vaillant,
Et pour ce qu'ell' est sa marraine.
11 li souvient de la doctrine
7790 Et de la doulce nourreture
Qu'on li fist selon l'aventure.
Car puis bien le guer[re]donna.
— 203 —
En toute l'abbaye n'a
Nonnain ne dame ne seigneur
7795 Qui ne soit jojans de s'onnour.
Et ilz ont droit, qu'elle(s) les ayme
Et dames et seigneurs les clame,
Si leur envoyé maint biau don.
Quanqu[e] elle a met a bandon
7800 A la bonne s[er]eur Lohier,
Et bien rent Rosain son loyer,
Par qui elle fu herbergie,
D'ele ne l'a mie estrangie,
Mais a hault homme la marie.
7805 Puis que belle Fresne est warie
Du mal dont elle se suit plaindre,
Et li brez ne puet plus ataindre.
Si com lui semble, greigneur aise,
Raisons est que Renaus se taise
[105 ro] Et qu[e] il mette a fin son conte.
Bien ait qui Tôt et qui le conte !
Amen.
Cy finistle livre de Galeren, conte de Bretaigne.
NOTES
V. 3. Corrigez^ s'ert. — 18. Mettre une virgule à la fin du vers. —
24. Ne manoit (G. P.). — 27. li nous. — 28. en voit? — 29. A savoir
le nom. — 33. ert. — 35. Mieux doy [jjZms] .«' Virgule après ce vers.
— 36. Il est pour el (elle). — 37. Cf. vv. 3915-17. — 40. ert. —
58. Mettre une virgule seulement à la fin du vers. — 68. « villa-
nie. nfoliet — 69. ert. — 72. Une virgule au lieu d'un point. — 85.
« nuysoit. » =^ déplaisait. Cf. Scheîer, Glossaire des poésies de
Froissart. — 93. si duy f
104. « doubter. » On lit à la suite, dans le ms., vel rfonfer, qui
est évidemment la bonne leçon. — 113. « trouver. »= imaginer, in-
venter. Cf. V 117, 7549. — 115. Un point après Génie. — \\1 .^^ Atron-
ver moz les (laids) et cuysans. Cf. 164. — 119. Mettre une virgule
à la fin du vers. — 121. Mettre après ce vers un point-et-virgule et
supprimer celui qui termine le vers suivant. — 135. Lis. baron(s).
— m . Ens el vergier? — 157. Une virgule après esire. — 158.
Que que. . . ., et virgule après prestre. — die pourrait rester, sauf à
corriger clercs, la, forme prestre? sm. suj. singulier n'étant pas anor-
male.— 167. miels f (Elle parlerait mieux peut être, si...) — 172.
Le point après elles est aussi dans le ms. Peut-être vaudrait- il
mieux mettre une virgule, et lire ne n'est. — 188. <i sa femme.» Celle
de Brundoré. »
203. sa folie. — 208. Lacune non indiquée dans le ms. — 211.
* On n'a pas visé, dans ces notes, à donner aux mots ou formes qu'on
propose de substituer aux leçons du ms. la correction grammaticale qu'elles
devaient présenter dans l'original. On s'est seulement proposé, en général, de
rétablir celles que le dernier copiste avait probablement sous les yeux et
qu'il a mal lues, ou altérées à dessein, les comprenant mal. Par exemple, au
v. 241, on propose mo?i et non7nes, pour remplacer moidt.
2 Ce mot devrait reparaître dans presque toutes les notes suivantes. On a
cru inutile de le répéter. Il suffira d'avertir ici le lecteur, une fois pour
toutes, qu'il devra sous-entendre corrigez devant tous les mots imprimés en
italiques qui ne sont précédés d'aucune indication. — Pour les corrections
qui concernent la ponctuation, on a de même souvent omis de répéter le
verbe. Quand la place d'un point ou d'un autre signe n'est pas expressément
indiquée, c'est la fin du vers qu'il faut entendre.
14
- 206 —
Virprule après ce vers et après le suivant. — 213. Point-et-virgulc
après ce vers. — 215. <( ceulx. » =^ celles. — 224. fust. — 226. ven
trière. — 232. oil. — 235. Ce vers paraît interpole, car le sens rat-
tache étroitement 236 à 234, — 241. « Moult. » Mon. Il y a un poiut
après ce mot dans le ms. — 247. Laidis [ou Sordis (G. P.)'?] Une
virgule seulement après ce vers.— 254. Par. — 267. « Qui » = cui.
— 276. « ameture. » accusation, imputation? Manque dans Gode-
froy. Ex. de 1440 dans Du Cange, sous admissum, mais avec une
acception différente. — 279. C'est au vers suivant, et non à celui-ci,
que devrait commencer le nouvel alinéa. — 283. Point-et-virgule
après ce vers. — 286. Lis. hardement (ms.). — 296. Mettre Au
moins poil entre deux virgules. C'est une parenthèse. Dans le ms. il
y a un point après pou.
302. Une virgule seulement après livre. Et si, qui suit, = et sic.
— 304. « enyvré »= éperdu, égaré. De même v. 7073, Cf. J. Bodel
{Remania, t. IX, 229):
Que hontes et enuis m'enivre.
nie et Galeron (Hisl. litt.,liXll, 862):
De la grant dolor qui l'enivre.
307. ceZec. — 315. allez. — 316. appeliez. — 319. qu'elle le
trueve. — 323. mariz comme (G. P.). — 333. faces. — 335. ««mZ-
dray . — 342. Le point après voir est dans le ms. Peut-être vau-
drait-il mieux néanmoins rattacher ce mot à ce qui suit. — 348. Vir-
gule à la fin du vers. — 351. luy. — 353. Un point à la fin du
vers. — 354. reversée? — 355. Peut-être vaudrait-il mieux mettre le
point à la fin du vers suivant et une simple virgule après celui-ci.
— 356. et par m'envie. — 368. a lié, en deux mots? — 373. em-
portes. Une virgule seulement à la fin du vers, à moins qu'on ne cor-
rige laisse au vers suivant. — 374. laisses (ou laisse'^). — 381.^4
cse. — 382. garde le. Virgule après Galet et après périr. — 387.
Virgule après ce vers. Cf. Chevalier à la Charette, p. 17:
Ibid., p. 93 :
Quant il fu hore de souper
Li mangiers fu biaus adornez ;
Et vos plaies fere adorner
Tant qu'eles soient bien garies.
392. leux. — 393-4. ou chiens. .. .prochiens.
401. Point-et-virgule après sera. — 404. Virgule à la fin du vers.
-405. Suppr. la virgule. — 408. « me vioUe » = me fait violence,
— 207 —
me domine. — 410. Remplacer le point par une virgule. — 414. La-
cune non indiquée dans le ms. — 425. Virgule à la fin du vers. — 427.
Plutôt Encor [cijnuyt. — 428. Mettre je entre parenthèses, —
432. Lis. couchier. La dernière syllabe est en abrégé dans le ms.
— 436. Que lui. — 438-40. Passage corrompu, qu'on pourrait corri-
ger, en mettant seulement une virgule au vers précédent :
En la (ou sa ?) toie ( = theca), ne [a] mains fuer'
Nuls (qui) la veist [ne] la prisast
De l'oreiller souef ou tast?
442. Cf. Blancandin, v. 1559 :
Et li bouton de l'oreillier
Valent tôt le trésor Gaifier.
Cf. aussi Partenopeus de Blois, t. II, p. 182.
443. B' or, d'argent, ne d'autre mj — 449. Corriger plutôt corn.y,
en conservant si? Cf. pourtant 486. — 451. Rétablir n'ot soie ne
fil. Cf. vv. 455 et suiv. — 461. Deux points après ce vers. — 463.
« il. » ■=! el (elle). — 473. garingaus. — 474. gaus. — 475. [iVe]
d'E . — 477. envelopper. — 478. Suppr. Et plutôt que ^ms ? — 480.
« Anfelise. » Héroïne du roman de Foulque de Candie. — 481. Can-
dye. — 483. « A sa fille. » = Pour sa fille. « — 487. « yvyere.))=
ivoire. — 493. lier. — 497. Un point à la fin du vers.
500. Cf. Richars li hiaus, vv. 578, 650. — 505. Ne n'a. — 509.
Virgule à la fin du vers. — 510. escrin. — 515. Point-et-virgule à
la fin du vers. —516. Virgule. — 517. « Qui » —Cui? — 53Q.
fuille(s). — 551. Tout a. — Plutôt p. ê. à conserver. Cf. Lafon-
taine : De tous côtés lui vient des douceurs de recettes. Cf. aussi
Suchier, Denkmaeler, p. 510-11. — 552. Virgule après ce vers. —
558. maumis. — 559. Bien. — 560. Suppr. né (G. P.). — 566. la
soïiche ? — 570. Virgule après ce vers. — 573. Et s'est nature?
Sous-entendu hors traicte. Ou lire en deux mots, entière ment? —
575. Virgule après ce vers. — 577. id. — 579. id. — 585. monstre.
-^5SS. El(le) . — 590. Lis. allecte. — 593. Un point après ce vers.
— 595. A tost apreslé.
QOl . oscurs . — 603. que nel vit. — 614. Lis. mes; suppr. la vir-
gule.— 627. ni'ert. — 630. l'estraint ou restraint et lace? . — 632.
escondire . Voy . Littré, Pathologie verbale, dans Études et G-lanures,
]).\9, etDiclionnaire, sous éconduire. — 633. Une virgule après ce
vers et une autre après le suivant. — 643. mal a ce? Ou seulement
sa? — 648. chei. — QlO.Gente giut. — 673. quel el le faiti — 696.
Lis. fu.
1 ne niesist f. (G. P.)
— 208 —
704. Lis. sus (ms.). Mettre un point-et-virgiile, au lieu d'un
point, à la fin de ce vers. — 705. Un point à la fin du vers. — 706.
Suppr. le! à la fin du vers. — 707. sans savoir son? Un point à
la fin du vers. Ou faut-il entendre:» Galet, autant qu'il le sait faire,
autant qu'il l'a promis, ne cesse de chevaucher »? — 721. nier.
Ou viezf — 735. sans rfan.*— 785-6. s'avie : antie. — 793. Suppr.
le point. — 794. jeiinef Suppr. s' et prononcez c^en. [Ou plutôt Jwne,
sans rien changer (G . P . ) . ]
815. Plutôt [Et}, avec une virgule à la fin du vers? — 829. Plu-
tôt çm'î/xt [z] font? — 831. wn boscage, — 835. S'i. — 839. Ot abaye
bel assise? — 840. Ediffiée. — 842. Il y a un point après neuf
dans le ms. — 845. granges. — 852. au mains. — 861-2. Le premier
de ces deux vers doit être placé après le second. Même interver-
sion dans le ms. — 864. « l'obédience. » =: le couvent. Cf. Perceval,
7034 :
Mesire Gauvains celé nuit
En une obédience giut.
877. Un point après ce vers. — 890. Mettre que qu'il ajourne
entre deux virgules. — 892. « mis que. ^^ jusque? — 896. conjoie.
— 898. On pourrait commencer ici un nouvel alinéa. — Point-et-
virgule après ce vers.
906. Virgule après nonnains. — 908. Zi^res .* P. ê. livrés, covvesç.
masculin de livrées, avec le même sens; ou covT.lïvrées, joiaux? —
918. « ces. »= ses. Mettre une virgule après ce vers. — 919. « Ain-
çoys que » = loin que. — 926. « s'en.))se.<^ — 930. nert. — 937.
s'ert. — 953. Lis. levé, qne porte seulement le ms., et suppr. (sic).
— 955-6. Encore deux vers transposés dans le ms, comme ici. —
962. Ms. ronue. — 967. uevre.— 910. (On a imprimé par erreur 670.)
Mettre une virgule à la fin du vers. — 975. Test? . . .recercié. — 984.
Lacune non indiquée dans le ms. Peut-être Uabaesse maintenant
trueve. — 986. « Qu'en dont. » = Qu'on donne. Une virgule à la
fin du vers, et un autre à la fin du suivant. — 989. Lis. Le guelle
{== la bourse). — 990. Vor. — 991. en ert — 994. congneue, ou veu
au vers précédent. — 997. Point-et-virgule à la fin du vers.
1003. ert? — 1006. marrine. — 1025. gentelise. — 1033, prieuse.
Cf. 1817.— 1040. ert...peritz.— 1041. ert.— 1057. soes.— 1058.
compli? on jus qu'el (G. P.)? — 1079. Virgule devant ains. — 1081.
Virgule àlafin du vers. — 1092, que li ? ou oui il? — 1093. Virgule
après retourner . — 1095. que li? Suppr. sic après cen.
1110. [Ef] extroicte. — 1118. Virgule après cliière. — 1122. Ou
suppr. en? — 1123. Une virgule seulement à la fin du vers. — 1129.
Après ce vers, lacune d'au moins un feuillet dans le ms. — 1133.
- 209 —
« la dyote. » = la sotte. Godefroy n'a ce mot qu'au sens de folie,
idiotisme. —1141, engien. — 1155. Virgule seulement après ce
vers.— 1162. Cf. v. 3353. Li Chevaliers as deus espées, v.5406:
De soie a colors de manières.
\16Q. marrine. — 1173. Une virgule seulement à la fin du vers.
— 1183. foste.— llSA. geste"! — 1188. esches.— \\<è2 .[blanches
dens? Cf. v. 1270.
1204. « flenchez. » flexibles, souples. — 1206. Lems. répète le
premier plus. — 1223. Yseut. — 1232. Point-et- virgule seulement
à la fin du vers. — 1237. Lis. présent au lieu de peust. Ms. pnt,
surmonté d'un signe abréviatif qu'on trouve plus loin, v. 5037, et dans
d'autres mss.,avecla même valeur. —1246. sor faite. — 1255.
«miez.» nM^2 (ms. milz.). — 1277. 50.-1299. james. Cf. Rute-
beuf:
Or a d'enfant geii ma feme ;
Mon cheval a brisie la jame.
1305-6. Suppr. le point qui termine chacun de ces deux vers. —
1307. Virgule à la fin de ce vers. — 1309. id. — 1312. ja soit
celêf [n'ert ja c. (G. P.)] — 1313. «potelé. » Le plus ancien
ex. de ce mot que cite Littré est du XVe siècle. — 1316. Ms. Qu'a
el, à rétablir, en supprimant que et plaçant qu''a el ne pensent,
qui est une parenthèse, entre deux virgules. — 1318. Point-et-vir-
gule après ce vers. — 1324. Ms. sonnent. — 1325. Une virgule après
ont, et une autre après loisirs. — 1332. nel savent. — 1333. vont.
— 1335. Virgule à la fin du vers. — 1341. Ja si. — 1344. « de-
taille. » retranche, diminue, réduit. — 1346 soit? — 1347. Réta-
blir qui? — 1353. « parceulx. « c'est-à-dire par leurs douleurs.
Ou corr. par ce? — 1357. Galerent. — 1372. Virgule à la fin du
vers. — 1386. Lis. Pourroye.
1401. Virgule après ce vers. — 1405. Mettre une virgule après
sup'pli et suppr. le J ajouté. — 1412, Virgule après ce vers. — 1419.
Lis. double. — 1423. Suppr. la virgule. — 1426. m'ait? — 1440. Vir-
gule au lieu de ! — 1446. Cf. Yie de S. Alexis {Romania, VIll,
172):
Dahez ait fruit qui ne meure!
Aliscans, p. 102 :
Mal soit dou fruit qui ne peut meurer!
1476. Virgule après cevers.— 1482. Lis. doloreuse. — 1485. « a
— 210 —
qui. » Se rapporte k je du vers 1483. — 1489. haus ho77is . — 1490.
a de ma folie » = de folie que j'aie faite.
1507. pues. — 1541. vieuté. — 1543. Virgule à la fin du vers.
— 1550. Suppl. clamée. La fin du vers est en blanc dans le ms. —
1587. Ms. Yse/it. — 1598. [de] moy meisme?
1601. « reclain. » Reclams, id est caro ad revocandum accipitrem
(Donat provençal). Cf. Erec et Enide, v. 2073:
N'espreviers ne vient au reclain
Si voleotiers com il a fain.
1610. Lis. quelx. — el ne veult pas? — 1619, en emblée (G.
p.). — 1621. Point d'interrog. à la fin du vers. — 1629. ne savra.
— 1630. marrine. — 1639. levez. — 1659. Plutôt quels nouvelles.
— 1687. Et vo. — 1694. « Qui. » = Cui. Ou est-ce amours qui
est régime? — 1698. U. — escondire.
3703. eschecs. — 1738. Plus Vaign (amo) que forés.— 1764.
le dictes. — 1795. esmer. — 1798. detrenchiez. — 1799. « eurs. »
= sort, destinée. Cf. vers 3092 : du pejur eur.
1827. hoisiée. — 1830. Lire ji.— 1831. ert. — 1832. Ce sache
bien li cuens mes père? — 1836. Ms. audui. — 1848. Point-et-
virgule après ce vers.. — 1854. Lis. tout. — 1859. Riens. — 1870.
Ms. audui. — 1889. Lire En t'onneur (sic ms.) et mettre une vir-
gule à la fin du vers.
\Q12. femme folle.— 1919. Un point après ce vers. — 1920. Ms.
sCj à rétablir. — 1922. Une virgule seulement à la fin du vers. —
1932. Le mot duchesse est répété dams le ms. — 1942. Ms.hohier.
— 1964. Un point après ce vers. — 1976. « si » := ci. — 1978.
plainte? — 1981. seulent dire (G. P.). — 1986. orieus. — 1992.
Virgule après ce vers. — 1994. id. — 1998. Point-et- virgule.
1000. Virgule à la fin du vers.— 1005. per\t\ (- paraît). — 1009.
est[r]oit? — 2015. ivoire. — 2018. corne. — 2032.» pains. ))=/iom5
(pointillés). — 2034. « misez.» enchâssées, serties. Cf. Chanson de
Roland, v. 95: les seles [sunt] d'argent mises. A rapprocher de
tresjeter. — 2035. « Lidoine. » L'amie de Meraugis de Portlesguez?
— 2049. chevesce. — 2050. tousel. — 2056. Lis. c/uer (ms.). —
2059. euz. Ms. plutôt somneil. — 2085. Lis. Verbe (ms.). — 2086.
« resant. » = humide {recentem) . Une autre forme est roisant. Voy.
G. Paris, Romania, IV, p. 480, 1. 1.— 2090. chans.— 2094. As
cieulx{G. P.).
2100. « foulu »= feuillu. — 2102. Ms. si. — 2108. resachier .
— 2125. \À5.reprouchier. — 2\21 . Et non pour quant? — 2158. en-
voij. Une virgule après ce mot. — 2160. revueil. — 2165. « Ne
voulût-il même pas me dédommager des maux qu'il me cause»? Ou
— 211 -
COÏT. S'ele me veut? — 2166. frère. Mettre des guillemets devant
Galeren.— 2\1\. Virgule après dens.— 217 i.Nel chj ?— 2182. Lis.
fes. (ms.). — 2183. lente? — 2187. rf\<moMr. Un point à la fin du
vers. — 2195. Virgule seulement après aatir . — 2197. /amer.
2208. Lis. amerez (ms.) et suppr. sic. — 2218. Un point ou
tout au moins point-et-virgule après ce vers. — 2219. Et je, sui je
saine. — 2221. enhaye, en un seul mot. —2235. Virg. après
pence. — 2240. n'amez? — 2249. lÀs.mecte. — 2250. Qu\a]quiter.
Le ms. a Qu, et non pas Ou. — 2253. ert. — 2260. lui. — voulen-
tiere? Cf. le provençal volentiera. — 2261. entière? — 2262. boi-
sier? [aisier (G. P.)].— 2264. boisent. — 2267. ne cel ne celi?
— 2268. vieutance. — 2277. Ms. esment. — 2282. Lis. ap[r]ei-
gne. LV manque dans le ms. — 2291. Vaign (= amo).
2301 . atenclues? [estendues (G. P.)] . — 2307. Suppr. 5î (G. P.).
— 2309. « Si » =ci. — 2310. Ci. . .ci. — 2314. « par de cza.» En
un seul mot dans le ms. — 2331. Lis. si yrons (ms.). — 2337. blas-
mez. — 2379. Suppr. est? Ou aurait-il accepter reio?<rne comme ad-
jectif verbal de retourner ?
2401. H cons. — 2418. mespreigne . Un seul mot dans le ms. —
2431. Virgule après vueil. — 2435. Virgule après mort. — 2447.
Se II. — 2459. Mettre qui Va. . .ouverte entre deux virgules. Qui
= si quis.- — 2463. hons. — 2466. Comme cuens. De.. — 2491.
n'aillez. — 2492. estuet. — 2495. Virgule après ce vers,
2502. Se je? —2'ô20. Lis. faictes (ms.) . —2525. joyans. Ms.
Jo2/<^^<^-^- 2529. Mettre des guillemets au commencement de ce vers.
— 2531. Je n'en soie, ou deceu, et, au vers précédent, soient cist...
sceu? — 2550. n'aient. — 2560. seuffrent et mal. — 2586. Virgule
après ce vers. — 2589. Lis. Donc (ms.). — 2590. Point d'interro-
gation après ce vers. — 2592-3. Yoirs est, se G... Que du sien?
Point-et-virgule après conforte. — 2598. Qw'eZ^e [a] son cuer et il
le sien.
2605. Mettre n'est mie double entre deux virgules. — 2619, n'is
je. — 2621. sieu (^ sequor) . — Ms. plutôt connoy . — 2622. Ne je
(G. P.). — 2631. On avait écrit d'abord veoir, qu'on a biffé. « Si
je disoye » = quand même je dirois. — 2643. Lis. pcifi (ms.). —
2645. Virgule après douleur. — 2646. mescheance . — 2652. ne l'a
fait? — 2652. qu'est ne déduit? ou mieux ne que joye ? — 2659.
« aloignée))= allongée, augmentée. — 2661 . Lis. ay{m^.). — 2679. dé-
partir, en un seul mot. — 2684. Point-et-virgule. — 2687. « se pour-
chasse. » = se hâte? Ou corr. si. . .que venuz.. .? — 2695, Suppr,
le second et, répété à tort,
2706. Ms. couroy.— 2714. Sel. — 2716. Od lui quel face?—
2717. cil que a. — 2722. co)ne (ms. côe). — 2738. s'en tournent
— 212 -
(sic ms.).— 2744. lur. — 2746. Lis . chastiaiix (ms .) . — 2760, Lis.
amours (ms.). — 2765. Virgule après onnew, point-et-virgule après
traveille. — 2766. Virgule après prise. — 2768. puis t. — 2787.
Virgule après mort.
2801. vent chier cest.— 2804. m'en.— 2809. Guillemets à la fin
du vers. — 2810." esgressa « Le même que engressa, avec substi-
tution de préfixe? Manque dans Godefroy. — 2812. Qui quef — 2814.
Lis. mectre (ms .) . — 2819. Virgule après ce vers. — 2828. Ms. plu-
tôt esplecte. — 2840. Dou toutes.— 2843. Que là? Ms. costume. —
2849. // et Lohiers. — 2860. mais estous. —2861-2. Ms. plutôt
qw'cte. — 2869. cuens. avec une virgule à la suite. — 2875. nous.
— 2800. Ms. mectre (?).
2902. « mon povoir. nMa protection, ce que je puis. — 2927. cuens.
— 2928. El l'a. — 2929. « pruet » = pruef (probo] . — Une virgule
à la fin du vers. — 2930. cuens. Virgule à la fin du vers. — 2945.
a séjour (G. P.). — 2960. S'en est. [S'est honis [hons] (G. P.)]. —
2961. hante [haulce (G. P.)]. — 2964. E cist ne? Point ou point-
et-virgule après ce vers. Virgule seulement après le suivant. —
2968. la baasse, c'est-à-dire « la pucelle » du v. 2953. Mettre un
point après celle et un autre à la fin du vers. — 2970. Un point à la
fin du vers.— 2978. et nous ? [vous et ly (G. P.)]— 2982. Supp.
la virgule. — 2984. Virgule après hommes. — 2997. nies, or estes.
3000. riches. Virgule après renduz. — 3002. Si n'avez bon? —
3006-8. Suppr. les guillemets et les tirets. Le v. 3007 appartient
comme le reste au discours de l'abbesse. Cf. v. 3053 et 3019, 3022.
—3024. Lis. mectre. (ms.). — 3029 .<» fors . » lors (=^ loi-os )'! Cî. lorain
= loramen. — 3030. Bret, c'est-à-dire Galeren. — 3060. « a bien
veoir.» := à bien traiter. Cf. être bien vu de quelqu'un. — 3062. baulx.
— 3069. haulssiez. — 3070. Lis. f aides (ms.). Virgule à la fin du
vers . — 3073 . « vieux » = vil . — 3075 . voir f — 3076 . Ms . nôuiaus .
— 3079. menez.— 3081. allez.— 3091 .dorénavant ert li.— 3092.
Virgule à la fin du vers.
3117. arrière ? [a rive (G. P.)]. — 3129. o Fresnein.— 3132.
El cil. — 3136. Ms. eougnoist. — 3144. eue (oculos) Fresnein. —
3146. Puis que, en deux mots dans le ms. — 3149. Suppr. sic.
— 3154. Et elle. — 3174. Virgule après ce vers. — 3175. Allusion à
l'usage de consulter les sorts, à l'aide d'un livre, psautier ou autre.
De même encore auv. 4515. — 3180. Si craing le demourer? —
3185. Un point après ce vers, et virgule seulement après le suivant.
— 3187. meus. Ms. mens.
3220. eW.— 3247. Ms. Zi7mn<.— 3252. s'i.— 3263. se il d'amours
(G. P.). — 3273. tre est en abrégé dans le ms. Il n'y a de sûr que
stost. — 3277. Un point après ciier. — 3287. Virgule. — 3292.
garnir. — 3298. de nouviau.
— 213 —
3325. li siècles. Virgule à la fin du vers.— 3330. Plutôt Pour ce
quil fu [nez] au dit jour, c'est-à-dire à la saint Jean. — 3332. Un
point après ^rani.— 3360. glajeux .—^^2 . cerf f— 3361 . Peut-être
plus simplement repourroie . — 3381.2/ vent?— 3393. S'en coupent?
— 3397. feste est en interligne, dans le ms., au-dessus de court,
peut-être pour remplacer ce dernier mot. Ou corr . Ytel feste et court ?
Il doit y avoir une lacune, dans tous les cas, après ou avant ce
vers. — 3398. » est morte. » Sans doute la courtoisie.
3402. avenanment, qu'on lit aussi bien dans le ms. — 3419. Tost?
— 3438. s'atourne. — 3465. [ajwse. —3471. weZ.— 3480. Le ms.
répète tretiz.— 3AS%. genoh. — 3491. tant Ipar] (G. P.).— 3493.
Lis. jecta (ms.).
3500. nel dy? Un point après ce vers. — 3501. Suppr. le point.
— 3502. Virgule après vous. — 3508. Virgule après amis. — 3512,
« entroduit. » = instruit. Déjà vu avec ce sens au v. 1444. — 3516.
Lis. ho7ns (ms.). — 3518. Lis. voulrroie (ms.). — 3547. Lis. yssy
(ms.). — 3549. l'a ?ou nia? — 3550. Un point après ce vers, et suppr.
celui du vers suivant? — 3567. entent. — 3570. puist de s. — 3571 .
Quel que ou Quel qu'il. — 3580-1. Vers transposés dans le ms. —
3584. par [les] robes qu'il (G. P.).— 3596. Ce li.
3602. li bers. — 3606-7. Une virgule après chacun de ces deux
vers. — 3622. mandé? — 3625. Lis. Jowr [s]. L's manque dans lems.
— 3635. «est ellevez.» =; est poursuivi, comme un cerf ou un san-
glier, qu'on « esleve », c'est-à dire qu'on fait lever. — 3637. Lis. tout
(ms.). — 3641. ert? — 3650. mors ou morse. — 3685. deerreine.
3700. « nourreture. » Son enfance, le temps où il fut élevé? Cf.
7623, et 4134. Dans ce dernier exemple, c'est le /iew qu'il faut en-
tendre.— 3709. en [e?î] voit maint chanu. — 3717. fiancerai? — 3728.
A mesch[e'\ant? Le ms. porte bien meschant ; main le premier et le
second jambage de Vm sont réunis en dessous par un trait qu'on a
barré.— 3131. grigneuse? — 3740. Lis. touz (ms.).— 37 42. Quant voit
morz est ses. — 3743. Lis. es[<], et non es(t). — 3756. avoir, et un
pointa la suite. — 3759. ou s ? Virgule à la fin du vers. — 3772. Vir-
gule après ^«-e — 3774. Point-et-virgule à la fin du vers. — 3782.
esmortie. — 3795. Ms. Ugieremcnt. — 3707. enfruns?
3800. d'amis. — 3802. mes cors. (G. P.). Point-et-virgule à la fin
du vers. — 3825. langues demaleres, opposé de deboneres. — 3844.
Lis. Vie (ms.). — 3861. harcaigne. — 3867. Lis. autrui (ms. aut,
avec un signe abréviatif). — 3868. « dechiez. » Paraît avoir ici la
signification de linges sales, que nous ne trouvons pas à ce mot dans
les dictionnaires. [(?e chiez{Gi. P.)]. — 3893. peusse estre.
3915. « son cheval broche.^» Cf. v. 37.- 3920. « chioohe.» ? Peut-
— 214 —
être coque (œuf couvé?). Cf. v. 4032.— 3936. 7iostre.—39i\ . Et un.
— 3949. Ce vers paraît appartenir au discours de l'abbesse. Suppr.
les tirets et les guillemets, et mettre seulement une virgule après
rcnonmée? « Bien que la chose soit restée secrète, ce que je vous ra-
conte est la vérité. ». — 3973. Jcl?
4002. emmaller. — 4042. Un point à la fin du vers. — 4049. Mettre
ma bonne dame entre deux virgules. — 4062. Lis. mautalent (ms) . —
4063. Virgule à la fin du vers.— 4067. Fou (ou Mal) ayme.— 4084.
les mieulx. . . s'afete. — 4087. l'en. — 4089. nues.
4105. nés daigne. — 4115. Lis. l'encline (ms.). — 4123. Et la. —
4127. dame. — 4161. «lasse.» Au sens réfléchi. Cf. Roland, v. 871:
Lasserai Caries, si recremint si Franc . — 4164. Lis. nuls (ras.). —
4177. Lis. corne (ms. côe) . — 4188. Lis. luiuls (ms.).— 4189. Ms.
mahans.
4202. Virgule après compaignon .—A20'i .^ Si non celle de Dieu...
— 4215. far mon? — 4237. Virgule. — 4238. Point-et-virgule. —
4241. corn l'en Dieu.— 4243. Dame.— 4246. Iiostel .— A2bi . l'ape-
lent. — 4260. « asseur. » =r a «ewr (en sûreté). — 4277. Virgule.
4330. Un point après se/owr. — 4331. Virgule seulement à la fin du
vers. — 4333. qui trop fu ? — 4334. Lis. mautalent, en un seul mot.
— 4334-5. en fit sage Galeren acuipar message'^ — 4343. Une
virgule au lieu d'un point. — 4357. Lis. N'y (ms.). — 4361. Es vous.
— 4371. Suppr. le point.— 4372. Virgule.— 4373. Point d'interro-
gation.— 4385. Mettre des guillemets au commencement de ce vers.
« air» = climat. — 4395. Lire a e/(ms.) et mettre une virgule à
la fin du vers. — 4398. Ou cui amours f
4408. Virgule après las (G. P.). — 4409. Dieux! peust en sentir
saleine? — 4410. Ou la veoir venir n'aler. — 4413. que je r.? Vir-
gule après ce vers et après le suivant. — 4422. Suppr. je.— 4423.
siet, ou Que haute? — 4427. Enne est elle sage et voiseuse, avec
un point d'interrogation. Cf. v. 4471. — 4434. au sien. — 4440. La
douleur. Virgule après ^orfe. — 4452. Lis. En ce(ms.). — 4466.
Virgule à la fin du vers. — 4467. au duc — 4471 . ^ n'est il.— 4472.
Lis. home ('ms. hôe) . — 4478. qu'il l'aint. — 4494. -^mis ce que?
— 4499. Ms. escitet.
4502. a guerre. — 4507. Lis. nulli (ms.). — 4514. Virgule après
ce vers. — 4523. =r je la laisse (la honte) à l'amour et à lui. — 4528.
Virg.àla fin du vers. — 4531. Galerens, mais point. — 4565. « oriner.«
Cf. V. 1462, et Miracles de St Eloi, p. 102:
Si que li fusiciea sage
Chil qui oriner le devoit
En s'orine rien ne veoit.
— 215 —
4568. voisl.— 4579. convient. — i5S3. Lis. moy (ms.).— 4599.
Lis. Donc (ms.).— Corr. eu.— 4600. Virg. après mer.
4634. chevalier f ère.— 4640. Lis. Des (ms.).— 4642. court tenir.
— 4660. Virgule seulement après ce vers. — 4688. Lis. cler (ms.).
4709. J\Is. gueus. — 4749. sor. — 4752. si corn pour. — 4759.
Ms . tonz. — 476 1 . Lis . quar (ms . ) . — 4773 . Ms . Escommichié. Corr.
acominchié (G. P.). — 4792. « bouche « == boucle. Cf. bouchete =
petite boucle, dans Du Cange, sous boucleta. — 4796. Li ducs.
4802. Un point après ce vers. —4803. Virgule après bret (= au
Breton). — 4808. sa fille (celle du duc). —4813. et cil voires. —
4818. paraient. — A^'io. U autre(s) . — 4852. d'un ar. — 4861.
guenchie. Ms. guenche, avec un point sur le second jambage de 17t.
— 4874. eslais. — 4875. lais ? on seulement ^j/cns.^ — 4884. Sel fait.
— 4890 . Ms . sez lesse .
4914. Suppr. le point.— « lez (cor. les) Guynant » = ceux de G.,
c'est-à-dire ses compagnons. — 4915. Nul. — 4917. Virgule.—
4941. Suppr.le point. — 4964. Virgule aprèe eschappez, — 4974. saut
(=isalvet). — 4998. Ou la vespree, avec le ms.?
5003. Virgule après ce vers et point après le suivant (G. P.). —
5033. Ms. maumectre (f). — 5042. del sien. — 5045. « courans
laz. » Cf. nœud coulant. Roman de Thèbes, v. 4416: laz coranz,wa-
riante de laz corsoirs; Montaigne, III, chap. v: « S'affubler d'acous-
trements de testes a tout des lacs courants. » — 5061 . mestret, de
mestrere, ne -pas réussir, perdre (minus trahere).— 5064. Ms. anffin.
— 5071. Virgule après ce vers. Allusion moqueuse au chat infernal
que combattit Artus devant le lac de Lausanne et dont il ne triompha
qu'avec peine. Voy. Paulin Paris, les Romans delà Table ronde, 11,
358. — 5072. Qui? — 5080. = « se venge (éclaire, satisfait son res-
sentiment) sur les autres Bretons. » Cf. Roland, vers 322, et Roman
de Rou :
Da père nos poon suz les fiz esclarier.
5090. Suppr. les guillemets (G. P.).— 5091. Suppr. le tiret et les
guillemets et corr. S'il nous. Virgule à la fin du vers(G. P.). — 5092.
Suppr. le tiret et les guillemets (G. P.). — 5003. meins (=manus) .
— 5094. et savoir. — 5097. Virgule.
5101. Ne m'en. — 5102. Qu'en n'a. — 5105. Lis. maltalent, en un
seul mot (ms.). — 5107. tôt de. — 5108. Lis. soiez. L'e de seoiez
est exponctué. Virgule après malaise. — 5115. cure. — 5123. Lis.
csveillier (ms. esveillr, avec le signe abréviatif ordinaire de ie au-
dessus). — 5130. Ms. plenîssons. — 5134. ert? [pnieuldre (G . P-)]-
— 5143. Suppr. le point. — 5155. Ne parler. — 5163. l'i (G. P.). —
— 216 —
5173. pencé. — 51S1. va notant? — 51U2. Virgule après tnaine. —
5193. Un point à la fin du vers. — 5195. Lis. li (ras.).
5202-3. gentelise: Frise. Cf. 436 et 6457.— 5209. Lis. l'a festoie la
(ms.).— b22\.Us. Et est {ms.).— 5242. Lis. Si se (ras.). — 5255.
que si? — 5249. Lis. corne (ras. cOe). — 5252. il Vait? — 5254
me baisissiez/ Peut-être vaut-il mieux ne rien changer, et entendre:
<■ Avant de me prendre dans vos bras.» — 5265. boisiée. — 5289.
Lis. m' amie.
5311. certe.— 5314. estuet.— 5321. ou ne li siesse ? — 5326. Ses
citers tout aiyisi? « deglenge. » =: degenyle ? se satisfait. Voyez ce
mot dans Godefroy. — 5352. dou? (G. P.).— 5354. jel [f]ayf —
5355. « fusse clere. » = fisse bon accueil. Cf. Garnier de Pont S'®
Waxence :
Car du roi ne des siens n'estes mie bien cler.
5363. o oysele. » Cf. Gautier de Coincy, Miracles de la Vierge,
c. 115:
Li cuers de joie encor m'oisele;
Ibid.
Il fu uns clers, uns damoiseaus
Qui le cuer ot si plain d'oiseaus.
5414. Font scavoir et a. — 5432. Comme l'i. — 5433 . joyans . . .pa-
rins. — 5444. pa7-0M<. Cf. 5455. — 5447. Lis. mectre {m&.). — 5448.
Lis. conseilliers . La fin du mot est en abrégé dans le ms. — 5452
« C'il »= S'il. — 5454. Ms. estolle. — 5465. Ce vers avait été omis;
on l'a ajouté à la suite du précédent, sur la même ligne, et le dernier
mot en a été rogné. — 5472. Lis. s'aiinée. — 5474. liis. vende(ms.).
— 5487. Lis. delà, en un seul mot (ms.). — 5489. errer? — 5490. Ms.
proeste. — 5401. n'ysse de serre, et virgule à la suite. — 5492. Point
après novel.
5510. Virgule à la fin du vers. — 5511. Lis. compagnèe, (a)ahatis
(ms.). — 5536. Un point après con^e. — 5538. a ese. Virgule seule-
ment après ce mot. — 5539. Suppr. les crochets. Ms. M. entre deux
points. — le baise. — 5547. nul liu. — 5600. d'Auçuerre (G. P.).
5601 Effacer le point. « A si bon temps », qui suit, paraît signi-
fier à si bon compte. — 5602. Virgule après amaine. — 5626. Un
point. — 5627. Sur. Virgule à la fin du vers. Passe avant, qui est
ici le nom du destrier de Galerent, était le cri de guerre, r«ensei-
gne » des comtes de Champagne. Voyez Fr. Michel, Histoire de la
guerre de Navarre, par Guillaume Anelier, p. 365. - 5636. Quor-
-^ 217 —
nehout (G. P.). — 5637. Morhout. (G. P.). — 5645. merveilles f —
5654 . Blou . — 5686 . ou poing ?
5703. s'aatent? — 510Q. avoir. —5716. ont lorescuz? —5728.
cehci n'ait aramie? — 5731. lyeupars. — 5746. Que Tïes claiment
andegraive (= landgraf) (G. P.). — 5747. Landongraive [G . P.).
— 5750. «de fierté. » =: fièrement. — 5755. guerjnr. — 5757. vi-
gueur.— 5764. Lis. Porfilionz (ras.). — 5771. nu. — 5785. Cf Gau-
tier de Coincy, Miracles de la Vierge, c . 526, v . 30 :
Et j'en sai plus que bues d'arer.
57S7 . d'amont a val.
5804. Avuec. — 5819. que Hz. — 5820. « enbiez. » = percés.
Voy. Godefroy, e?n.&oîVr. — 5821. venduzf — 5836. Sel fiert. — 5839.
Lis. Cist griefve (ms.). — 5842. Sel fiert. — 5854. sel prent. —
5885. sor cels. — 5887. Si ra.
5901. « ces ))— ses,— 5903. l'aaiie ? — 5291 . s'ont.— 5932. Et
porte sor son. [Ce vers et le précédent sont intervertis (G. P.)]. —
5948. allez. — 5954. son citer. — 5962. 0[s]iu et point d'interrogation
à la fin du vers (G. P.). — 5963. Ms. doiîit. — 5968. mieudres. —
5978. Ms. actendre (?) — 5997. si sovent?
6004. Ms. estuz. — 6020. «harnes. » Cf. 6191. Même acception
dans ce passage du Perceval:
Lors la (le cheval) a .i. vallet donet
Qui jusqu'au harnois l'amenet.
6058. et2}lanée?—mM.Et uns Bretons reçoit (recueil?) ?C{. 6309.
ou Et au breton rechiet? Un point après ce vers. — 6075. « nel de-
porte » = ne l'épargne. Voir Godefroy sous déporter . — 6097 . Li dis.
6107. Lis. espairgnent (ms.j. — 6111. Les Bretons. — 6124. le
jour. — 6129. Esvous. — 6131. Qui tuit. . .a handon.— 6137, i poi-
gnent. — 6143. « chous. » = ceus (ceux-là). Cf. v. 6104-5: eulx :
colz; donc olz. Cf. Psautier lorrain, 13, 8. — 6148 . maillent . — 6167.
;Sie ne. — 6175. et voient, ou seulement croient? — 6178-6179. d'ols :
cols. CL 6104-5,6142-3.
6214. prisons. — 6216. <( ostrage. » = oultrage. Cf. 6229, etc. —
6223, « garse. » ^ lancette. Voyez Du Cange, garsa. Cf. Littré,
sous gercer. Godefroy n'a de ce mot que la îovmQ jarse, mal expli-
quée par sorte d'arme. Il traduit le verbe plus exactement. Perceval,
v. 4900:
A sa car paroit dehascie
Ausi com s'il fust fait de garce,
— 218 —
Que ele l'ot crevée et arse
De caut, de halle et de gelée.
6230. au Bret. — 6231-2. qui estrange Homme que ne congnoist
laidenye? Cî. 7778-9. Ou plus simplement sans intervention, 5"e [?7]
congnoist estrange? [que [ne] ce. (G. P.)]. — 6245. <Soaive (=Souabe.).
— 6255. Expression proverbiale dont les exemples ne manquent pas
ailleurs.— 6279. Corr. ? — 6296. râliez s'en est.— 6298. Bruns.
6305. encarche (G. P.). — 6307. si l'a la manche? — 6309. Cf.
V. 6064. — 6318. En s' amour. — 6351. essoignier? — 6356. encar-
chier (G. P.)- — 6388. vo doleur. — 6389. Si en meilleur? —
6391. eritez.
6428. ou d'uit. — 6438-9. nommez : amez . — 6447. que reprendre?
— 6449. se Dieux — 6452. haulciez et amontez. — 6455. haut li-
gnage? — 6467. li vet emhlant? — 6486. « a le. » alec (=^ahtec)?
— 6490. Cf. Jehan Boàcl (Romania, IX. 237):
De dru forment en vuide esleule
Sui mis.
6501. celuy . — 6502. Qui m' apartiengne {om ma par[t\ tiejigne?)
tant en voye. — 6521. « Je n'ay rien dit. » = Je parle follement (ce
que je dis n'est rien). — 6531. plainst. — 6537. douleur. — 6539.
Suppr. la virgule. — 6555. nier si? — 6575. proie. — 6581.= C'en
est fait. Locution dont on a de nombreux exemples, et qui fait allu-
sion à un usage sur lequel voyez Du Gange, sous festuca. — 6592,
Ca,r vos y venez.
6607. Por. — 6609-10. savray tant losengier . . . et dlre'i — 6619.
derendroit ? ou se rendroit? — 6628. Quel vous croit plus que tout le
monde? Cf. 7510. — 6636. aramies. — 6655. Virgule après tenir. —
6656. Un point après voulez. — 6670. pai[e]ray(G.'P .). — 6673. vos
assens. — Q6~d. Fi-esne en a? — 6691. sanslmaus} couvines {G.P .).
— 6696 . reproches .
6710-11. encombrer: nomhrer. — 6712. ert? — 6722. aisiuz. —
6726. « fille. » Corr. ? — 6735. Ce vers paraît plutôt le premier de
la réponse de la dame. Mettre en conséquence un point à la fin du
précédent, et une virgule seulement après celui-ci. — m'ajut? (Je
n'aurai donc plus besoin de filer!) — ÇilZS-'è . herhergies : logies. —
— 6743. estuet. — 6748. vendues? c'est-à-dire payées. — 6749. an-
deus. — 6756. Quel leur. — 6757. taillier. — 6758. Prent le. — 6779.
Est la vile toute? — 6797. Le vin de Soissons était renommé. Cf. ci-
dessus, 5599, et Barbazan I, 361 :
Ço est li bon vin de Soissons.
— 219 —
6798. vin y a'^ — Point-et-virgule à la fin du vers. — 6799. û a.
6811, « vers.)):= sangliers. Cf. Chevalier au Cygne, t. Il, p. 111:
Comandés a beter ces ors ensalvecis
Et combatre ces vers et ces ciievax braidis.
6832. Point d'interrogation (G, P.). — 6867. «soit » = sa?^. De même
7018, 7092, comme déjà antérieurement. — 6882. Un point après
travail.
6900. gemme. — 6915. G. ut de. [Suppr. simplement si (G.
P.)]. — 6937. (tes membres. » De sa ceinture. Cf. Perceval, 16453:
Çainture ot bone a membres d'or;
Miracles de s. Eloi, p. 31:
Âdies chaignoit bêles chaintures
A blouque d'or, menu ferrées
De membres d'or et bien gemmées.
6939. « noische. » fermai). Voy. nouche dans Laborde, Glossaire
des émaux. — 6950. que ou qu'i[r\. — 6969. A son coul l'a Fresne.
— 6973. Sont? Le ms. a sûrement i^ojii. [Mettre les deux vers pré-
cédents entre guillemets (G. P.)]- — 6976. « cestui. » Pour cesti.
— 6977, Ms. aucuy . — 6987-8. Ce sont deux vers d'une pastourelle
qu'on peut lire dans Bartsch, Romances et pastourelles, p. 214.
7005. sel déçoit. — 7006, Point-et-virgule après ce vers. — 7008.
Des. {Les autres lalst{G. P.)]. — 7010. Eldit. — 7011. Que G. ?
— 7015. aiendre? — 7022. Point d'exclamation après chiere. — 7026.
monstrez. — 7(i39. « afit. » Provocation, défi. Voy. Du Cange-
Henschel,t. VII.— 7042. 5i n'a, \_N'lln'a{G. P.)]. —7047, l'espousé.
— 7076, Le sieut.
7102. espouser . — 7117. ravisant? — 7126. /SeZ va. — 7133, Zi d.
— 7154. andeus. — 7157, Qu'elV a la dame a veu faire. — 7169. Le
faux. [Corr. son nom et garder Li foux. Ce vers fait partie du dis-
cours de Fresne (G. P.)]. — 7184. sel vous. — 7195. desloie ou des-
liée.— 7199, lues,
7201, Ms, sen.— 7205. ont.— 7210. ^ar^er.— 7220, Sel flst.
— 7223. Et faire el k'a dire vos Zais? — 7229. Suppr. Si. — 7246.
tant. — 7253. La laissai ; si m,' en. . , , ou Si la laissai; m'en. . . .? —
7256-7, esteusse : peusse . — 7267, desatorner. — 7268, Sa g. . .jjorllal
V. ? — 7278, revivre? ['Ms.reuieuure?) Ou serait-ce une autre forme
de remouvoir? Cf. matndreet manoir, ardre et ardoir, rezoivre et re-
cevoir, etc. — 7283. Fresnain? — 7284. Va est.
7333. De sa mère ne (G. P.),— 7335, Virgule. — 7336. de vray.
— 7345. rneoule?
— 220 -
7404. Point-et-virgule. — 7405. Virgule. — 7418. « tendre. » Au
sens à' entendre ? On. corrigez a vous ? — 7425. d'ire. — 7429. d'au-
cun (G. P.). — 7432. mesparler, en un seul mot. — 7457. Que elle
(G. P.).— 7459. Ms. mectoie (?). — 7470. lues qu'elle.
7505. Ms. mectoie. — 7514. Point d'exclamation. — 7548. Virgule
après ce vers. — 7549. Qui? — « treuve. « imagine, cherche à trou-
ver. Cf. V. 113. —7591. N'entendre.
7653. si ne vos griet. — 7663. n'yerc ne eh (G. P.). — 7669, mteus
creus* (G. P.) — 7670. Ne soie que? — 7693. Ms. plutôt mectent.
7712. qui l'a esposée, ou mieux peut-être qui a s'esposée. — 7720.
ce li vient, ou mieux ce nev.f — 7731. « Se fera religieuse. » Cf.
3842. — 7736. Qu'ainsi esta F. ? — 7752. a plenté. — 7759. « le
villain. » c'est-à-dire le proverbe. — 7767. andui lacié. — 7783.
« Malte. » mainte{G. P.). — 7788. marrine. — 7797. claime.
7806. siut (solet) .
La Bibliothèque
Université d'Ottowa
Echéance
UnlOMAI
2006
The Librory
University of Ottawa
Date due
N
«I«
V33H10nai9
a39003 0033^S276b
CE PQ 1486
.J7G3 1888
COO JEAN RENART.
Ace* 1386706
LE ROMAN O